Basket

Terence Stansbury, « Doctor T »

Trois fois troisième du concours de dunks NBA, Terence Stansbury posa ses bagages à Levallois en 1989 et s’imposa comme l’un des joueurs les plus spectaculaires du championnat de France. C’est toute une génération d’ados qui s’enflamma pour les exploits de « Dr T » !

Si tu as été n°15 de la draft 1984, la plus riche de l’histoire de la NBA avec entre autres Michael Jordan, Charles Barkley, Hakeem Olajuwon, John Stockton, Sam Perkins, Alvin Robertson, Kevin Willis et Otis Thorpe, tu peux dire que tu n’étais pas loin du firmament. Si tu as terminé 3e, avec 136 points, du concours de dunks 1985 derrière Michael Jordan (142) et Dominique Wilkins (140) et devant Julius « Dr J » Erving (132), ton idole, tu peux dire que tu as carrément marché sur la Lune. Mais si tu as fait tout ça, tu n’es pas toi puisque tu t’appelles Terence Stansbury ! Et si tu veux un conseil, n’essaie pas de donner dans la supercherie car notre lascar est plutôt du genre inimitable. Y’en a qui ont voulu le copier, ils n’ont pas réussi. C’est lui-même qui le dit : « Quand j’ai inventé la « Statue de la Liberté », il y a eu des blessés dans tout le pays ».
Tu veux essayer quand même ? Alors vas-y, cours vers le panier, prends appel sur un pied aux alentours de la ligne des lancers francs, monte vers le cercle, le ballon au bout de ton bras tendu, fais un tour sur toi-même et smashe ! On espère seulement que tu as appelé le SAMU avant de t’élancer…
La détente, c’est une chose, mais ça ne suffit pas pour faire un basketteur, un vrai, un bon comme Terence. « A 18 ans, j’avais déjà 1,20 m de détente. C’est bien sûr un avantage mais le basket, c’est plein d’autres choses et surtout du travail. »
Et il a bossé dur, Terence. Même s’il a touché son premier ballon à 9 ans, ce n’était pas encore vraiment une vocation. Dans sa ville de Wilmington, Delaware, le petit Terry mène une vie tranquille avec sa sœur et ses trois frères. Ecole, famille, copains et sport. Tous les sports. Un vrai cocktail. Un peu de basket mais aussi deux doigts de football américain, un soupçon de karaté et même un zeste de boxe. Lorsqu’il a 14 ans, ses parents divorcent. Changement de vie. « Il y avait moins de discipline à la maison. On traînait un peu plus dehors… »
A 16 ans, il rejoint sa mère à Los Angeles, sa ville natale. Et intègre l’équipe de basket de son lycée. « Là, je m’y suis mis sérieusement. Il y avait un très bon coach qui nous faisait bosser comme des dingues. Après les entraînements, tu n’avais qu’une envie : rentrer chez toi, manger et surtout dormir. »
Fini les balades et les petites bêtises. Au programme : du basket, du basket… et de la croissance ! En un an, il passe de 1,82 m et 70 kg à 1,94 m et 85 kg ! En NBA, il sera mesuré à 1,96 m (pour 77 kg). Terence est métamorphosé. Quand il retourne chez son père pour sa dernière année de high school, à Newark, il est tout simplement devenu le meilleur lycéen de l’Etat. En 1980, le « Philadelphia Inquirer » le désigne « Lycéen de l’année » du Delaware. C’est le scoreur n°1 de l’Etat avec une moyenne de 26 points. Les plus grandes universités lui font les yeux doux. Il choisira Temple. « J’avais l’assurance de jouer et d’y préparer un diplôme sérieux en communication. En plus, je n’étais pas loin de chez moi. »
Temple est à Philadelphie, l’une des places fortes du basket américain et bien sûr la ville des Sixers. L’équipe de Julius Erving, son idole. Quatre années universitaires (15.7 pts, 3.4 rbds), entre 1980 et 84. Quatre années pour effacer la marque de Guy Rodgers avec un total de 1 811 points, être désigné Joueur de l’année ex aequo de la Conférence Big 5 et Player of the year de l’Atlantic 10. Quatre années passées à jouer contre les meilleurs et à voir en action le plus grand planeur de tous les temps, « Dr J ». Terence s’en inspire. Lui aussi, le recordman de minutes jouées en NCAA (40.7), veut voler en NBA. Le rêve se réalise en 1984 quand les Dallas Mavericks le choisissent au 1er tour (15e choix) pour le transférer aussitôt aux Pacers. « J’avais enfin atteint mon but. Bon, ce n’était pas rose tous les jours… On avait l’équipe la plus jeune de toute l’histoire de la NBA. Et le manque d’expérience aux USA, ça se paie au prix fort. »

« Le Michael Jordan de l’Europe »
Premiers points le 31 octobre 1984 dans une défaite 101-100 contre… Dallas. Deux ans de semi-galère pour l’arrière au n°43. 17-18 minutes et 7 points en moyenne. 74 apparitions deux saisons de suite, 31 fois titulaire. De bons souvenirs quand même. Comme ce match contre Houston où il marque 27 points et se voit désigné meilleur joueur de la rencontre. Octobre 86. Direction Seattle dans un échange impliquant Russ Schoene et John Long. Pas mal de petits problèmes personnels pour celui qui est passé du 43 au 44. Un temps de jeu réduit (4 pts sur 8.5 et 44 matches). Et c’est la chute en CBA, à 26 ans. La fin de l’aventure NBA aussi. « J’avais entendu parler de l’Europe. Comme je ne voulais pas rester en CBA, je n’ai pas hésité une seconde. »
On lui conseille l’Italie ou l’Espagne mais il débarque en Hollande, à Den Helder. L’année suivante, c’est la Belgique et le Maccabi de Bruxelles. En 1989, à 28 ans, Terence pose ses valises à Levallois, en Nationale 1B. Pour son plus grand plaisir. « J’adore Paris », dit-il.
Son plaisir et celui des jeunes banlieusards. « Dr T » est leur idole. On dit que c’est le Michael Jordan de l’Europe. Avec lui, c’est showtime assuré. Car Stansbury est un athlète rare. Vif, rapide, aérien, il a tout : le scoring, le shoot, le jump. Sa détente et sa maîtrise des airs lui permettent de réaliser des figures incroyables. Il smashe à volonté et dans tous les sens. On l’a dit, Terence prit la 3e place du Slam Dunk Contest en 1985 (il dunka notamment par-dessus un coéquipier assis), contest auxquels prirent part également un autre planeur, Clyde Drexler, et le bondissant Larry Nance.
Ce qu’on n’a pas dit, c’est qu’il répéta la performance les deux années suivantes… Il termina 3e trois fois de suite. En 1986 à Dallas, il obtint 132 points. Six de moins que les deux finalistes, Spud Webb et Dominique Wilkins. En 1987 à Seattle, il termina en tête au 1er tour (99 pts). En demi-finales, il s’intercala entre Jerome Kersey (147 pts) et Clyde Drexler (136), en amassant 49, 45 et 50 pions. Michael Jordan en totalisant 148, il fut écarté de la finale et termina une dernière fois, la troisième donc, sur la troisième marche du podium.
A la fin des années 80, après avoir transité par les Pays-Bas, Stansbury poursuit son show à Levallois, une équipe de Nationale 1B qui gravit patiemment les échelons. Terence apporte son sens du spectacle. La gnac. La gagne. Un vent de folie souffle sur Paris. Il n’y a pas seulement l’arrivée de l’ancien Pacer. Il y a aussi celle de Shelton Jones, 27e choix de la draft 1988 passé par San Antonio (la franchise qui l’avait retenu), Golden State et Philadelphie. Un ailier explosif et pas moins spectaculaire. Il ne disputera que 12 matches avant de filer à Madrid et d’écumer toutes les Ligues du monde. Mais en chiffres, cela donne une moyenne de 31.3 et 13.1 rebonds… On le reverra à Bourg-en-Bresse au début des années 2000.
Devenu Levallois Sporting Club Basket dans le courant de l’été 1990, l’équipe francilienne frappe aux portes de l’élite. Elle est recalée de peu en 1991 mais atteint le nirvana au printemps suivant, sous les ordres de Jacky Renaud. Comme pour faire honneur à son palais des sports Marcel-Cerdan tout nouveau, tout beau, Levallois s’adjuge le titre de champion de France de Nationale 1B. Bienvenue parmi l’élite !
A partir de cet instant, il faut parler d’époque dorée. Jusqu’au départ de Stansbury, Levallois se classera 7e (éliminée 2-0 par Antibes en quarts de finale au printemps 93), 11e (éliminée 2-0 par le PSG Racing en 8es de finale en 1994) et 8e (éliminée 2-0 par Antibes en quarts de finale en 1995). Période bénie pour un club qui voit défiler quelques noms passés à la postérité. Il y avait Terence. Il y avait Patrick Cham. Il faut ajouter Michael Brooks, ex-complice du « Cobra » Don Collins à Limoges. Freddy Hufnagel. Vincent Masingue. Sans oublier bien sûr Moustapha Sonko et Thierry Zig.
Stansbury établit son record le 23 mars 1992 contre Caen : 53 pions. Un an plus tard, il termina meilleur marqueur de Pro A avec une moyenne de 26.3 points. Naturalisé français, il quitta l’Hexagone pour Israël. On le revit en Pro A au Mans et à Strasbourg. Il mit un terme à sa carrière de joueur après avoir évolué en Belgique, aux Pays-Bas, en Finlande et au Luxembourg. Dès 2003, il s’était essayé au coaching, en Scandinavie. En 2009, il prit en main son ancienne équipe de Weert, aux Pays-Bas.
Sa fille Tiffany a évolué en WNBA, chez les Los Angeles Sparks et au Minnesota Lynx.

Christophe DEROLLEZ / MONDIAL BASKET

Populaires

To Top