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Tom Gugliotta, not « Googs » enough

Tom Gugliotta s’imposa comme un scoreur solide chez les Timberwolves mais une cohabitation difficile avec Stephon Marbury et le pactole offert à Kevin Garnett le poussèrent vers la sortie. A Phoenix, ce sont ses genoux qui flinguèrent la carrière de celui dont on voulait faire le nouveau Larry Bird.

L’Amérique est heureuse. Trois mois après la retraire de Larry Bird, la légende de la superstar des Celtics a trouvé un écho. Quelqu’un qui personnalise, pense-t-on, l’oiseau à tout point de vue, d’une peau très blanche à une allure un peu pataude. Il est grand et complet. C’est un excellent tireur à 3 points, un bon rebondeur et un passeur instinctif qui dribble des deux mains. Son nom : Thomas James Gugliotta. En moins d’un mois en cette année 1992, Gugliotta, 22 ans, est devenu le rookie le plus admiré après Shaquille O’Neal. Shaq détruit tout sur son passage par sa puissance et son enthousiasme débordant. Gugliotta fait valoir une adresse et un sens du jeu étonnants.
Pour son neuvième match NBA, contre le Jazz, il sort le grand jeu : 39 points, 15 rebonds et 5 passes. Histoire de confirmer la ressemblance avec Bird, il offre la victoire aux Washington Bullets (futurs Wizards) face aux Celtics : 17 points, 12 rebonds, 6 passes et le panier décisif pour une victoire 101-97. Gugliotta est dans le cinq de départ depuis le début de la saison après avoir manqué deux semaines durant le training camp. Les négociations concernant son contrat traînaient. Fait étrange, Bird avait fait la même chose pour son arrivée en NBA… Gugliotta voulait de l’argent, il en obtint beaucoup : 17,5 millions de dollars sur 7 ans. Les Bullets n’ont gagné que 25 matches en 1991-92. Ils ont besoin de tous les renforts possibles et se résignent à lâcher ce qui est une petite fortune pour l’époque. Mais ils n’auront pas vraiment à s’en plaindre. « C’est exactement le type de joueur dont nous avions besoin, commente le coach, Wes Unseld. Ses performances ne me surprennent pas. C’est une future star, c’est évident. »

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Gugliotta, c’est un peu l’histoire de « Fame ». Le gamin qui démarre plein de rêves dans la tête et qui, à force d’entraînement et de passion, devient une star. Au lycée, Tom passa du poste d’arrière, avec son 1,85 m, à celui d’ailier deux ans plus tard. Il mesurait alors 2,01 m. Après sa première année à North Carolina State, il grandit encore de 5 cm et prend 9 kg de muscles. En 1991-92, à NCSU, il est le basketteur le plus polyvalent de l’Atlantic Coast Conference. Deuxième meilleur marqueur avec 22.5 points, meilleur rebondeur avec 9.8 prises et meilleur tireur à 3 points avec trois réussites par match. Cela fait de lui le seul joueur du pays n°1 de sa Conférence à la fois aux rebonds et aux shoots primés. Il est également le seul basketteur de l’histoire de l’ACC à figurer dans le Top 20 des neufs classements individuels. Même Michael Jordan, qui joua pour la fac rivale, North Carolina, n’était pas aussi complet à son époque.

Fils d’un papa coach
« La meilleure façon de décrire Tom est de dire que c’est un fils d’entraîneur, explique Tom Kenny qui entraîna Gugliotta à la Walt Whitman High School de Long Island. Il connaît le jeu mieux que n’importe quel basketteur que j’ai eu sous mes ordres. Il y a eu de nombreuses situations où je n’avais pas besoin de lui indiquer la conduite à mener. » Le père de Tom, Franck Gugliotta Senior, fut coach de lycée pendant 40 ans. Il décéda en octobre 1988, deux mois et demi après avoir appris qu’il souffrait d’un cancer du poumon. C’est lui qui obtint la bourse de Tom à NCSU. A son ami de longue date Jim Valvano, entraîneur de la fac, Franck répétait constamment que son fils, le plus jeune de ses sept enfants, avait toutes les qualités pour évoluer dans l’ACC. « Le père de Tom voulait déjà que je prenne ses deux fils aînés, Franck et Charlie, quand j’étais coach à Iowa, se souvient Jim Valvano. Je n’étais pas vraiment sûr de leurs qualités et je ne les avais donc pas pris. Tous deux m’ont prouvé par la suite que j’avais eu tort. Ils ont fait une excellente carrière universitaire et ont vécu des expériences professionnelles en Europe. Je ne voulais pas faire la même erreur avec Tom. »

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Valvano eut quand même quelques doutes la première année. Seulement 2.7 points et 1.5 rebond… Pas vraiment rassurant ! Mais Tom ne se posa pas de questions. Pendant l’été qui suivit, Gugliotta fréquenta assidûment la salle de musculation. A la rentrée, il ressemblait à Superman. « Je veux qu’on se rappelle de moi comme d’un joueur qui n’a jamais abandonné et qui a atteint son niveau de jeu par le travail, affirme-t-il alors. Je voulais devenir bon et prouver que j’étais capable de jouer. Tellement de gens avaient prédit que je ne quitterais pas le banc de touche pendant quatre ans… Ça m’a donné une motivation supplémentaire. » Gugliotta admet qu’il fantasmait au sujet de la NBA et que jamais, dans ses rêves les plus fous, il ne se serait imaginé en n°6 de la draft 1992 derrière Shaquille O’Neal, Alonzo Mourning, Christian Laettner, Jim Jackson et LaPhonso Ellis. « J’étais à l’université pour essayer de prouver quelque chose. De là à me retrouver dans le cinq majeur des Bullets… »
Garçon sérieux et travailleur sur le terrain, Tom est plein d’humour en dehors. Comme Bird. La seule différence notable entre eux, c’est le décor de leur enfance. Gugliotta a grandi en zone urbaine et il est tout à fait à l’aise en société. A North Carolina State, il était le chouchou des fans qui avaient écrit une chanson en son honneur, intitulée « Googs ». « Je ne sais pas vraiment comment ç’a commencé mais au bout d’un moment, tout le monde m’a appelé « Googs ». Ça ne me dérangeait pas. En revanche, mes sœurs détestaient. En match, quand j’entendais la foule hurler mon surnom, ça me donnait un terrible coup de pied aux fesses. »

Kevin Garnett arrive, Christian Laettner s’en va
Gugliotta ne parle pas comme un rookie. Il ne joue pas comme un rookie. Il s’est adapté à la NBA en faisant attention aux petits détails. Beaucoup de joueurs plus talentueux n’y pensent pas et le paient cash. « C’est vrai que ce n’est pas évident de jouer plusieurs jours de suite puis de s’entraîner trois jours et de rejouer à nouveau plusieurs matches d’affilée. C’est une question de mental et d’organisation : savoir quand faire la sieste, quand et quoi manger pour être toujours dans les meilleures conditions au moment d’entrer sur le terrain… » Larry Bird ne disait pas autre chose. Mais les comparaisons s’arrêteront là.

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Logiquement retenu dans la All-Rookie First Team, comme son glorieux aîné, avec une moyenne de 14.7 points et 9.6 rebonds, « Googs » ne fera pas toute sa carrière dans la même franchise et il ne connaîtra pas le nirvana. Le 17 novembre 1994, alors qu’il vient d’entamer sa troisième saison dans la capitale fédérale (6 matches), Tom reçoit un coup de fil d’un proche. « Chris Webber arrive à Washington… Tu es transféré à Golden State. » Dans l’opération, les Bullets lâchent aussi trois tours de draft. Gugliotta n’a pas le temps de défaire ses cartons puisqu’au bout de 40 matches avec les Warriors, il est envoyé à Minneapolis, échangé contre Donyell Marshall.
« Googs » encaisse de plein fouet les réalités du sport pro US. Nous sommes le 18 février 1995. Les Wolves termineront bons derniers de la poule Midwest malgré l’abattage du trio Isiah Rider-Christian Laettner-Gugliotta (51.1 pts par match à eux trois). Un an plus tard, à quatre jours près (le 22 février 1996), c’est Laettner qui boucle ses valises, direction Atlanta. Entre-temps, Kevin McHale a réalisé le coup de sa vie : drafter un lycéen longiligne du nom de Kevin Garnett en 5e position.

Marbury-Googs-K.G., la cohabitation impossible
Durant deux saisons, de 1996 à 98, Tom Gugliotta s’affiche dans une forme éblouissante en dépassant la barre des 20 points de moyenne (20.6 puis 20.1). Un meneur remuant du nom de Stephon Marbury prend rendez-vous avec la gloire en tournant à 15.8 points dès sa saison rookie. « Googs » fête sa seule et unique sélection All-Star à Cleveland, en février 1997 (Garnett est aussi de la partie). Il joue 19 minutes, inscrit 9 points et rapporte 8 rebonds, 3 passes et 2 steals dans la défaite 120-132 de l’Ouest. En avril, Minny participe pour la première fois aux playoffs avec un sweep à la clé contre les Rockets. Première campagne de postseason pour l’ailier de 2,08 m et 113 kg qui compile 18.3 points, 5.3 rebonds, 4.3 passes et 2.33 steals sur les trois matches.

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On se dit que l’avenir appartient au trio K.G.-« Googs »-Stephon qui rapporte 56.3 points chaque soir. Mais la saison du premier est stoppée après 41 matches. Des bouts d’os se baladent dans sa cheville droite. Les Wolves prennent deux matches à Seattle au 1er tour des playoffs… avant de couper Gugliotta le 1er juillet. Explication : le pont d’or offert à Kevin Garnett (126 M$ sur 6 ans) a fait sauter la banque. Le syndicat des joueurs et la NBA s’étripent sur la question des salaires. Le conflit débouchera sur un lock-out de quatre mois qui amputera l’exercice 1998-99 de 32 matches.
Le big deal du « Big Ticket » a fait exploser la masse salariale. Impossible de garder Tom Gugliotta sans compromettre les chances de conserver Stephon Marbury à l’issue de son contrat rookie. Ce n’est pas la seule raison : « Googs » ne veut plus évoluer avec la tête brûlée qui mène le jeu. Minneapolis va tout perdre. Libéré en juillet 1998, Gugliotta s’engage à Phoenix en janvier 1999, pour 6 ans. Trois jours après la fin du lock-out. Stephon Marbury, lui, ne veut pas vivre dans l’ombre de Kevin Garnett et refuse une extension de contrat, forçant les Timberwolves à l’envoyer à New Jersey contre Terrell Brandon et un 1er tour de draft.

Une carrière flinguée par les blessures
Dans l’Arizona, Gugliotta prend immédiatement les commandes du scoring (17 pts). Bien secondé par Jason Kidd, Clifford Robinson et Rex Chapman, il hisse Phoenix en playoffs. Portland plie l’affaire en trois manches. L’été suivant, l’ailier des Suns intègre le Team USA à l’occasion du tournoi de qualification pour les J.O. de Sydney, à Porto-Rico. Simple formalité. Avec le renfort de Penny Hardaway, les Suns atteignent, au printemps 2000, les demi-finales de Conférence Ouest (1-4 face aux Lakers) en sortant au préalable le champion en titre, San Antonio.

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Pour Tom (30 ans), tombé à 13.7 points, démarre un long chemin de croix. Les blessures flinguent ses genoux en même temps que sa carrière. Il loupe l’aventure australienne avec l’équipe américaine à cause d’une rupture des ligaments du genou gauche le 10 mars 2000 contre Utah. Durant quatre ans, il disputera 182 matches sur 328. Son apport devient peu à peu anecdotique (6.4 pts en 2001, 4.8 en 2003). Mais on est passé à côté du pire… L’ancien Wolfpack est sujet à des troubles du sommeil qu’il combat avec de puissants somnifères. En décembre 1999, il discute au téléphone avec sa femme Nikki. Tout à coup, Tom s’évanouit, sa respiration s’interrompt. Sa compagne parvient à joindre la femme de Rex Chapman pour demander à celui-ci de lui apporter le médicament salvateur. Gugliotta est transporté aux urgences où sa vie est mise hors de danger.
Le 19 février 2004, Phoenix cède son small forward estropié plus trois tours de draft – deux premiers et un deuxième – au Jazz contre Keon Clark et Ben Handlogten. « Googs » jouera les utilités à Salt Lake City (24 fois starter sur 25 mais seulement 3.7 pts) avant de signer comme free-agent à Boston en août 2004. En février de l’année suivante, il accompagne Gary Payton et Michael Stewart à Atlanta pour permettre l’arrivée d’Antoine Walker chez les Celtics. C’est là, en Géorgie, que le natif d’Huntington Station (Etat de New York) acheva, en 2005, son parcours avec un léger sursaut d’orgueil (7.9 pts sur 27.7 mn). Ses gains en carrière avoisinent les 80 millions de dollars.

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