Étranger

Vous connaissez pas l’Raul ?

A 33 ans, Raul quitta le Real Madrid, son club de toujours, pour tenter le pari fou de s’imposer en Bundesliga. On lui prédisait le pire, il offrit le meilleur. Eternel…

Mais qu’est-ce qui fait encore courir Raul ? A plus de 34 ans, l’inoxydable Espagnol n’en finit pas d’épater la galerie et de battre tous les records. Quand, durant l’été 2010, il décida, déchiré, de quitter le Real Madrid, son club de toujours ou presque, on l’imaginait bien s’offrir une dernière pige de luxe aux States ou au Qatar, dans le cadre idyllique d’une préretraite de luxe. Eh bien non ! Trop fier, le bonhomme avait encore des choses à prouver. A lui-même, sans doute, comme aux autres, certainement. Et il prit tout le monde à contre-pied en signant à Schalke 04. Un vrai dernier challenge, dans un championnat qui n’est fait ni pour les mauviettes, ni pour les grands-pères. Surtout au poste d’attaquant.
« Si je voulais avoir du temps de jeu, je devais partir du Real. Dans mon esprit, il était hors de question d’évoluer dans une autre formation espagnole et seule une ligue compétitive m’intéressait. Je n’ai donc pas hésité longtemps quand j’ai reçu cette proposition. »
Pari fou. Et rapidement gagné. Dans un environnement complètement nouveau pour lui, au sein de cette Bundesliga qu’il découvrait, le Castillan eut vite fait de clouer le bec aux sceptiques. Il se mit tout aussi rapidement le public de Gelsenkirchen dans la poche. Raul gambade sur le pré comme un jeune premier. Sa volonté hors du commun en fait un joueur éternel. Pas le moindre signe d’usure physique ou mentale. Dix-sept ans après son premier match pro (!), il était toujours aussi épatant de fraîcheur et d’envie. Au point de susciter cette dédicace admirative de Diego Maradona en personne : « C’est un génie qui évolue à un niveau exceptionnel qu’aucun autre joueur n’a pu maintenir autant d’années. » Mais qu’est-ce qui fait encore courir Raul ? « Mon corps est une machine qui se nourrit et se régénère par la compétition », répond l’intéressé.
Et l’inusable, qui avait prolongé son contrat dans la Ruhr jusqu’en 2014, s’est offert un ultime tour de piste en Bundesliga alors que les offres affluaient sur le bureau de son agent. Qu’est-ce qui fait encore courir Raul ? Peut-être le désir de jamais se réveiller de son rêve. Raul n’a jamais oublié d’où il venait. Il grandit à San Cristobal de Los Angeles, quartier déshérité au Sud de Madrid coupé du reste de la ville par une voie de chemin de fer, comme une frontière. C’est là-bas, tout jeunot, qu’il prit sa première licence et commit ses premiers exploits. Très rapidement, les éducateurs qui l’encadrent sont sidérés par ses aptitudes. Il va vite, fait preuve d’une belle maîtrise technique, voit bien le jeu et, cerise sur le gâteau, se montre rudement opportuniste grâce à un sacré pied gauche (le droit n’est pas maladroit non plus). De l’or en barre.

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Le hic, c’est qu’il manque quelques mois au petit Raul pour être aligné dans les équipes de jeunes. Ce n’est pas un problème pour les dirigeants qui vont « contourner » la question en le faisant jouer, pendant quelque temps, sous le pseudonyme de Dani. Bientôt, tout le monde se lève à chacun de ses exploits. Forcément, le talent en herbe attire l’attention des recruteurs de clubs huppés. L’Atletico Madrid, qui a reniflé l’affaire, l’attrape dans ses filets. Dans la famille Gonzales Blanco, tout le monde exulte. Raul, évidemment, mais aussi son père et son frère, fans à mourir des « Rogiblanco », ces Rouges et Blancs qui trouvent leurs supporters les plus acharnés dans les quartiers populaires de la capitale.
Raul change radicalement de statut, entrant par la porte de service dans la cour des grands. En deux saisons, le gamin plante 65 buts et devient l’emblème des ninos de l’Atletico qui font tout exploser sur leur passage. Champions minimes puis cadets. Jusqu’au coup d’arrêt brutal. Le club est au bord du gouffre financièrement. Son président, l’omnipotent Jesus Gil y Gil, décide de fermer le prolifique centre de formation. Le chant du départ sonne pour Raul. Le Real, qui se l’était fait souffler une première fois, ne laissera pas passer la seconde occase.
Nous sommes à l’été 1992. Le Castillan vient de fêter ses 15 ans quand il pénètre pour la première fois dans l’imposante Maison Blanche. Au Real, il brûlera les étapes à une vitesse supersonique, empilant les buts et les perfs haut de gamme. Il est à peine plus âgé – 17 ans, 4 mois et 2 jours très précisément – lorsque Jorge Valdano, alors coach de l’équipe, décide de lancer le prodige dans le grand bain de la Liga. L’événement se déroule le 29 octobre 1994, contre Saragosse. Valdano le titularise encore la semaine suivante face à… l’Atletico. Jackpot ! Raul provoque un penalty, offre une passe décisive et marque son but, le premier d’une longue série, sur un service d’Emilio Butragueno, autre figure mythique du club que le jeunot va bientôt pousser vers le banc des remplaçants.
Raul ne le sait pas encore mais il vient de s’engager à toute allure sur l’autoroute de la gloire. Au bout de cette saison, il se retrouve paré, à même pas 18 ans, de son premier titre de champion d’Espagne (28 matches, 9 buts). La suite de l’histoire madrilène ? Une longue ligne droite où le numéro 7, impair et passe, joue et gagne pratiquement à tous les coups. Il s’y construit un palmarès immense : 2 Coupes Intercontinentales, 1 Supercoupe d’Europe, 3 Ligues des champions, 6 championnats d’Espagne, 4 Supercoupes d’Espagne et, pour son compte personnel, deux titres de « pichichi » du championnat. Il termine aussi deux fois meilleur buteur de la Ligue des champions. Tauliers de la Maison Galactique, rebaptisée le « Raul Madrid », Raul Gonzalez Blanco devient le footballeur totalisant le plus de matches sous le prestigieux maillot blanc (741). C’est aussi le meilleur buteur de l’histoire du club avec 323 réalisations (devant la légende Alfredo Di Stefano, 307). Géantissime.

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Ça, c’était donc avant l’été 2010. En bouclant ses valises, il referma le livre sur 16 ans de sa vie. Mais pas sur ses envies. Loin de la capitale espagnole, là-bas, au fin fond de la Ruhr, « el Senor » poursuivit, insatiable, sa moisson de records. Il totalise 66 buts en Ligue des champions (Lionel Messi en est à 59). A son crédit aussi, l’ahurissante qualification de Schalke aux dépens de l’Inter Milan, tenant du titre, en quarts de finale de la Ligue des champions (5-2 à San Siro, 2-1). « Il faut lui rendre l’hommage qu’il mérite, Raul est tout simplement un joueur exceptionnel », reconnaissait, fair-play, Leonardo, l’entraîneur intériste, dans la foulée de l’élimination.
L’intéressé, lui, savourait. Il a mené les siens – invités surprises – dans le dernier carré des grands d’Europe (élimination 0-2, 1-4 contre Manchester United). Il a aussi été buteur décisif en demi-finales de la Coupe d’Allemagne face au Bayern Munich. Aventure ponctuée d’une victoire finale 5-0 sur Duisbourg. S’y ajouta un succès en Supercoupe d’Allemagne aux dépens du Borussia Dortmund (0-0, 4 t.a.b. à 3). Toujours pas rassasié, il annonçait : « Ma présence en Allemagne est une aventure qui peut prendre un tour remarquable. Couronner ma première saison ici avec un trophée constitue un objectif formidable. »
Objectif atteint. Son premier titre sous un autre maillot que celui du Real…

Raul en short
■ Real Madrid (Espagne), 1994-2010
741 matches, 323 buts
■ Schalke 04 (Allemagne), depuis 2010
62 matches, 25 buts
■ Espagne, 1996-2006
102 sélections, 44 buts
■ Palmarès
2 Coupes Intercontinentales (1998 et 2002)
1 Supercoupe d’Europe (2002)
3 Ligues des champions (1998, 2000 et 2002)
6 championnats d’Espagne (1995, 1997, 2001, 2003, 2007 et 2008)
4 Supercoupes d’Espagne (1997, 2001, 2003 et 2008)
13 Trophées Santiago Bernabeu
1 Coupe d’Allemagne (2011)
1 Supercoupe d’Allemagne (2011)
2 fois meilleur buteur de la Liga (1999 et 2001)
2 fois meilleur buteur de la Ligue des champions (2000 et 2001)
2e du Ballon d’Or 2001

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