Équipe de France

Uini Atonio, atout puissance

Uini Atonio aurait pu revêtir deux autres maillots mais c’est avec celui frappé du coq qu’il a signé ses débuts internationaux. Le pilier rochelais s’accroche à son rêve. Loin, très loin de son pays natal et de ses premiers pas sur un terrain de rugby.

A 25 ans, Uini Atonio n’en finit plus de brûler les étapes. Pour sa quatrième saison pro, il s’est retrouvé aux portes du XV de France après avoir tout juste goûté aux joies du Top 14. Ce beau bébé est ainsi devenu « le premier Samoan à porter le maillot des Bleus », comme il le déclarait en plaisantant au quotidien « Sud-Ouest » en 2012. Né à Timaru (Nouvelle-Zélande) de parents samoans, le pilier de La Rochelle a débuté le rugby très tôt. « C’est venu de mon père. Il m’a forcé à jouer au rugby à partir de 4 ans ! J’allais derrière notre maison et je m’amusais à pousser tout seul en mêlée contre des arbres, à les plaquer comme de vrais joueurs… » De quoi se forger un caractère et un physique en acier.

Un apprentissage hyper rapide
S’il défend les couleurs de la Nouvelle-Zélande en équipes de jeunes, Uini dispute le Mondial Juniors 2009 au Japon avec les Samoa. Un tel parcours aurait dû le mener tout droit en équipe A, voire même sous le maillot orné d’une fougère argentée, comme nombre de joueurs originaires d’îles du Pacifique. Atonio est d’ailleurs passé par le Wesley College, véritable fabrique à All Blacks (Casey Laulala, Sitiveni Sivivatu et Jonah Lomu en sont sortis). Mais le pilier droit au gabarit impressionnant (1,96 m, 149 kg) décida de suivre une trajectoire différente.
Uini est repéré en 2010 par Patrice Collazo, tout jeune retraité, lors d’un tournoi de rugby à X organisé à Hong Kong. Lorsque l’entraîneur rochelais l’appelle, il n’hésite pas à faire le grand saut. « Il m’a dit : « Tu viens en France ? » Je ne savais même pas où c’était… J’ai pris l’avion et je suis arrivé en Charente-Maritime », se remémore le jeune homme avec le sourire.
Ancien pilier, Collazo a vite décelé le talent et le potentiel d’un garçon qui évoluait sous les ordres de la légende Tana Umaga, entraîneur-joueur de l’équipe des Counties Manukau. Quand il avait 17 ans, un journal néo-zélandais s’était penché sur le phéno­mène. A l’époque, il impressionnait par sa précocité et sa puissance physique. Mike Todd, directeur du rugby à la Pukekohe School, expliquait : « Les gens pensent : « A 150 kg, il doit être gras. » Mais en fait, il est très rapide, très mobile. » Atonio soulevait déjà 125 kg au développé couché.
Voilà donc le jeune Néo-Zélandais sur le sol français à seu­lement 21 ans, sans expérience du haut niveau. La Rochelle évolue alors en Pro D2, un championnat exigeant où la conquête est primordiale. Là, sa puissance et ses qualités techniques font merveille. Durant la saison 2013-14, celle de la montée en Top 14, Uini est même nommé capitaine du Stade Rochelais, preuve de son rayonnement. Son entraîneur l’utilise plusieurs fois au poste de deuxième ligne.
« Tout est possible quand on s’en donne les moyens, commente Patrice Collazo. Il a joué 3 ans en Pro D2, dans un cham­pionnat compliqué, où il a constamment progressé. Aujourd’hui, il arrive à s’adapter au Top 14, même s’il peut faire encore mieux. Il possède une marge de progression énorme. Pour sa quatrième année de rugby pro, c’est pas mal… Il faut qu’il continue. »
Suivi par les plus grands clubs français, notamment le Stade Toulousain, soucieux de renforcer sa première ligne, Uini Atonio a choisi à la fin de la saison 2013-14 de prolonger son aventure chez les Jaunes et Noirs de 3 ans. Sa réussite, il sait qu’il la doit en grande partie à ce club, auquel il est donc resté fidèle. La surprise du chef, c’était une convocation pour les tests physiques de l’équipe de France en vue des tests de novembre.

Un « gentil géant » chez les Bleus
Patrice Collazo se félicitait de cette invitation : « Je suis très content pour lui et pour l’Atlantique Stade Rochelais. Je pense que ça va tirer tout le groupe vers le haut. On a besoin de cette émulation, de cette richesse, de joueurs qui évoluent au plus haut niveau. Après, c’est un joueur d’une équipe promue en Top 14 qui franchit une nouvelle étape. Il lui reste du travail à faire. Ça prouve tout de même qu’il a fait beaucoup d’efforts et de sacrifices et que nous l’avons placé dans les bonnes conditions. »
Pour le centre Jean-Philippe Grandclaude, « Uini Atonio est un gentil géant. Enfin, c’est un gentil géant quand on joue avec lui et qu’on le côtoie tous les jours au vestiaire… » Pas sûr que ses adversaires pensent la même chose quand il se lance dans des charges dévastatrices ! Mais n’allez pas croire que le pilier d’origine samoane est seulement un monstre de puissance. Il est capable de surprendre ses vis-à-vis par des crochets, de faire des passes volleyées, des passes sur un pas ou des chisteras. Cette technique lui vient de ses années d’apprentissage au pays du long nuage blanc. Là-bas, les qualités individuelles sont développées dès le plus jeune âge, quel que soit le poste.
Uini Atonio a seulement un pied en équipe de France mais il savoure cette fabuleuse opportunité. « Etre dans le groupe, c’est déjà énorme. » Il savait que son nom circulait pour une convocation et n’a d’ailleurs pas attendu le coup de fil du staff tricolore. « Je n’ai pas attendu, non, j’ai regardé sur Internet. Il y avait du monde qui m’en parlait sur Facebook, mon nom était cité… Je suis très content. C’est énorme ! Je ne réalise pas encore. »
En Nouvelle-Zélande, on s’est réjoui pour celui qui a quitté le pays très tôt. « Les membres de ma famille sont très heureux. Encore plus que moi !, assure-t-il. Les copains ont tweeté, ils m’ont appelé… » Forcément, Atonio ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « L’objectif est d’aller encore plus haut. Mais je reste tranquille. »

Paul PERIE / UNIVERS DU RUGBY

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top