Équipe de France

Steve Mandanda, le patient français

Cantonné au rôle de doublure d’Hugo Lloris, Steve Mandanda voit quand même arriver l’Euro avec le sourire. Normal, quand on sort d’une saison frustrante comme la sienne à l’OM.

Même dans la peau du numéro 2, il aurait aimé croqué un peu de Brésil. Mais le genou de Mustapha Yatabaré, qu’il a pris à deux mille à l’heure dans la tempe, en a décidé autrement. Fissure d’une cervicale et énorme frayeur pour Steve Mandanda, qui a vu la Coupe du monde et l’aventure des Bleus, poussée jusqu’aux quarts de finale, dans son canapé au début de l’été 2014. L’Euro à la maison, imaginez. Même dans la peau du numéro 2, il ne laisserait sa place pour rien au monde. D’ailleurs, sa place, parlons-en. Le pauvre…
Il est dans la forme de sa vie, il réalise certainement la meilleure saison de sa carrière et il est resté scotché dans le bas-ventre du classement de la Ligue 1, aux portes de la relégation même au cours des dernières semaines. Gardien de l’OM en cette saison 2015-16, ce n’était vraiment pas « the place to be ». D’abord à moitié plein ou à moitié vide, le verre olympien est tombé à la renverse après la trêve hivernale. Entre la pire série de l’histoire à domicile en championnat (victoires entre août et mai…) et le bonnet d’âne de la L1 (19e équipe au bilan à la maison), on a souvent eu une pensée pour lui.
Mandanda, capitaine courage, a plusieurs fois grimacé, montrant face aux caméras sa colère contenue, sa rage enfouie dans les gants. Trop las de se sentir tout seul. Il a plusieurs fois lâché quelques vérités, quand même, quand la frustration était trop grande sans doute. Comme contre Bordeaux, après un 0-0 d’une nullité affligeante. « Il ne faut pas se voiler la face, peut-être qu’on a moins de qualités que les autres années. On manque de talent pour être au-dessus. »
Le talent, c’est pourtant exactement ce qu’il étale dans les buts olympiens. Des parades à donner le hoquet aux commentateurs télé, des réflexes à couper les pattes des attaquants adverses et des matches à records comme à Lorient, où il a réussi neuf arrêts décisifs. C’est toujours l’équation à une inconnue pour les gardiens : quand votre équipe subit, vous avez plus de chances de vous mettre en valeur. Mais quand même.
Serviteur, modèle et capitaine visionnaire, il lâchait après le piteux nul contre Toulouse : « J’ai connu les supporters beaucoup plus durs avec nous. Aujourd’hui, on n’est même pas capables de leur rendre tout leur soutien. C’est quelque chose qui me déçoit beaucoup. Je ne sais même pas combien on est au classement. Treizièmes ? Ce n’est pas possible d’être à cette place dans ce championnat qui n’avance pas. Je ne suis pas dépité, je suis juste réaliste. »
Ouf, il peut souffler. L’odeur de moisi fermenté va bientôt laisser la place à la brise bleue. Il est toujours plus agréable de porter le costume de numéro 2 que de s’en faire tailler chaque week-end avec le brassard au-dessus du coude. « Je peux faire tout ce qu’il faut, Hugo va commencer l’Euro. C’est comme ça. » Patient Français, oui, mais avec le regard tourné vers l’après puisqu’il est entendu que sa fidélité indéfectible à l’OM doit maintenant s’écrire au passé. Trop las, Steve. Comme on le comprend.

PROFIL
Gardien de but
Né le 28 mars 1985 à Kinshasa (RDC)
31 ans,
1,86 m, 84 kg
Club : Marseille

VISA
22 sélections
Première sélection : le 27 mai 2008 à Grenoble, France-Équateur 2-0 (amical)
Sélectionneur : Raymond Domenech
Expérience à l’Euro : 0 match
SA SAISON INTERNATIONALE 2015-16 : 2 matches, 180 minutes jouées

SITUATION PERSONNELLE
En fin de contrat, même si une clause lui permet de rempiler une saison. On a du mal à l’imaginer poursuivre l’histoire à l’OM. Après huit ans de très bons et très loyaux services, il faudrait ériger sa statue derrière un but du Vélodrome. Maintenant, le marché des gardiens reste toujours aussi fermé. Un seul bouge et le champ des possibles s’ouvre ? Peut-être mais il ne partira pas n’importe où et il a bien raison.

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