Équipe de France

Stéphane Lauvergne, un Auvergnat à Paname

La vie de basketteur n’est pas un long fleuve tranquille. Viré de Cholet pour raisons financières, l’ailier clermontois Stéphane Lauvergne connut deux ans de galère à Mulhouse. Il refit surface sous le maillot du PSG Racing Basket, dont il fut le capitaine. Son ultime tentative pour décrocher le titre – en 2000 à l’ASVEL – échoua. Son fils Joffrey évolue actuellement à l’Elan sportif chalonnais.

Tiens, encore un Auvergnat qui s’installe dans la capitale… Celui-là n’est pas venu à Paris pour y monter un resto. Dans son baluchon, il a tout simplement emporté son survêt, ses baskets et ses biscotos d’athlète. Brut de brut. Stéphane Lauvergne (ça ne s’invente pas !) n’a pas besoin de potion magique, il est tombé dans la marmite dès son plus jeune âge. Lui se doperait plutôt à l’enthousiasme et à l’honnêteté. Le voici, à 25 ans, bombardé capitaine du PSG Racing Basket. Nous sommes en 1992-93. « Paris a toujours été à mes yeux une grosse équipe qui ne marchait pas. Avec l’arrivée de Canal+, on a tous quelque chose à prouver. »
Un peu timide, un brin réservé, « Steph » s’extériorise sur le terrain. « Il apporte toute sa fraîcheur. Je souhaiterais que son enthousiasme déteigne sur toute l’équipe parce que sa principale qualité, avant tout chose, est d’être quelque de sain », explique Jean-Paul Rebatet, son coach parisien, nantais (1987-88), choletais (1989-90) et national (juniors 1985). Les deux hommes marchent à la confiance. Réciproque.
A 14 ans, Stéphane se cherchait. Cyclisme (comme papa), natation, judo, athlétisme, football : il touche à tout. Et il est bon partout. A cet âge-là, son 1,98 m ne laisse pas indifférent. C’est son cousin, entraîneur à l’Amicale Laïque Fontgiève, qui lui transmettra la passion du basket. En 1984, direction Chamalières (Nationale 3), plus connue pour son accordéoniste, celui qui effectua un septennat à la présidence de la République. En 1985, l’ailier pose ses valises à Clermont-Ferrand (Nationale 1B), sa ville natale, pour y faire ses classes. Lauvergne papillonne alors entre l’Institut national des sports et son club auvergnat.
L’heure du professionnalisme sonne en 1986. Nantes. Première division. Les mauvaises langues le qualifient d’excellent joueur sans ballon. Homme de devoir, Steph travaille son adresse. Il ne sera sans doute jamais une fine gâchette mais il possède d’autres atouts dans sa manche. « J’aime jouer vite mais je préfère avant tout défendre. J’y prends beaucoup de plaisir. J’adore contrarier un joueur offensif, le limiter dans son rendement. On fait bien sûr plus attention à un type qui plante 20 points. Parce que les stars offensives sont peu nombreuses et parce qu’en France, on n’a pas forcément de culture basket. Mais avant de marquer, il faut d’abord bien détendre. »
Stéphane est un vrai joueur d’équipe. Un coéquipier dévoué qui ne mégote pas sur les efforts. Les affres de la gamberge l’ont fait mûrir Après une excellente saison à Cholet (Pro A) en 1989-90, il a dû s’exiler à Mulhouse. Victime d’un dégraissage de la masse salariale. Au pays de la choucroute, le futur « Bougnat » piétine. La sauce ne prend pas vraiment malgré une demi-finale européenne. « J’étais dégoûté. J’ai perdu d’un seul coup ma place en équipe de France, ma confiance et mon basket. Mais avec le recul, c’était une bonne thérapie. Tu passes par des hauts, des bas, ça te redonne le juste équilibre. »

Un badge et une plume comme porte-bonheurs
Lauvergne ne laisse jamais transparaître ses sentiments et n’en fait pas (de sentiments) avec ses adversaires. Aurait-il caché son jeu ? « Non. La pression, je la ressens sans arrêt. Je suis angoissé, j’ai envie de bien faire et peur de mal faire. Quand on est jeune, ce n’est pas forcément facile d’être le capitaine d’une équipe avec des éléments expérimentés. Mais à Paris, je me sens bien. Le club est ambitieux et je passe incognito… »
Paris qu’il rejoint en 1992, après deux saisons en Alsace. Comme pour se rassurer, « Steph » se réfugie – avec modération – dans la superstition. Fini le n°13 de sa période alsacienne. Il a placé, dans son sac de sport, deux objets devenus incontournables dans sa réussite : un badge et une plume. « Le badge représente le signe du zen. La plume m’a été offerte par la mère d’un copain. Elle l’a chargée en ondes positives, ça me porte bonheur. Je les ai toujours dans mon sac… Et j’ai retrouvé une place en équipe de France ! »
Son gourou ? Papa, chauffeur de taxi. Mais aussi agent et conseiller de son athlète de fiston. « Je ne prends jamais de décision sans son avis, notamment au niveau financier », explique Stéphane. Lui qui aimerait se reconvertir, en bon Auvergnat, dans la restauration s’est déjà payé un bar à Clermont, dirigé par sa sœur. Au-delà de toute magie, de tout gri-gri, sa force et son énergie, il les puise dans l’amour de son petit Joffrey. Son digne héritier. Responsabilisé, ce passionné de films policiers voudrait tout de même s’offrir un premier titre. Qui ne viendra pas. La venue de Canal+ ne suffit pas à décrypter le jeu des adversaires. En 1993, Paris se fait sortir au stade des quarts de finale (0-2 contre Pau). Même punition l’année suivante en demi-finales, contre Antibes. Lauvergne passe chez le voisin, Levallois, qui jouera deux quarts et se classera 13e en 1997. Stéphane a 29 ans. Le club est relégué en Pro B en raison de ses difficultés financières. La capitale, c’est fini.
L’automne suivant, on le retrouve chez les Toulouse Spacer’s, club fondé en 1995 et aujourd’hui défunt. L’équipe entraînée par Laurent Buffard termine 14e à deux reprises (8 victoires-22 défaites puis 5-25). Nouveau coup de théâtre : les caisses sont vides, les Spacer’s disparaissent du paysage du basket français. Tombé à 5.3 points, Lauvergne reçoit une propal de l’ASVEL. Sans doute l’une de ses dernières chances d’accrocher le titre puisqu’il a 31 ans. Villeurbanne trace son chemin jusqu’à la finale mais cette année 2000 appartient au CSP, auteur du triplé championnat-Coupe de France-Coupe Korac derrière son trio de choc Marcus Brown-Yann Bonato-Harper Williams. Défaite 2-1 en finale de Pro A pour les coéquipiers de Shea Seals, Moustapha Sonko et Jay Larranaga. La trajectoire de « Steph » s’interrompt sur un ultime échec. Sa carrière se poursuivra à Clermont (N2 puis N1 puis Pro B) jusqu’en 2004, comme joueur puis directeur sportif.
Lauvergne participa à l’Euro 1989 en Yougoslavie (6e place pour la France). Il totalise 21 sélections (65 pts), étalées entre 1988 et 1995. Ces dernières années, il tenta une expérience – « peu convaincante » – comme chauffeur de taxi avant de s’investir dans le coaching sportif. Joffrey, né en septembre 1991 à Mulhouse, a suivi les traces de papa. Pivot de 2,10 m, il évolue depuis deux ans à Chalon-sur-Saône. Il a remporté la Coupe de France 2011 aux dépens de Limoges (79-71).

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