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Zinédine Zidane : « Je veux tout gagner »

Une « Manita » (victoire 5-0) pour sa première, des socios aux anges et Madrid qui retrouve le sourire. « Zizou » est dans la place et le changement ne s’est pas fait attendre. Retour sur l’événement de ce début d’année 2016.

PLANETE FOOT : Avec le recul, que gardes-tu de cette première semaine de l’année 2016, de cette nomination à la tête du Real, de cette plongée dans le grand bain ?
Zinédine ZIDANE :
C’était une bonne sensation. Une émotion positive. Même s’il faut bien prendre en compte qu’aucun entraîneur ne se trouve tout de suite à 100%. Surtout quelqu’un comme moi qui n’a jamais coaché auparavant. Mais c’était une bonne sensation. Même si tout s’est fait très vite, que ce n’était pas prévu, les joueurs étaient contents de me retrouver lors du premier entraînement. Depuis la première minute, j’ai bon espoir.

PF : On t’a senti plutôt ému lors de ton intronisation…
Z.Z. :
Oui, je l’étais, je l’ai dit d’ailleurs. Comme j’ai redit que le Real Madrid est le plus grand club du monde. Me retrouver à la tête de l’équipe, dans le plus grand club du monde, que je connais très bien, c’est quelque chose de spécial. Mais il a fallu basculer tout de suite.

PF : Le lendemain, comment s’est déroulé le premier entraînement ? Quels ont été tes premiers mots ?
Z.Z. :
Les premiers mots ont été pour les joueurs. C’était un entraînement ouvert aux supporters (ndlr : le seul de l’année, pour l’épiphanie), il y avait pas mal de monde et le contexte a donc été un peu particulier mais les mots, eux, ont été très simples. Je leur ai dit que j’étais très heureux de me retrouver à leurs côtés. Que nous allions tout faire pour atteindre nos objectifs. Mon arrivée constitue une bonne pression pour les joueurs.

PF : Tu connais très bien l’équipe, le club, les joueurs. Est-ce un avantage ou bien un inconvénient ?
Z.Z. :
C’est du temps de gagné. Ici, à Madrid, le foot a toujours eu une grande importance. Les gens veulent gagner des titres mais aussi voir du beau jeu. C’est ancré dans l’histoire, dans la culture de ce club. Je vais suivre cette ligne. Le plus important, c’est d’être équilibré. Offensif mais équilibré. Le message principal se trouve là. Mais j’ai une équipe qui souhaite travailler, avec un bon moral. Ils sont tous contents. A mes yeux, c’est le boulot quotidien le plus important. Le rôle de l’entraîneur est d’arriver aux résultats. C’est la même chose pour moi. Malgré mon passé, il s’agit d’une nouvelle étape. Il faut remporter les matches.

PF : On ne peut pas ne pas comparer cette première expérience à celle de Pep Guardiola lorsqu’il a pris en main le Barça. C’est inévitable. Zidane, il en pense quoi de ça ?
Z.Z. :
Il ne faut pas faire de comparaison. Pep, c’est Pep. Un coach formidable. Ce qu’il réussit est impressionnant. Moi, je vais essayer de faire de mon mieux. Je n’ai jamais fait de comparaison en tant que joueur, je ne vais pas commencer en tant qu’entraîneur.

PF : A la tête du Castilla, tu étais avec de jeunes joueurs. A la tête du Real, tu es au milieu des stars. Y a-t-il une différence dans l’approche ?
Z.Z. :
Les choses sont différentes, bien sûr, tant dans l’intensité des séances d’entraînement que dans l’expérience acquise par les joueurs. Mais le message reste le même.

PF : Justement, cette relation entre les joueurs et l’entraîneur que tu es doit-elle être complice ou pas ?
Z.Z. :
Oui, il faut se tenir proche des joueurs, avoir une bonne relation avec chacun. Maintenant, c’est moi le responsable de l’équipe et il est dans mon intérêt que tout se passe bien. Ces relations sont fondamentales.

PF : Tu as secondé José Mourinho, tu as été l’adjoint de Carlo Ancelotti. As-tu un modèle de coach ?
Z.Z. :
J’ai bien connu Mourinho et Ancelotti, oui, mais j’ai eu beaucoup d’entraîneurs tout au long de ma carrière. Des personnes très expérimentées. J’ai appris de chacun d’eux. Ils m’ont toujours donné quelque chose d’important. Maintenant, c’est à moi de donner. Je m’en inspire mais je veux faire en sorte d’être l’entraîneur que je veux devenir.

PF : Commencer la carrière au poste, peut-être, le plus exposé du monde, comment gères-tu ça ?
Z.Z. :
Il s’agit d’une nouvelle étape. Un nouveau rôle. Mais c’est un rôle pour lequel je me suis préparé. J’ai eu le temps de travailler. C’est un défi, un challenge difficile mais il me motive. Je veux profiter de cette occasion qui m’est offerte. Je sais que c’est la meilleure équipe de monde. Je souhaite remporter beaucoup de titres avec elle.

PF : Contrairement à tes prédécesseurs, tu es une légende du club. En quoi cela change-t-il la donne ?
Z.Z. :
Je fais partie du club, j’y ai joué, je le connais. Maintenant, on ouvre une nouvelle page. Ce qui compte, c’est de gagner les matches. Avec mes joueurs. Mais aujourd’hui, je suis de l’autre côté de la ligne de touche. Ce sera aussi difficile pour moi que pour les autres, malgré mon passé.

PF : Une onzième Ligue des champions, est-ce un premier rêve de coach ?
Z.Z. :
Lorsqu’on joue avec ce maillot, c’est fondamental. Les rêves sont à portée. Nous sommes en huitièmes de finale (ndlr : le Real affronte l’AS Rome). Au Real Madrid, l’objectif est toujours de soulever la Ligue des champions. Moi, je veux tout gagner.

PF : Est-ce qu’il va y avoir une patte Zidane ?
Z.Z. :
J’espère. Je vais m’inspirer de certains mais l’idée n’est pas de copier. Je veux apporter une touche offensive. Essayer de faire ce que j’ai toujours fait. Je dois apporter un plus. Et ce petit plus, je veux l’atteindre jour après jour car c’est le travail au quotidien le plus important.

PF : Qu’est-ce qu’il faut changer, à quels ajustements le Real doit-il procéder ?
Z.Z. :
Je pense que l’idée, la motivation, c’est de proposer un beau football. Donner aux joueurs le goût du jeu. Jouer bien et vite en même temps, en conservant la possession du ballon le plus possible.

PF : Lorsqu’on prend les rênes du Real en milieu de saison, on attend du changement. Quels peuvent-ils être ?
Z.Z. :
Je reviens à cette petite touche offensive. Essayer de faire ce que j’ai toujours fait, transmettre le message, obtenir que les joueurs se sentent bien sur le terrain.

PF : Mais alors, c’est quoi, le style Zidane ?
Z.Z. :
Déjà, par rapport au fait de reprendre l’équipe en milieu de saison, je veux insuffler une nouvelle motivation aux joueurs. Nous avons deux titres à gagner cette saison (ndlr : la Liga et la Ligue des champions, le Real ayant été éliminé de la Coupe du Roi sur tapis vert). Nous allons tout faire pour aller les chercher. Ce que je peux dire, c’est que nous travaillons tous sans le ballon. C’est le premier message que j’ai transmis aux joueurs. Tu ne peux pas avoir un, deux ou trois joueurs qui ne défendent pas. Ce n’est plus possible. L’idée, c’est de défendre ensemble quand nous n’avons pas la balle. Et puis la meilleure manière de ne pas être obligé de défendre, c’est d’avoir la possession au maximum. C’est ce que nous essayons de faire. Tenir le ballon, partir de derrière, jouer vers l’avant.

PF : Même pas peur ?
Z.Z. :
Non, bien au contraire. Je suis convaincu que tout se passera bien. Quand je vois la qualité de l’équipe, il ne peut pas en être autrement.

PF : Gareth Bale, Cristiano Ronaldo et Karim Benzema, la fameuse « BBC », est-elle partie pour durer ?
Z.Z. :
Bien sûr. Cristiano, je lui dis peu de choses. Nous savons quel joueur il est, les stats parlent pour lui. Je veux qu’il soit content, bien, à l’aise, le reste viendra tout seul. Et il garde la responsabilité des coups francs évidemment. Cristiano Ronaldo est plus qu’intransférable. Il est l’âme de ce club, de cette équipe, du madridisme. Tant que je serai là, il ne partira pas.

PF : James Rodriguez et Isco n’étaient pas vraiment en odeur de sainteté sous les ordres de Rafael Benitez. Tu comptes sur eux pour la suite de la saison ?
Z.Z. :
Naturellement. Ce sont des joueurs importants et plutôt très bons, il faut les aimer et leur donner de la confiance. (Il insiste) Leur donner de la confiance. Nous sommes vingt-cinq, tous ne peuvent pas jouer mais l’important pour moi, c’est le groupe. C’est ce que je retiens de mon expérience de joueur. Ceux qui gagnent, ce sont les groupes. 

PF : Un peu l’image de ta première, une victoire 5-0 pour ce premier match à la tête du Real. Honnêtement, il n’y a pas mieux, non ?
Z.Z. :
Quand son équipe gagne un match, l’entraîneur ne peut qu’être heureux. Alors, oui, bien sûr… Ce n’est pas facile de marquer cinq buts contre une équipe comme le Deportivo La Corogne.

PF : Qu’est-ce qui t’a le plus plu au cours de cette première ?
Z.Z. :
L’attitude de mes joueurs. Aussi bien ceux qui étaient sur le terrain que ceux qui ne s’y trouvaient pas. Quelque chose de très important pour moi. C’est le début d’un nouveau défi. Etre l’entraîneur du Real Madrid est quelque chose de très important pour moi. Je veux profiter de cela. Je veux remercier les fans et les supporters pour leur soutien mais je pense qu’ils sont venus pour voir les joueurs, avant tout. Ils sont récompensés par ce beau succès. Nous pouvons encore nous améliorer défensivement. Cela viendra, ça se fera étape par étape.

PF : Pour conclure, qu’est-ce qui a changé entre le Real de Benitez et celui de Zidane ?
Z.Z. :
Rien n’a changé entre les joueurs dans le vestiaire. La seule chose qui diffère, c’est l’entraîneur. Ma volonté de mettre en place mon propre style de jeu. Rien de plus.

Lippi et Ancelotti comme modèles
Si « Zizou » est une pierre du Real, une légende, un monstre, une figure, c’est surtout à la Juventus Turin qu’il s’est forgé un mental et une discipline tactique de top niveau. Et c’est donc surtout à Marcello Lippi, le Mister qui avait voulu le recruter en 1996 (et sélectionneur de l’Italie à Berlin, le 9 juillet 2006), et Carlo Ancelotti (son entraîneur à la Juve puis son mentor pour sa première véritable expérience de banc en 2013-14, quand il a été son adjoint et que le Real est allé chercher la Decima) qu’il doit sa maturation. On fait pire comme formation.

Les vœux de Perez, le rêve de Florentino
En intronisant Zidane à la tête du Real, le président Florentino Perez, malmené par une grande partie des socios depuis le début de la saison (et surtout le recrutement de Rafael Benitez), s’est offert un sacré cadeau de Noël. Zidane, c’est son dieu. Il en rêvait depuis longtemps. L’été dernier déjà, il voulait faire de « Zizou » le successeur de Carlo Ancelotti. Mais le conseil d’administration de ce club très politique lui avait dit non. Début janvier, Florentino a reçu l’approbation. Le lendemain, Benitez était parti… Et quand Florentino en a plein la bouche, ça donne ceci : « La direction du Real Madrid a décidé de nommer Zinédine Zidane en tant que nouvel entraîneur de l’équipe première. Sans le moindre doute, Zidane est l’une des figures les plus importantes de l’histoire du football. Il sait mieux que tout le monde ce que signifie être à la tête de l’effectif du Real Madrid. Il est pleinement conscient de la difficulté mais aussi de la passion qu’il faut pour s’asseoir sur ce banc si compliqué. Zidane connaît les joueurs parce que beaucoup d’entre eux ont remporté avec lui, lorsqu’il était entraîneur adjoint, la dixième Coupe d’Europe du club, à Lisbonne. Durant toute sa vie, il a su faire face aux plus grands défis du football. Il l’a toujours fait avec force et talent. Zinédine Zidane, ceci est ton stade et ceci est ton club. Tu disposes de toute notre confiance et de tout notre soutien pour que nos supporters s’enthousiasment à chaque match. Le Madridismo sera à tes côtés. A partir de ce moment, tu deviens l’entraîneur du Real Madrid. En tant que président, c’est une fierté de t’avoir à mes côtés et je sais que pour toi, le mot « Impossible » n’existe pas. »

Champions du monde 1998, génération coach ?
Laurent Blanc (ex-Paris SG), Didier Deschamps (équipe de France) et Zinédine Zidane (Real Madrid). Aimé Jacquet ne s’était pas beaucoup trompé quand il avait évoqué, avant tout le monde, les destinées de ce trio majeur. Parmi les champions du monde 1998 reconvertis sur un banc, on peut encore ajouter Alain Boghossian, qui a été l’adjoint de Raymond Domenech puis de Laurent Blanc en équipe de France, Bernard Diomède, devenu récemment le sélectionneur des U17, et Patrick Vieira, exilé au New York City FC après avoir été le coach de la réserve de Manchester City. Il y a aussi Lionel Charbonnier qui, depuis plus de quinze ans maintenant, a épousé la formation. A Poitiers et Sens pour commencer. L’ancien gardien numéro 3 des Bleus est aussi passé par Tahiti (sélectionneur), l’Indonésie (directeur technique) et il est aujourd’hui à la tête du Sanga Balende, en République démocratique du Congo. Sinon ? La majorité des champions du monde est plus à l’aise derrière le micro du consultant (Christophe Dugarry, Bixente Lizarazu, Marcel Desailly, Robert Pires, Frank Lebœuf, Youri Djorkaeff, Emmanuel Petit, Thierry Henry, Vincent Candela…).

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