Basket

Terry Porter, le plus beau des combats

Formé dans un fac de Division III, Terry Porter a dû, comme Dennis Rodman et Scottie Pippen, s’arracher pour gagner sa place en NBA. Milwaukee, sa ville natale, l’ignora le soir de la draft 1985. Il mit le cap sur Portland et se révéla le parfait complément de Clyde Drexler. Le meilleur passeur de l’histoire des Trail Blazers a disputé deux All-Star Games et deux Finales. Sa carrière de coach, elle, tarde à décoller…

Quand Terry Porter déboule sur un parquet, ceux d’en face se font des cheveux. Et pas seulement parce que lui n’en a pas. Rien à voir avec l’autre divin chauve que vous connaissez. Le style de Porter, c’est plutôt : « Il est où ce mur, que je l’explose ? »
Terry est un petit dur. La poésie, très peu pour lui. « Je ne suis pas là pour faire le beau. Je me moque de ce que pensent les fans dans cette Ligue. Mes adversaires, eux, savent de quoi je suis capable. »
Et il est capable de tout. Ecoutez Rick Adelman, le coach des Trail Blazers : « Terry est souvent notre solution n°1 dans les moments-clés ». Certains exagèrent jusqu’à dire, en cette année 1992, que le natif de Milwaukee est peut-être plus important pour Portland que Clyde Drexler himself. La superstar des Trail Blazers y va d’ailleurs de son compliment : « Je ne l’échangerais pas. Même pas pour avoir Magic Johnson. »
« The Glide » pousse un peu mais cela situe quand même le niveau du meneur de ces Trail Blazers très chics. Pourtant, dans les récompenses, comme les convocations pour le All-Star Game, Terry est souvent l’homme oublié. Et il y a de l’injustice dans l’air. Porter, c’est du tout bon, du je-sais-tout-faire. La variété de son jeu le place nettement au-dessus du lot. Avec son 1,91 m, il est plus grand et plus costaud que Mark Price (Cleveland) ou Tim Hardaway (Golden State). Il défend beaucoup mieux que Kevin Johnson (Phoenix) et contrairement à John Stockton, il est dangereux dos au panier.

« Les Bulls de 1992 n’étaient pas meilleurs que nous »
L’issue des matches dépend souvent du rendement du duo Porter-Drexler. Le second est un pur finisseur. Le premier donne les caviars et s’occupe des tirs à 3 points. Il termina d’ailleurs 2e du concours de tirs à 3 points du All-Star week-end de Salt Lake City, derrière Mark Price. Porter disputera cette épreuve à trois reprises, en 1991, 93 et 2000. « Sans lui, nous n’atteignons jamais notre meilleur niveau. Et quand il est dans un bon jour, nous perdons rarement, souligne encore Rick Adelman. En plus, il ne doute jamais. Il possède une force mentale vraiment étonnante. »

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Sur une carte de visite estampillée NBA, c’est déjà pas mal. Mais Terry, c’est encore mieux que ça. Sur les trois dernières années, il a mené les Trail Blazers deux fois en Finales NBA (1-4 contre Detroit en 1990 et 2-4 contre Chicago en 1992). Au bout de la course, deux échecs mais rien d’infamant. Sans lui, la franchise de l’Oregon serait tombée bien avant. En 1992, ses performances en playoffs furent même qualifiées de « jordanesques » par les spécialistes américains. En chiffres, cela donne 21.4 points de moyenne à 51.6% de réussite, plus 8 passes. Y’en a beaucoup qui peuvent aller se rhabiller. Et même lorsque les Bulls l’ont emporté, Terry a réussi à avoir le dernier mot. « Ils ne sont pas meilleurs que nous. Ils ont un super joueur et ça fait la différence. On les a bien aidés aussi en ratant notre Finale. Mais pas de problème, on reviendra… »
Porter tient toujours ses promesses (sauf celle-là…). Et pourtant, la vie lui a souvent joué des mauvais tours, choisissant les moments où il allait passer une nuit d’enfer avec la gloire. Le décès de sa mère juste avant la Finale 1990 lui fit rater son premier grand rendez-vous. La disparition de son père en 1992 lui mit durablement la tête sous l’eau.
« Il faut accepter de souffrir. L’an dernier, j’ai vécu une saison extraordinaire (ndlr : All-Star à Charlotte, 17 pts de moyenne). Au début de cet exercice 1991-92, j’ai eu beaucoup de mal à redémarrer. Je suis le premier à admettre que je ne méritais pas de participer au Match des Etoiles. Heureusement, je me suis rattrapé par la suite. »

Dans la même galère que Rodman et Pippen
Et c’est tant mieux car certains commençaient à murmurer que c’était une honte au regard de son salaire… De ce côté-là, tout baigne. Terry fait partie de la famille des nantis avec ses 2 millions de dollars. Mais au départ, personne n’aurait misé le moindre billet vert sur lui. Porter grandit à Milwaukee où il est né le 8 avril 1963. Il aurait tout aussi bien pu grandir ailleurs puisque dans sa région, c’était un basketteur totalement inconnu. A 16 ans, il commence la compétition dans son lycée, la South Division High School. Sans remuer les foules ni même les grandes universités du coin, Marquette et Wisconsin. Comme tout le monde l’ignore, il intègre l’université de Wisconsin-Stevens Point. Son équipe, coachée par Dick Bennett, participe au championnat NAIA, dans la Troisième division du basket universitaire. Un vrai parcours de loser pour l’étudiant en communication, option télé et radio.

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Mais voilà, le basket est un miracle permanent. Longtemps considéré comme un cul-de-sac pour une carrière pro, le championnat NAIA permet alors de faire rêver des joueurs parfaitement inconnus. Terry Porter, Scottie Pippen et Dennis Rodman sont tous passés par là. Porter est lui-même un diamant brut. Très vite, on le repère. Avec une moyenne de 18.8 points et plus de 62% aux tirs dans sa saison junior, il est tout près de faire partie de la sélection américaine pour les J.O. de Los Angeles en 1984, aux côtés de Michael Jordan, Patrick Ewing et Chris Mullin. Il se voit déjà couvert d’or. Il va se couvrir de boutons… Merci la varicelle ! Porter fait partie du groupe des derniers recalés, tout comme Charles Barkley et John Stockton. Ils étaient 72 au départ (Denis Brogniart, sors de ce corps !). Il figurait dans les 20 derniers. Problème : Bobby Knight, le coach, avait trop d’arrières. La maladie fit le reste. « J’avais des plaques partout, j’ai dû rentrer chez moi. »
Après cet épisode fleuri, Terry retourne au charbon. Shooting guard pendant trois ans, il glisse au poste 1. En 1985, il continue d’impressionner de nombreux recruteurs NBA par son endurance, son adresse et son investissement défensif. Pour la deuxième fois, il est retenu dans le premier cinq NAIA (19.7 pts, 5.2 rbds, 4.3 pds). Joueur de l’année et MVP du tournoi final 1984, le meneur des Pointers pense être choisi au 1er tour de la draft. C’est du moins ce que lui fait croire Don Nelson, alors en poste à Milwaukee. Chez lui. On dit que les Bulls, les Hawks, les Spurs et les Warriors sont également très intéressés. Pour beaucoup, c’est le meilleur meneur disponible derrière Sam Vincent (Michigan State), qui fera une petite carrière chez les pros (7.8 pts).
Le jour J, Porter prend place, confiant, à proximité du clan des Bucks. Mais en 22e position, la franchise du Wisconsin choisit Jerry Reynolds, passé à la postérité pour avoir été le récipiendaire de la 30e passe de Scott Skiles le 30 décembre 1990 contre Denver (30 assists dans un match, c’est toujours le record). Abasourdi, Porter quitte la salle. « Des gens m’avaient même annoncé dans les quinze premiers. Au numéro 20, toujours rien… Moi, je ne m’en faisais pas. Ça allait coller avec les Bucks. Quand j’ai entendu leur choix, je suis parti dans le couloir. C’est là qu’un agent de sécurité est venu m’annoncer que Portland m’avait choisi au 24e rang. »

« Charlotte, l’une de mes plus grosses émotions »

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Cette année-là, il y avait du beau monde dans la draft. Ewing, Malone, Mullin, McDaniel, Oakley, A.C. Green, Schrempf… Et cela explique sans doute pourquoi le petit « inconnu » d’une université sans renom fut oublié par beaucoup. Dernier du tri, Porter y alla de son coup de blues. « Je me suis même demandé si j’allais pouvoir faire carrière en NBA. D’autant que Portland avait déjà trois meneurs : Jim Paxson, Darnell Valentine et Steve Colter. »
Un cador, une valeur sûre et un sophomore. Pression maximale sur les épaules du rookie. Heureusement pour lui, Rick Adelman est à l’époque assistant coach des Trail Blazers. Il prend Terry sous son aile. Et ça marche. Porter devient starter dès sa deuxième saison et atteint les 10 passes de moyenne dans sa troisième, avec près de 52% de réussite aux tirs. En 1991, après deux exercices à plus de 17 points et 9 assists, c’est la consécration. Il est sélectionné pour le premier de ses deux All-Star Games, au Coliseum de Charlotte. Prouesse d’autant plus remarquable que la sélection Ouest a fait le plein de meneurs (Magic, Kevin Johnson, Tim Hardaway, John Stockton). Il passera 15 minutes sur le parquet (4 pts, 3 rbds, 4 pds, 2 ints, 1 ct). « Ce fut sûrement l’une des plus grandes émotions de ma carrière. La présentation des équipes fut vraiment magique. Pas seulement pour moi mais pour tous les joueurs des petites universités. Je leur ai prouvé que tout était possible. »
Comme toute l’équipe de l’Oregon à l’exception de Clifford Robinson, Porter souffrira des blessures à répétition de Clyde Drexler durant l’exercice 1992-93. Pour la deuxième année de suite, il s’affiche sous les 6 passes de moyenne (5.2). Il est vrai que l’arrivée de Rod Strickland lui fait un peu d’ombre. Souvent décalé en position de deuxième arrière, Terry se concentre sur le scoring. Il signe cette saison-là la meilleure perf de sa carrière en attaque (18.2 pts par match), ce qui lui permet de prendre part une seconde fois au Match des Etoiles (7 pts à Salt Lake City). Au moment d’attaquer les playoffs, le n°30 des Trail Blazers a 30 ans. L’équipe de Rick Adelman est en perte de vitesse. Au 1er tour, San Antonio écarte sèchement le finaliste 1992 (3-1).
Au printemps 1994, c’est Houston qui se qualifie aisément (3-1 toujours). Le départ de Clyde Drexler pousse la franchise du Nord-Ouest des Etats-Unis dans le vide (3-0 pour Phoenix au 1er tour des playoffs 1995). Face aux Suns, Rod Strickland est énorme (23.3 pts, 4 rbds, 12.3 pds). Porter, lui, n’a droit qu’à 21 minutes. Pour la première fois, il a passé plus de temps à l’infirmerie que sur le terrain (35 matches). Sa dixième campagne de postseason sera la dernière effectuée sous les couleurs de Portland. Le 29 septembre 1995, il est coupé.

N°1 à Portland pour les passes et les 3-points
Terry Porter n’est pas seulement un meneur écouté, un défenseur acharné et un bon shooteur, capable d’armer très rapidement ses tirs. Il s’investit énormément pour améliorer le quotidien des gamins des milieux défavorisés. Nombre d’associations caritatives qui aident à lutter contre le développement des drogues et de l’alcool en milieu scolaire peuvent compter sur son soutien. En 1993, le Walter Kennedy Citizenship Award viendra récompenser son action en faveur de la communauté. Au palmarès de ce trophée fort peu flashy mais terriblement important, il succéda à Magic Johnson. La référence en termes de gentillesse et de générosité, sur le terrain comme en dehors. Terry s’est lui aussi efforcé d’être un gentleman à temps plein.

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Entre 1985 et 1995, Porter aura disputé deux Finales NBA, une finale de Conférence et sept premiers tours. Même régime entre 1995 et 2000, avec Minnesota (2 fois), Miami et San Antonio : un petit tour et puis s’en. Engagé par les Timberwolves en octobre 1995, il est remercié trois ans plus tard, après avoir fait le métier dans l’ombre de Stephon Marbury. Durant le 1er tour de playoffs face à Seattle (2-3), Papy Terry (34 ans) se classa deuxième scoreur des Wolves à égalité avec Kevin Garnett (15.8 pts, 5 rbds). Autre prouesse.
Le basketteur venu du Wisconsin passe les six premiers mois de l’année 1999 en Floride – élimination 3-2 contre New York – avant de se poser chez les Spurs, le 5 août. Il accompagna les premiers pas de Tony Parker en NBA et se retira définitivement en juillet 2002, à 39 ans. A son crédit, 17 saisons sans le moindre transfert – une seule sous les 68 matches si l’on enlève l’exercice écourté par le lock-out -, 124 matches de playoffs – une seule campagne loupée ! – et quelques perfs appelées à durer comme ses 5 319 passes, 2 006 « treys » tentés et 773 réussis pour Portland, records de franchise. Il est 2e aux points (11 330) derrière Clyde Drexler. A l’échelle de la NBA, il se classe 12e meilleur passeur de l’histoire et 28e shooteur longue distance.

Trois saisons comme head coach, deux limogeages
Après avoir raccroché ses baskets, Porter se tourne logiquement vers une carrière d’entraîneur. Assistant à Sacramento en 2002-03, il est engagé par sa ville, Milwaukee, l’année suivante comme head coach. Son dada : la défense et un jeu au tempo contrôlé. Pour sa première année sur le banc, les Bucks équilibrent leur bilan avant de créer un petit exploit sur le parquet du futur champion : une victoire 92-88 au Palace d’Auburn Hills dans le Game 2 du 1er tour. Perf sans lendemain. L’exercice suivant (30-52) est fatal à Porter.
Après avoir secondé Flip Saunders à Detroit, il se voit offrir une seconde chance chez les Suns, en juin 2008. Erreur de casting. Phoenix a passé cinq ans à courir sous l’ère Mike D’Antoni. Le ralentissement du jeu voulu par Porter ne convient pas du tout à des joueurs comme Steve Nash, Amar’e Stoudemire ou Leandro Barbosa. Le transfert du Shaq le 6 février 2009 ajoute à la confusion mais Porter n’a pas le temps d’exploiter cette fixation intérieure. L’équipe est seulement aux portes des playoffs (28-23). Le 16 février, la franchise de l’Arizona décide de le remplacer par Alvin Gentry qui reviendra bien vite au run and gun maison. Comme head coach, Terry Porter présente une fiche de 99 victoires-116 défaites (46%). Ces derniers mois, il commentait des matches pour la télé de Portland.
En 2006, ce golfeur émérite tenta de racheter les Trail Blazers à Paul Allen. Son n°30 a été retiré en décembre 2008. Il a eu trois enfants avec sa femme Susie. Si vous voulez briller en soirée, soulignez qu’il détient le record du nombre de lancers réussis dans un match des Finales sans un échec : 15 dans le Game 2 contre Detroit en 1990. Sur la série, il tourna à 19 points, 2.6 rebonds et 8.4 passes. Contre les Bulls deux ans plus tard, il s’afficha à 16.2 points, 4.3 rebonds et 4.7 passes.

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