Basket

Zoran Sretenovic, spleen à Split

Vrai stratège doté d’une classe naturelle, le playmaker serbe Zoran Sretenovic s’expatria au lendemain de l’éclatement de la Yougoslavie après avoir glané trois titres de champion d’Europe dans les rangs de Split. Son long périple le mena à Antibes. Sans totalement effacer les cicatrices du passé.

Petit, tout blanc et même pas Américain. Avec son brushing, il semble à peine sorti de chez le coupe-tifs. A l’échauffement, ce n’est sûrement pas le premier à dunker. Quand on le voit, on se dit que c’est un espoir du club qu’on a collé là pour faire le compte sur le banc… Tout faux. Parce que ce petit lutin sorti tout droit de son survet’ est une vraie star. C’est même le cerveau d’Antibes en cette année 1992-93. On l’appelle « Srété » et même si ça ne signifie pas « la foudre », ça rime avec « victoire ».
Zoran Sretenovic aime la victoire et son ascension au plus haut niveau a été fulgurante. Zoran est donc meneur de l’Olympique d’Antibes-Juan-les-Pins. Il aurait très bien pu atterrir à Marseille ou au Paris SG. Car c’est un fou de foot. « Une habitude d’enfant. Dès que j’en ai l’occasion, je fais une petite partie, en salle, sur la plage ou dans une cour. »
Le Serbe a débuté balle au pied, comme tout gosse de Belgrade, avant d’être immobilisé par une double pneumonie. A l’école, où il se remet à pratiquer doucement le sport, on le dirige vers le basket. Il devient champion scolaire de la capitale fédérale. Et comme il se débrouille aussi bien avec ses mains qu’avec ses pieds, un recruteur de l’Etoile Rouge le repère. Le club le fait signer et finit par le prêter au club voisin d’Avala. « Srété » le lutin a 15 ans. Son club le balade. Le petit Poucet fait ses preuves. Zoran dirige – avec talent – le jeu des équipes de la ville. Et fait le plein d’expériences.
L’Etoile Rouge le réintègre en équipe première mais il s’assoit au bout du banc. Ranko Zeravica, son coach, lui demande de travailler encore et toujours plus. Il le confie à son assistant, un certain Bozidar Maljkovic, futur sorcier de Limoges. Maljkovic prend du galon à Split l’année suivante. Il embarque Zoran dans ses bagages. « Tout ce que je vis de bien dans le basket, je le dois à « Bozo », confie Sretenovic. Nous avons connu des moments magiques, des moments tellement forts sportivement et humainement que j’ai l’impression d’être sorti tout droit d’un rêve. »
1989, 1990, 1991, les titres de champion d’Europe s’enchaînent. De la folie ! « Srété » fait jouer Toni Kukoc, partage son rôle avec Velimir Perasovic et Luka Pavicevic, gave Dino Radja de caviars. Il shoote quand il faut, accélère ou ralentit à bon escient, défend, passe, organise. C’est le vrai chef d’orchestre d’une bande de potes qui fait trembler l’Europe. Zoran (1,91 m) a le Q.I., l’élégance, le sang-froid. Ajoutez-y une technique parfaite. Il semblait naturel d’en faire un candidat à l’équipe nationale mais le petit « Srété » fut barré par l’incontournable Drazen « NBA » Petrovic.

Juan-les-Pins pour oublier Split
« Avec le Jugoplastika Split, on avait tout gagné. On a même défié les Américains à l’Open McDonald’s (ndlr : et presque battu les Denver Nuggets le 22 octobre 1989 à Rome, défaite 135-129). Je savais où était ma place mais je voulais connaître l’excitation des grands championnats internationaux. »
Zoran Sretenovic est en Italie pour le dernier titre de la grande Yougoslavie, au championnat d’Europe 1991. Le rêve se transforme en cauchemar avec l’éclatement du pays. « La psychose de la guerre a été terrible. A Split, on était mélangés. Dans l’équipe, il y avait cinq Serbes mais cela ne faisait aucune différence. »
Les pressions politiques de tous bords les feront fuir. Les regrets sont immenses mais les amitiés demeurent. « Srété » le Serbe se réfugie quelques mois chez Dino Radja. Avant de trouver une place à Bamberg (Allemagne) et d’offrir la première Coupe d’Allemagne au club. Antibes le piste. Jacques Monclar cherche « un meneur altruiste à la mentalité irréprochable ». En plein dans le mille ! Et puis le petit port de Juan-les-Pins ressemble étrangement à Split… « J’adore les plages, les belles femmes, les Harley, la pêche et les poissons, explique Zoran. La Côte d’Azur, c’était nickel ! »
Sretenovic pose ses bagages dans le Sud de la France en 1992. En plein boum de la « Dream Team ». Avec la tristesse de ne pas avoir pu lui aussi, comme les Croates et les autres, défendre les chances de son pays à Barcelone. « Le sport yougoslave voulait défendre l’unité du pays. La politique a tout envahi, jusqu’à assassiner l’idée même du sport. Là-bas, on avait une autre façon de concevoir le basket. On travaillait trois fois plus qu’ici mais c’est notre volonté de faire du basket à notre image qui fait la différence par rapport à vous, Français. Ici, tout le monde veut copier la NBA. Chez nous, tout le monde aime regarder la NBA. A partir de là, on invente notre propre basket, nos propres objectifs, notre propre image. On n’aime pas laisser gagner l’adversaire et on aime pratiquer un jeu où toute l’animation de l’équipe participe d’un même mouvement. »
« Srété est un métronome », disait Bozidar Maljkovic. « C’est mon chef d’orchestre », reprend Monclar. Régulièrement, « Srété » plonge dans ses souvenirs. A Munich, il avait gardé le ballon de son premier titre de champion d’Europe avec Split. A Saragosse et Paris, il enleva le filet de la victoire. Voilà pour la vitrine de son salon. Dans ses yeux, il y a toujours l’éclat du petit lutin porté en triomphe par plus de 70 000 personnes dans les ruelles d’une ville à présent interdite.
Cette saison-là, Antibes s’inclina face à Pau (3-1) en demi-finales de Pro A. Zoran retourna au pays la saison suivante (Partizan Belgrade). Il évolua en Pologne à la fin de sa carrière avant de se tourner vers le coaching en 2001. Avec la Yougoslavie, il décrocha une deuxième médaille d’or lors de l’Euro 1995 en Grèce.

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