Coupe du Monde

VI Nations : Gallois et Anglais, right place, right time

La confirmation du talent de deux nouvelles générations a permis aux Gallois de réussir le doublé dans le VI Nations. Les Anglais, au bout du rouleau il y a 16 mois, ont tout rebâti pour prendre la 2e place du Tournoi, comme en 2012. Deux équipes, deux processus de reconstruction. Analyse.

Image cruelle que cette équipe d’Angleterre au bord du terrain quand les Gallois sautaient et hurlaient de bonheur, sur le podium, le trophée du Tournoi des VI Nations à la main… Nos chers voisins n’ont quand même pas trop d’inquiétudes à avoir pour l’avenir. Irma, dans sa boule de cristal, les voit déjà favoris de l’édition 2014. Plus loin encore, le XV de la Rose ne devrait pas être bon à prendre chez lui lors de la World Cup 2015. Le groupe de Stuart Lancaster a perdu le Tournoi 2013 en dépit de ses quatre victoires. Ce n’est pas le fait à retenir : cet effectif ne totalisait guère plus de 300 capes en comptant les 32 joueurs réunis sur le rectangle vert. Ça laisse forcément rêveur…
L’entraîneur anglais mesure le chemin parcouru depuis la Coupe du monde 2011 (défaite 19-12 en quarts de finale face à la France). « Il est difficile de mettre un élément en particulier en avant mais je regarde derrière nous et j’essaie de replacer les choses en perspective. Nos quatre victoires dans ce tournoi et le match remporté contre la Nouvelle-Zélande (ndlr : 38-21 en novembre 2012) nous ont permis de nous reconstruire en tant qu’équipe. Cette jeune formation doit encore emmagasiner de l’expérience. Nous serons meilleurs à moyen terme, j’en suis convaincu. » Notez que lorsque les Anglais ont battu les champions du monde à Twickenham, ils totalisaient 195 sélections contre 781 aux Néo-Zélandais ce soir-là…

Le Pays de Galles a su se remettre en question
Tout le monde ne peut pas en dire autant. Sauf le Pays de Galles qui fonctionne à peu près sur le même mode. Une bande de jeunots (Warburton, Cuthbert, Halfpenny, North, Roberts) a pris et conservé le pouvoir. On n’oublie pas que des gaillards comme Dan Lydiate et Rhys Priestland étaient blessés et donc privés du raout gagnant. Sam Warburton, delesté du capitanat pendant la campagne, aime l’identité de ces Dragons. « Des joueurs comme Ryan Jones et Gethin Jenkins ont fait un job immense. Leur expérience est indispensable. » Car le Pays de Galles, c’est aussi des éléments qui ont de la bouteille. Le troisième ligne des Ospreys et le pilier de Toulon ont 32 balais. Le n°7 gallois a du respect pour ses aînés.
La faculté de cette équipe à se remettre en question et à réagir après une série de défaites (9 au total en comptant le couac, d’entrée de jeu, contre l’Irlande à Cardiff) est un exemple pour toutes les nations sans arrêt à la recherche d’une excuse. L’Angleterre est faite du même bois. Le capitaine Chris Robshaw, fabuleux troisième ligne, a admis la supériorité du XV du Poireau après un ultime échec au Millennium Stadium (3-30). Mais les prochains mois pourraient faire bouger les lignes. Ces deux équipes ont une force mentale que n’avaient pas les Français, les Irlandais ou les Ecossais, pour citer trois nations majeures de l’hémisphère Nord. Le renouvellement a été plus rapide côtés gallois et anglais. Aujourd’hui, ces joueurs bossent leur entente dans le jeu et accumulent du vécu.

Stuart Lancaster : « Je crois que ce qui vient sera bon pour nous… »
L’Angleterre dispose, c’est vrai, d’un vivier de 716 000 licenciés. Le Pays de Galles n’a pas la même puissance avec moins de 80 000 licenciés. Il a su s’adapter grâce à un système de championnat où cinq « franchises » évoluent avec l’élite du pays. Forcément, l’équipe nationale se régénère plus vite avec des éléments talentueux et confrontés à la meilleure concurrence possible. L’ouvreur Owen Farrell (21 ans) est le symbole de la « new generation » anglaise. Sam Warburton, lui, est plus que jamais le porte-drapeau des Dragons, à 24 ans. A son crédit déjà, 39 sélections.
Stuart Lancaster, coach du XV de la Rose, était heureux de voir ses « kids » s’éclater. « Nous avions beaucoup de gars de 30 ans et plus lors de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Nous avions impérativement besoin de rajeunir l’équipe, de voir de nouvelles têtes. Cela passait par des temps forts et des moments plus durs. Nous sommes tombés dans ce Tournoi mais nous devons persévérer avec ce plan de travail car je crois que ce qui vient sera bon pour nous… »

Un titre plus beau que le Grand Chelem 2012
Le patron du XV de la Rose croit en ses hommes comme en son projet, basé sur la rigueur. Côté gallois, Warren Gatland, coach des Lions cet été, était remplacé par Rob Howley. Qui a fait sienne la ligne directrice de son prédécesseur. Celle qui avait mené le XV du Poireau au Grand Chelem en 2012. Dans le vestiaire des Dragons, on expliquait que i[« ce titre (était) encore plus beau que le Grand Chelem de l’an dernier »]i. Parce que, faut-il le rappeler, les Gallois ont su éviter la crise qui les guettait après ces fameuses neuf défaites. Leur capital confiance n’était pas spécialement entamé. Sam Warburton évoquait le travail effectué dans l’ombre avec le préparateur mental. « Andy McCann a réalisé un boulot énorme sur chaque joueur. Il a été très brillant en ce qui me concerne ! »
Anglais et Gallois ont été placés dans les meilleures dispositions pour réussir. Ce n’est pas nouveau mais ils se donnent les moyens d’aller au bout. Lors de la dernière journée à Cardiff, le XV du Poireau a dominé l’équipe de Stuart Lancaster dans une « finale » de très haut niveau. Rappelons que la Fédération anglaise dispose de trois « elite squads » de 32 joueurs chacune (XV de la Rose, Saxons et moins de 20 ans). Soit un total de 96 joueurs. En début de saison, ils effectuent un premier stage. Ils bénéficient ensuite d’un suivi particulier. Et cela tout au long de l’année. Ceci est écrit noir sur blanc. Les joueurs sont mis à la disposition de leur Fédération 13 jours avant chaque rencontre internationale. En France, on bricole avec 32 joueurs jusqu’au mercredi qui précède le rendez-vous bleu-blanc-rouge…

La positive attitude
Le Gallois responsable des arrières, Shaun Edwards, peut toujours travailler avec le même potentiel, sereinement. Jamie Roberts, le centre des Blues de Cardiff, ne tarissait pas d’éloges à son sujet : « Travailler avec Shaun a été un privilège pour moi. On a réussi de gros matches en défense. Concéder 3 points contre les Anglais, ça tient un peu de l’exploit. Mais on bossé pour ça avec Shaun, tout au long du Tournoi. Stopper un adversaire capable de scorer et le forcer à perdre des ballons a été une partie de notre travail pendant ce VI Nations. »
Ce n’est pas un scoop : quand vous gagnez, vous avez la banane. Les Gallois ne sont pas venus à Paris avec des têtes d’enterrement alors qu’ils étaient au 9e sous-sol. Jamie Roberts évoquait la « résilience » des Dragons. « Le rugby, c’est 90% dans l’attitude. La résistance que les garçons ont montrée pendant les sept semaines du Tournoi a été la clé de notre succès. C’était plaisant de voir des gars motivés à chaque rendez-vous. » Même son de cloche chez les Anglais où Chris Robshaw posait le ciment et apportait la bonne humeur sans laquelle on ne réussit rien.
L’avenir du XV de la Rose s’écrit en Argentine, à l’occasion de la tournée d’été, même si les stars sont absentes. Elles avaient rendez-vous avec les Lions pour un autre challenge. L’élite du rugby britannique était en effet invitée en Australie. Stuart Lancaster, lui, veut capitaliser sur le Tournoi 2013 pour remporter l’édition 2014. Il a la jeunesse et le talent comme alliés. Exactement ce que possèdent déjà les Gallois. Qui ont un temps d’avance avec l’expérience d’un doublé. On ne prend pas de gros risques en écrivant que ces deux nations ne seront pas commodes à déloger…

Photo de Une : Alun Wyn Jones

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