Basket

Tony Farmer, un Laker dans le Béarn

La première fois que Tony Farmer est venu en France, c’était avec les Lakers pour l’Open McDonald’s de 1991. La NBA n’a pas cru en lui. Alors Tony décida de mettre toute sa puissance, sa faim de dunks et de shoot primés au service de Pau. Aventure de courte durée.

« Il m’avait remarqué au lycée. Je m’inscrivais à tous les camps qu’il organisait. Nous sommes devenus de très bons amis. J’ai même participé à plusieurs actions de charité avec lui. »
Mais de qui donc parle Anthony Todd Farmer, l’ailier américain de Pau-Orthez ? De Magic Johnson ! Oui, oui, le grand Magic. Farmer, le Californien, connaît bien Earvin. Ils sont potes. De là à revêtir la même tunique fétiche que lui… Farmer veut tenter le pari. Nous sommes en 1991. « J’ai pris la décision de faire le camp d’été des Lakers. C’était féroce mais j’ai été retenu. »
Le rêve n’est malheureusement qu’illusion. Farmer va signer un contrat d’un an, revêtir le maillot jaune pour… passer les serviettes et les boissons aux stars à l’occasion du McDonald’s Open à Bercy. Pas l’ombre d’un match officiel. Têtu et ambitieux, Tony s’accroche. Il fait quelques piges en CBA et tente d’obtenir une deuxième chance dans les camps pros. A Minnesota et Dallas. Ça ne vaut pas le prestige des Lakers mais ça reste de la NBA. Sauf que la sanction est la même : Tony n’est pas retenu. « J’avais peut-être un bon potentiel mais pas le mental requis pour ce niveau de compétition », reconnaîtra-t-il plus tard.
Une sélection All-Star en CBA ne le satisfait pas. Cette ligue mineure est une galère permanente. On est coupé, repris, on décroche un contrat NBA de cinq ou dix jours et on est rejeté… Après avoir végété en CBA (Sioux Falls, Columbus, Rochester), Tony prend une décision radicale. Un exode en Europe, ça peut vous relancer un homme ! Direction l’Espagne, à Lugo, pour un dépannage de trois rencontres.
« J’étais déjà venu jouer en Europe avec une sélection de All-Stars lycéens. Jouer ici, c’était démontrer aux Américains que le basket existait ailleurs. Mais ce n’est pas parce que tu viens de la NBA ou de la CBA que tout devient facile. »
De l’autre côté des Pyrénées, Pau-Orthez n’est pas au mieux. Gheorghe Muresan fait un bon pilier pour l’équipe mais Orlando Philips a mal à l’épaule. Brian Davis, venu le suppléer, n’est pas la solution idéale. Puis c’est Howard Carter qui disjoncte. Il n’y a plus d’ailier percutant en Béarn. Tony est l’homme providentiel. Il débarque à Pau, le sourire au coin des lèvres, heureux d’être là au bon moment et sans doute au bon endroit. « Pau est une grande équipe européenne. Je viens ici pour jouer ma carte à fond. Je veux faire ma carrière en Europe. »
En guise d’intronisation, il gagne le Tournoi des As. Une habitude pour le club, une découverte pour lui. « Il y avait les meilleures équipes du championnat. Ça m’a permis de me faire une idée rapide. »
Farmer sait voyager et s’adapter rapidement. Les adversaires de Pau ne tardent pas à s’en rendre compte. Efficace à 3 points, rapide, véloce, très bon manieur de ballon, le natif de Los Angeles formé à San José va aussi au rebond. « J’adore le combat physique, j’ai toujours joué comme ça. »
Cet ailier de 2,07 m et 112 kg devient le précieux joker de Pau. « En fait, je meurs d’envie d’être champion de France. C’est une référence qui peut m’ouvrir des portes. » Car l’idée d’évoluer un jour en NBA le travaille toujours dans un coin du cerveau… Cool et souriant, Farmer fleure bon la Côte Ouest des Etats-Unis. « Je suis né à Los Angeles et j’ai grandi dans cette ville. Pour moi, la Californie est la plus belle région du monde ! »

L’Europe pour le basket, la Californie pour le fun
Une région qu’il a donc dû se décider à quitter pour assouvir sa passion de basketteur et gagner sa croûte. « Gamin, j’aimais faire le tour des playgrounds de L.A. Jamais je n’imaginais partir de là. C’était trop beau ! L’été venu, notre programme quotidien était connu : basket et fun. »
Question fun, Tony a toujours été bien servi. « J’ai cinq sœurs et deux frères. Je suis le benjamin de la famille. On m’a toujours choyé. » De son père footballeur pro, Farmer a retenu une leçon : « Ne jamais se laisser intimider par qui que ce soit. » Une détermination qui va caractériser sa pratique sportive. Le basket, Tony le lycéen ne pensait qu’à ça. « J’aimais jouer dans tous les registres. Marquer mais aussi faire jouer les autres. »
A Artesia, son bahut californien, il va devenir un joueur historique. Son maillot fétiche 23 est retiré lors d’une cérémonie. Cette gloire naissante ne l’incite guère à aller voir ailleurs. « J’aimais trop ma région. Il y avait tout : de bonnes universités, mes copains d’enfance, le soleil… J’ai choisi les Spartans de San José State. Le coach me connaissait très bien. J’avais l’assurance de jouer comme je le souhaitais. »
Tony va au bout de ses idées. Mais après une saison et demie à San José, l’ambiance va virer à l’insupportable… « Je n’étais pas une star dans cette équipe mais un très bon role player. Un nouveau coach est arrivé, il ne m’a plus fait jouer. »
Tension. Farmer choisit de se mettre sur la touche en attendant un hypothétique transfert. Sa moyenne pour sa saison sophomore (1988-89) restera bloquée à 8.7 points et 5.1 rebonds. Son rêve est brisé. Bye-bye California, hello Nebraska. Changement de décor radical chez les Cornhuskers. « Il fallait que je parte très loin de chez moi. C’était vital pour que je puisse me consacrer uniquement au basket. J’ai passé plus de temps sur le parquet et surtout, j’ai franchi un palier dans mon approche du jeu. »
Tony (12.4 pts, 7.4 rbds) gagne en autonomie et en maturité. Au point d’arrêter son cursus universitaire avec un an d’avance, à 21 balais. Les pros de Ia NBA ne croient pas en son étoile. Pau lui propose de briller. Et voilà comment un soir ensoleillé, Tony se retrouve en Béarn. Sans contrefaçon, Farmer est un « Gascon » qui a fait son choix : l’Europe pour le basket, la Californie pour le fun. Mais les choses ne se passeront pas tout à fait comme il l’espérait…
Il faudrait quasiment un bottin entier pour lister tous les clubs visités par l’éphémère ailier palois. Ephémère puisqu’il était déjà de retour en CBA durant l’exercice 1992-93 (Fort Wayne)… Il a une touche avec Denver mais ça ne le fait toujours pas. Séjour en Italie. Retour à la case CBA. En 1994-95, notre bonhomme montre sa pomme à Cholet. Puis Besançon. Le 3 octobre 1996, il obtient un job à Miami. C’est bon, cette fois ? Bah non : remercié le 12 janvier sans avoir joué un match.
Le 31 octobre 1997, miracle : Tony foule officiellement un parquet NBA. Après avoir bourlingué en Espagne et à Porto Rico, il se voit offrir un strapontin à Charlotte. 27 matches, 67 points avec un temps de jeu supérieur à 6 minutes. Les Hornets ont loupé leur rendez-vous avec l’histoire, cédant Alonzo Mourning puis Larry Johnson. Kobe Bryant a été échangé contre Vlade Divac. Glen Rice entretient l’illusion (22.3). Farmer ne s’en fait guère. Coupé en mars, il passe son temps dans les aéroports (Porto Rico, Argentine, Belgique, Porto Rico).
Au sortir du lock-out, ce sont les Warriors qui se montrent bon princes. « C’est sexy le ciel de Californie », chantait Mylène. La vie d’un journeyman, beaucoup moins. Coupé cinq jours plus tard, Tony sera repris en octobre, dans sa trentième année. Cette fois, ç’a un peu plus de gueule : 74 matches, 6.3 points dans une équipe abandonnée à un gamin, Larry Hughes (21 ans, 22.7 pts). Et à l’époque, on ne comprend toujours pas comment Antawn Jamison (23 ans, 19.6 pts) a pu être préféré à Vince Carter, étincelant à Toronto. A l’arrivée, cela donne 63 victoires et un nouveau tampon sur le passeport de Tony.
Il a amassé un peu plus d’un million de dollars en NBA. Presque un smicard du basket US. Deuxième tentative infructueuse chez les Lakers, à l’époque Shaq et Kobe. Petit trip en Grèce, entre une pige à Porto Rico et un séjour chez les Los Angeles Stars (CBA). Et cette saison-là – nous sommes en 2000-01 -, on trouve un dénommé Tony Farmer dans les stats de Besançon ! Sept matches, 14.3 points et 7.1 rebonds et… une dernière place en Pro A. C’est aussi à Besançon qu’il décrocha son seul titre, en plus de l’Open 1991 et de la Semaine des As 1993 : la palme d’or 1995 en Pro B.
On n’est plus à un déménagement près, alors direction Porto Rico. Escale en Russie. Retour à Porto Rico. Visite aux Utah Snowbears (ABA) – vous suivez toujours ? Détour par le Mexique. Quelques bank shots à Las Vegas à presque 40 ans. Peut-être parce qu’il était temps de se poser, Tony Farmer entraîna en ligue mineure chez lui, en Californie. Après tout, il n’aurait jamais dû en partir…

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