Équipe de France

Thierry Gadou, le faux calme

Dans la famille Gadou, je voudrais le petit dernier ! Comme son modèle Clyde Drexler, Thierry donnait tout sur le parquet et affichait un calme olympien en dehors. Son truc à lui, c’était la nature, les balades, le chant des oiseaux et l’odeur des pins des Landes… Difficile d’imaginer qu’on avait face à soi un passionné de tauromachie et grand fan de Mickey Rourke ! Un bonhomme épatant en somme.

Gadou, Gadou… Vous êtes de la famille ? Bah oui, forcément. Thierry, c’est le « petit » (2,05 m pour 90 kg) dernier. Le président de Pau, Pierre Seillant, aurait pu dresser une statue ou offrir un abonnement à vie aux parents. Ils leur a « piqué » tous leurs fils. Alain, Didier puis Thierry. Les premiers ont fait leurs preuves. Le bambin n’avait plus qu’à suivre les traces familiales de la gloire. « Mais j’ai toujours voulu qu’on m’accepte comme basketteur à part entière et non pas comme étant « le petit frère de ». »
Les aînés ont fait la légende de Vieux-Boucau, paisible village des Landes, puis d’Orthez, fief des basketteurs béarnais. Lui, Thierry, est arrivé en dernier, un jour de janvier 1969. Forcément chouchou de papa et maman. Forcément bichonné. D’ailleurs, s’il répond toujours par la sueur et l’envie sur un terrain, on ne cesse de soupçonner un léger coup de piston… Embêtant ? « Je suis fier de mes frangins. Ils m’ont montré la voie à suivre. Après, j’avais besoin de m’imposer par moi-même. Parce qu’on disait que j’étais le plus doué et parce qu’on ne me jugeait pas sur mes vraies possibilités. »
A 15 ans, quitter le cocon familial est un premier test. Celui qui va donner un sens à sa vie. « J’ai choisi de jouer au basket. J’adorais la camaraderie, l’esprit de groupe. Pour quelqu’un comme moi qui n’affichait pas une grande confiance, les amis étaient une source de motivation. »
Ecole, basket, délire avec la bande. Coups de spleen aussi. « Vieux-Boucau, mon village, est un paradis. J’aimais y faire des balades dans la nature. Me retrouver dans mon petit coin de temps en temps. Rien de ça à Orthez ni à Pau. » Pis : alors qu’il rêvait de gloire, il flirte avec le désespoir. « J’étais le plus fort de mon bled, je croyais que j’allais continuer à l’être en arrivant à Orthez… »
Pour imaginer se faire une place au soleil dans une équipe dominant le basket français, il fallait vraiment planer haut. Il fallait tout simplement du temps. Et un bon coach. « J’ai failli passer à côté de tout. Quand Michel Gomez est arrivé en 1990, on jouait encore à Orthez. J’ai dégusté… Un petit régime de séances individuelles. Copieux. Au départ, j’étais surtout un joueur de complément. Mais Michel savait déjà quel profil me permettrait de devenir un pion essentiel. »
Le dialogue est établi entre le maître et l’élève. « Contrairement à beaucoup de coaches, il a compris l’intérêt de lancer un jeune. Souvent, on a tendance à nous classer dans une tranche intermédiaire, entre future vedette et très bon espoir. C’est ridicule. »

« J’ai été élevé dans la culture du basket espagnol »
Ce Gadou-là est un caméléon des parquets. Il sait faire briller son talent par un jeu hyper polyvalent. Rebondeur, passeur, adroit à 2 ou 3 points, il peut occuper trois postes sans baisse de rendement. « Je veux être un joueur complet, clame-t-il au printemps 1993. Ailier, ailier fort et intérieur. Pour l’instant, je navigue. »
Thierry, c’est 205 cm qui peuvent allumer un missile à 3 points et avoir la même aisance pour planter un panier en puissance sous les panneaux. Et ce type de joueur ne court pas forcément les salles. « Il y a des basketteurs comme Toni Kukoc ou Zarko Paspalj qui jouent à tous les postes. Ils sont gauchers et Yougos. Moi, je suis droitier et Landais… J’ai 24 ans et le temps de me perfectionner. »
Travail et application. Voilà comment le troisième des Gadou s’est tranquillement imposé comme un des piliers de l’équipe de France. « On m’a sélectionné pour la première fois en novembre 1991 contre l’Italie. C’est mon frère qui me l’a appris au téléphone. Je croyais que c’était une blague… Quelques jours plus tard, j’étais sur le terrain à Paris. On a gagné. Depuis, je ne souhaite plus quitter cet univers. »
Thierry est encore plus déterminé quand il se souvient du chemin parcouru. Tout avait débuté en 1986. Il n’avait pas 16 ans. « Je me souviendrai toujours de mon premier trophée à Nantes, en championnat Espoirs. Depuis cette époque, j’ai toujours eu envie de terminer une saison avec une récompense. »
Cette saison-là, il frôle le zéro pointé. A cause des blessures. Quand on a enduré deux fractures du nez ayant entraîné une opération, deux entorses aux doigts de la main et cinq points de suture à une lèvre, on doit un peu flipper à l’idée de remettre ses baskets… Mais quand au cours du même exercice, on remporte le Tournoi des As, on signe une performance monumentale en finale du championnat de France, au point d’être désigné meilleur joueur tricolore de la série, et qu’on atteint les quarts de finale du championnat d’Europe (59-61 contre la Grèce en Allemagne), on savoure. Et on a envie de passer le restant de ses jours sur le terrain… Sacré Gadou !
« Je joue avec mes capacités physiques. J’ai été élevé dans la culture du basket espagnol. Chez moi, on captait les images du Real Madrid, de Barcelone, de Badalone. Mon joueur américain préféré ? Clyde Drexler. Je l’ai rencontré avec la « Dream Team ». Une grande star, d’une simplicité étonnante. Un modèle ! »
Comme Drexler, Gadou donne tout sur le terrain. Comme Clyde, Thierry est un sage en dehors. Son truc à lui, c’est la nature, les balades, faire le vide en écoutant le chant des oiseaux, renifler l’odeur des pins des Landes… Son rêve secret ? S’il le pouvait, devenir garde forestier. Avec la sérénité qu’il affiche, on a du mal à croire qu’il soit un passionné de tauromachie et un fan inconditionnel de Mickey Rourke, comme Eric Cantona. Mais sur le tertain, c’est un vrai taureau qui joue le remake de « Rusty James ». Bientôt, on demandera à 
Didier Gadou s’il est bien le frère de Thierry…
Le troisième des Gadou quitta Pau en 2000, direction Reggio Calabria, avec une sacoche pleine de médailles. A ses quatre titres de champion de France (1992, 96, 98, 99) et ses trois Tournois des As consécutifs (1991, 92, 93), il fallut ajouter l’argent avec l’équipe de France à Sydney, une aventure qui clôtura sa carrière internationale (120 sélections et 687 pts entre 1991 et 2000, quatre Euros et une campagne olympique). Dès 2001, Thierry réapparut à Pau. Il boucla une deuxième fois son baluchon et partagea son temps entre l’Espagne et la France. Vitoria. L’ASVEL. Séville. Paris. Pau, le club qui l’avait formé, une troisième et dernière fois pour boucler la boucle. Ce fut chose faite en 2006.
Elu meilleur intérieur français de Pro A en 1997 et cinq fois All-Star, Thierry termina 25e meilleur marqueur du championnat de France, 15e meilleur rebondeur et 29e meilleur passeur.

Constant NEMALE et Fred LESMAYOUX / MONDIAL BASKET

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