Étranger

Thiago Motta, le chaud et l’effroi

Après avoir menacé de quitter Paris cet été, l’Italo-Brésilien a prolongé son bail dans la capitale. Le talentueux taulier à la réputation sulfureuse continue sa route. Elle est déjà longue…

Cela a été le grand feuilleton de l’été au Paris SG. Qui ? Que ? Quoi ? La signature de la dernière superstar parisienne, Angel Di Maria, au mercato ? Non, cette affaire-ci était définitivement réglée début août. Alors, peut-être, le fait de savoir si Salvatore Sirigu allait – ou pas – quitter le club, puisqu’on lui avait mis Kevin Trapp dans les pattes pour lui piquer ses gants ? Non plus. Cette affaire-là n’a pas franchement fait la une. Non et non, le grand débat estival a concerné les humeurs et les désirs de Thiago Motta qui a très tôt clamé, à un an de la fin de son contrat, ses envies de départ pour rejoindre l’Atlético Madrid, où il avait déjà effectué un passage sans pouvoir, du fait de blessures, y exprimer tout son potentiel.
Et « TM » de justifier ainsi son choix : « Je pense avoir donné tout ce que je pouvais donner ici et j’ai le sentiment qu’un cycle se termine pour moi. A la limite, il serait plus facile de rester mais ce ne serait pas honnête, ni envers moi, ni envers le club que j’ai appris à aimer. Il ne s’agit pas d’une question d’argent mais de motivation. Quand je décide de m’investir dans un projet, je le fais totalement. Sur le terrain, dans le vestiaire et en y pensant également quand je rentre à la maison. Aujourd’hui, je ne me sens plus capable d’offrir et de garantir la même énergie. »

Le coup de pression
Problème, les dirigeants ne l’entendent pas de la même oreille. Un rendez-vous début août avec le directeur sportif adjoint Olivier Létang ne permet pas de faire avancer le schmilblick ni de rapprocher les positions. Tandis que le président Nasser Al-Khelaïfi se veut ferme. « Motta a encore un an de contrat et il va rester, c’est clair », assure-t-il. Du coup, après la 2e journée de championnat, face au Gazélec Ajaccio, le joueur en remet une couche. Mais cette fois, en termes à peine voilés, il est beaucoup plus question de sa situation salariale. « Je sais les responsabilités que j’assume au PSG mais les dirigeants, eux, ne les voient pas. » Le signal est clair.
A la fin du mercato, le 28 août précisément – date de l’anniversaire de l’Italo-Brésilien – et conformément aux souhaits des supporters, l’annonce est faite. Non seulement Thiago reste mais en plus, moyennant une substantielle augmentation (il serait passé de 6,3 à 7,8 millions annuels), il prolonge d’un an son contrat, qui courra donc jusqu’en 2017. « Il s’agit d’un beau cadeau d’anniversaire, se réjouit l’intéressé en conf’. J’en profite pour remercier tout le monde : le président Nasser Al-Khelaïfi, Olivier Létang et mes coéquipiers. Quand je suis revenu, à la reprise, ils m’ont beaucoup aidé. Ils m’ont permis d’arriver à ces moments et à cette prolongation. Je tiens également à remercier nos fans. Voilà, je continue l’histoire avec Paris. Maintenant, j’espère que nous allons gagner des choses importantes pour le club. » Clap de fin du feuilleton, au bout de cet été en pente douce.
Si la carrière professionnelle de Thiago Motta Santon Olivares, de son nom complet, pourrait donc bien s’achever dans la capitale, sa vie, elle, a commencé de l’autre côté de l’Atlantique. Au Brésil. A Sao Bernardo do Campo (où est aussi né Deco), une ville de près de 800 000 habitants située dans le sud de l’Etat de Sao Paulo. Le foot va très vite l’accaparer et aujourd’hui encore, il affirme que les conseils de son père, Carlos Alberto, ont été ses meilleurs alliés dans sa progression. « Je me rappelle de ce qu’il me disait depuis que j’étais tout petit : « Sois toujours sincère, sois toujours droit, comporte-toi toujours en homme. » Tout ce que j’ai fait, je l’ai réalisé pour lui. Sans ça, je n’aurais jamais réussi dans le foot. »

Originaire du même coin que Deco
Ses premières pelouses, il les foule au Clube Atlético Juventus, où a aussi débuté Deco. Puis, à 15 ans, le môme rejoint l’Esporte Clube Juventude. Il n’y restera que deux saisons. Avec trois poils au menton et à tout juste 17 berges, Motta entend – déjà – retentir les sirènes de l’Europe. Et pas n’importe lesquelles. C’est l’immense Barça, par l’intermédiaire de Lorenzo Serra Ferrer, à l’époque directeur technique en charge des équipes de jeunes, qui l’attire dans ses filets.
Si jeune, ce grand saut ressemble à un saut rudement périlleux. Alors ? « Bien sûr, au début, je me suis senti un peu seul mais j’avais toujours en mémoire les recommandations de mon père. Et puis quand on a la chance d’évoluer dans un si grand club, on n’a pas le droit de la laisser passer. » Equipes de jeunes puis rapidement la réserve – « Je jouais avec la B mais je m’entraînais souvent avec les A » : le Brésilien franchit quatre à quatre les échelons. Il commence même à faire quelques apparitions dans le groupe pro. Et deux ans seulement après son arrivée en Catalogne, il effectue ses débuts, en octobre 2001, en Liga, sous les ordres de Carles Rexach. Motta devient vite un pilier du team, dans un rôle de sentinelle devant la défense, pour colmater les brèches et gratter les ballons mais aussi pour initier les actions et servir de première rampe de lancement pour son équipe. Bref, c’est une fusée.
Mais une fusée qui va avoir des problèmes. Pas techniques, plutôt physiques le concernant. Des blessures récurrentes qui empoisonnent son quotidien. Il y gagne un surnom : « L’homme de cristal ». Jusqu’au gros coup dur. En septembre 2004, Motta est victime d’une rupture du ligament du genou gauche qui lui fiche sa saison en l’air. Cela n’empêche pas le bonhomme de participer activement, quelques mois plus tard, à l’obtention de la Ligue des champions 2006, la deuxième de l’histoire du Barça.

Il envisage le plus noir des scénarios
L’année suivante – la dernière chez les Blaugrana -, les pépins ne l’épargnent toujours pas. Mais le pire est à venir. A l’Atlético Madrid où il pose son baluchon et rêve de rebondir, Motta, qui subit plusieurs graves blessures, dont une rupture du ménisque gauche, traverse une saison quasiment blanche. Beaucoup plus souvent à l’infirmerie ou au bloc opératoire qu’à l’entraînement ou sur les terrains de jeu. Au point d’envisager le plus noir des scénarios. « Je me suis vraiment posé la question. Soit je disais stop et j’arrêtais tout, soit je revenais plus fort. Et je suis revenu plus fort, comme joueur et surtout comme homme. »
Ce sera au Genoa, sous les ordres de Gian Piero Gasperini, qui lui ouvre de nouveaux horizons. « Il m’a expliqué qu’il estimait que j’avais toutes les qualités pour évoluer au poste de milieu relayeur. » C’est donc en position plus avancé qu’il va s’éclater et retrouver la lumière. Ce n’est pas le plus rapide mais son sens du placement, son art de la passe et sa vista, combinés à une technique haut de gamme, en font un élément essentiel du parcours du Genoa qui se qualifie, un peu à la surprise générale, pour l’Europa Ligue. Au bout de cet exercice de la rédemption, Gasperini, catégorique, assure : « C’est le meilleur milieu du Calcio avec Andrea Pirlo et Claudio Marchisio. »
Il n’est pas le seul à le penser, la péninsule est maintenant à ses trousses mais l’Inter se montre le plus prompt à dégainer et le fait signer dès la fin du championnat. Motta entre alors dans un nouvel univers. Petite étude comparative de l’intéressé. « A Barcelone, c’était tranquille. La vraie ville de foot, c’est Milan. C’est fou. Tu sens le souffle des supporters. Quand l’Inter gagne, tout va bien. Quand il perd, leur colère transpire. L’Italie rime avec passion. Un jour, tu es un héros, le lendemain, on te maudit. »

Pluie de trophées à l’Inter
Malgré quelques blessures qui continuent de l’enquiquiner, il se drape souvent dans la tenue du héros. Il en profite pour enrichir son palmarès d’un Mondial des clubs, d’une Ligue des champions, d’un championnat d’Italie – tous en 2010 -, de deux Coupes d’Italie (2010 et 2011) et d’une Supercoupe d’Italie (encore en 2010). Seule ombre au tableau, à titre personnel, ce carton rouge reçu lors de la demi-finale retour de C1 à… Barcelone qui le prive de vivre sur le terrain le sacre continental des Nerazzurri. Et voilà le côté sombre du personnage. Tellement talentueux mais pas franchement regardant sur les moyens, même illicites, pour parvenir à ses fins. Maniant le chaud (la qualité de ses prestations) et l’effroi (ses provocations). Par la voix et par le geste. A coups de coudes trop hauts, de mots trop violents, de fautes bien cachées.
Une réputation qui lui colle au maillot et qu’il réfute. « Je suis dur mais pas méchant », clame-t-il. De toute façon, il reste celui que l’on veut avoir avec soi. A l’époque où il entraînait l’Inter (janvier à juin 2011), Leonardo l’avait déclaré « intransférable ». Passé sous pavillon du PSG au poste de directeur sportif, il s’était démené pour ramener la pépite dans le giron parisien. Affaire finalement conclue, six mois après son arrivée, le dernier jour du mercato d’hiver 2012.
Retrouvant son poste de sentinelle, Thiago Motta va rapidement s’imposer comme l’un des tauliers de la maison, sur le terrain comme dans le vestiaire. Toujours aussi précieux et essentiel dans le jeu, toujours accompagné de cette sale réputation. Avec, en point d’orgue, la fameuse affaire Brandao (voir encadré). « Ça, c’est surtout un truc monté par certains médias français, se défend-t-il. OK, je suis agressif mais mon métier, quand je dispute un ballon, c’est de remporter le duel. Je dois être agressif car l’adversaire, en face, l’est aussi. Mais je n’ai pas la volonté de faire mal. Etre dur, c’est normal, à certains moments du jeu, quand on veut gagner sa place au haut niveau. »
A Paris, loin de toutes ces polémiques, on a surtout poussé un ouf de soulagement quand l’indispensable milieu a finalement prolongé son contrat, vers la fin d’un été brûlant.
Il n’est pas impossible que ce bail qui le conduira jusqu’en 2017 soit le dernier (il approchera de ses 35 ans) d’une carrière professionnelle entamée en 2002. Et après ? Carlo Ancelotti, qui l’a drivé pendant dix-huit mois à Paris, a sa petite idée sur la question. « C’est rare d’avoir un joueur aussi intelligent que lui. Je suis convaincu qu’il sera un bon coach dans le futur. Pour parler de tactique, il faut savoir être convaincant et se montrer crédible. Pour moi, il est déjà prêt à devenir entraîneur. Comme John Terry, Thiago Silva, Andrea Pirlo ou Xabi Alonso. » En attendant, Thiago Motta poursuit sa route.

L’affaire Brandao
C’était le 16 août 2014, à la fin du match entre le Paris SG et Bastia. Sur le chemin des vestiaires, Brandao attend Thiago Motta et lui assène un violent coup de tête qui fracture le nez du Parisien. Pour justifier l’injustifiable, l’attaquant corse se défend en invoquant les provocations de son adversaire. « Il m’a insulté tout le match. C’était des mots très durs, très blessants pour moi et pour ma famille. Je n’aurais pas dû mais j’étais outré. » Bilan : six mois de suspension pour Brandao et le port d’un masque de protection pour Motta.

Vive la Squadra Azzurra !
S’il a squatté les équipes des moins de 17 ans et Espoirs du Brésil, le natif de Sao Bernardao do Campo assure que la Seleçao, la vraie, la grande, n’a jamais constitué une obsession pour lui. Et finalement, c’est sous les couleurs de l’Italie (sa famille est originaire de Vénétie) qu’il a enfilé le maillot d’une équipe nationale A. Sa première sélection remonte au mois de février 2011 – à 28 ans ! -, alors qu’il évoluait à l’Inter. Aujourd’hui, il compte 23 sélections (1 but) mais il n’a plus été convoqué depuis quelque temps. « Je n’ai pas fait une croix sur la Nazionale mais je comprends les choix d’Antonio Conte, le sélectionneur. Maintenant, s’il décidait de me rappeler, je répondrais présent. »

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