Basket

Stefano Rusconi, le Terminator italien

Stefano Rusconi ne s’en cachait pas : il aimait autant l’argent que les rebonds… Après avoir tourné le dos à la natation, il s’invita parmi les meilleurs intérieurs européens. Finaliste malheureux de l’Euroleague en 1993 face à Limoges, il tenta sa chance en NBA – sans réussite – et revint dans la Botte pour offrir un deuxième Scudetto au Benetton Trévise. Stefano, le bambino devenu Rambo !

Sous les panneaux européens, on ne fait pas dans la dentelle ni dans la tendresse. Il suffit de voir la clientèle présente dans un Final Four. Prenez l’édition 1993 à Athènes : Arvydas Sabonis, Cliff Levingston, Antonio Martin Espina, Jim Bilba, Ken Barlow, Rickey Brown, Willie Redden, Panagiotis Fasoulas… Et celui qui filait des cauchemars à tous : Stefano Rusconi (2,08 m, 116 kg). Hook shots façon Kareem Abdul-Jabbar, rebonds monstres (15 en finale, le bougre !), écrans massifs et adresse remarquable (60%) : le boss dans la raquette, c’était Stefano.
On comprend pourquoi Trévise a cassé sa tirelire pour associer le cerveau de Toni Kukoc aux muscles de Rusconi. On comprend aussi pourquoi lors de la draft NBA 1990 (Toni Kukoc a été pris en 29e position par les Bulls), il fut choisi au 52e rang par les Cleveland Cavaliers, alors qu’il évoluait au Ranger Varèse. Droits cédés à Phoenix le 17 mai. Pourquoi Phoenix ? A 17 ans, il avait tapé dans l’œil de Dick Percudani, entraîneur à Varèse et futur scout en chef des Suns.
Au moment de la draft, Stefano avait 21 ans. Le temps, le travail et la maturité ont façonné un Apollon, capable de se prendre pour le maître-nageur des raquettes, vrai bassin des géants d’Europe. Pour le gamin de Bassano del Grappa, près de Venise, nager était une obligation, plus qu’une tentation. « Je suis fils unique. Mon père bossait dans un complexe hospitalier, ma mère était femme au foyer. Elle s’occupait de moi en permanence et m’obligeait à faire de la natation. »
Dans le petit village de Vénétie, Stefano est un garçon modèle. Sa vie change lorsque son père décide de retourner à Varèse. « Nous sommes partis de Venise. J’avais 11 ans et j’en avais ras-le-bol de la piscine. »
Briser la solitude passe par le basket. « Un sport que j’avais découvert à l’école. »
Son rejet de la natation se transforme en passion folle pour la balle orange. Et il découvre les affres de la concurrence. « Je me suis pointé à la sélection des jeunes de Varèse. Techniquement, j’avais l’impression d’être sur une autre planète… Mais jamais je n’ai abandonné. Un entraîneur m’a remarqué. »
Commence alors une ascension fulgurante. « Je n’étais pas un super basketteur mais j’avais un bon physique. »

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Des épaules larges, des bras musculeux, des cuisses mobiles… Alouette ! C’est l’heure de plumer les adversaires. « Parce que je n’ai jamais aimé être le dernier, je voulais être le seul survivant sur le terrain. »
A 17 piges, Stefano est en état de grâce. Les pros lui ouvrent leurs portes. Nous sommes en 1985. « La Divarese Varèse était au sommet du basket italien. Je me suis retrouvé avec des joueurs comme Corny Thompson (ndlr : ancien des Mavs) ou Franklin Johnson (passé par les Suns, qu’il entraînera au début des années 2000). Le rêve ! »

Un rêve qui devient cauchemar face à son idole Corny Thompson. « Il m’a fait un bizutage féroce. Jamais on ne m’avait mis aussi minable… »
Pas question de laisser Rusconi dans la détresse. Thompson en fait son protégé. « Il m’a tout appris, explique Stefano. Le mental, la technique, les ficelles du jeu intérieur. »

Les sélections de jeunes lui ouvrent elles aussi leurs portes avant que la Squadra Azzurra ne le happe à 19 ans. « Je n’étais pas impressionné, je m’y attendais. J’aime trop l’argent et réussir ma carrière signifiait en gagner beaucoup… »
1990. Mal en point financièrement, Varèse doit sauver sa place dans l’élite du basket transalpin en vendant ses éléments les plus convoités. Rusconi est le plus prisé. Il abandonne son costume Rambo prisé par les tifosi de Varèse pour rejouer, avec sa coupe en brosse, Terminator dans le « United Talents of Basket » façonné par le richissime Benetton Trévise. Montant du transfert : 15 millions de dollars. L’argent, Stefano en gagne. A présent, il lorgne les titres. « Je suis désormais un joueur complet, parmi les meilleurs à mon poste en Europe. Il ne me manque plus qu’un palmarès pour me donner un autre standing. »
Après avoir accroché, avec Toni Kukoc, le titre de champion d’Italie 1992 (3-1 contre la Scavolini Pesaro), il doit donc s’incliner devant Limoges et sa muraille Bilba-Redden-Butter en finale de l’Euroleague (59-55, 23 pts de Rusconi). « Une vraie désillusion. Mais on reviendra. »
Kukoc parti en NBA, « Rusca » – son surnom – se retrouve seul à la tête de la cavalerie verte et blanche. Il ne la ramènera pas tout de suite au Final Four de l’Euroleague mais il lui offrira deux autres Coupes d’Italie en 1994 et 95 (il l’avait déjà remportée en 1993). Battu 3-0 par le Knorr Bologne dans la finale du championnat 1993, le Benetton essuie la même punition deux ans plus tard face au même adversaire (devenu Buckler Bologne), pour la première année de Mike D’Antoni sur le banc. Consolation avec un succès dans la Coupe d’Europe (future Coupe Saporta) aux dépens de Vitoria, 94-86.

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Stefano n’a plus rien à prouver dans la Botte. En 1995, à 26 ans, il tente l’aventure NBA. Un contrat de 3 ans avec les Suns est paraphé le 14 juin. Difficile de parler de « rêve américain » avec un petit total de 7 matches (30 minutes et 8 points en cumulé) dans une équipe qui arrive à la fin de l’ère Charles Barkley. Stefano a le mal du pays. Il ne s’habitue pas à sa nouvelle vie et décide de retourner en Vénétie. En 1997, c’est la consécration avec un deuxième Scudetto. Les coéquipiers de Henry Williams et Ricardo Pittis se paient le Teamsystem Bologne en finale (3-2).
« Rusca » avait promis de ramener le Benetton dans le dernier carré de l’Euroleague. Promesse tenue au printemps 1998 à Barcelone. Les joueurs de Zeljko Obradovic, nommé l’été précédent, s’inclinent 69-66 contre l’AEK Athènes en demi-finales (10 pts de Rusconi) avant d’accrocher la 3e place contre le Partizan Belgrade (96-89, 16 pts de Stefano).
En 1998, au lendemain d’une défaite 3-2 en quarts de finale de Lega, le n°15 historique de Trévise plie ses bagages, direction l’Espagne et Vitoria. En 1999, à 30 ans, il est de retour dans la péninsule, à l’Adecco Milan, qui compte un certain Kobe Bryant parmi ses socios. C’est sa 13e saison en Italie et on ignore qu’une décennie plus tard, Rusconi sera toujours sur le terrain… Après avoir transité par Reggio Emilia (Lega Due), Castelleto Ticino (Série B1, une accession à la clé), Novara (Lega Due), Gênes, Santa Margherita Ligure, Vado Ligure et Bari, il donne son accord à Legnano mais se ravise et stoppe les frais. En 2010, à 42 balais, Rusconi est officiellement retraité.
Stefano porta le maillot de la Nazionale pendant 4 ans, de 1991 à 95. Avec la Squadra Azzurra, il remporta les Jeux méditerranéens 1993 en France. Ajoutez-y l’argent au championnat d’Europe 1991 à Rome. L’équipe de Sandro Gamba s’inclina 73-88 en finale contre la Yougoslavie de Toni Kukoc, Dino Radja, Vlade Divac, Sasha Danilovic, Sasha Djordjevic et Jure Zdovc, le futur Limougeaud. En 1993 en Allemagne, l’Italie se classa 10e.
Stefano Rusconi signa sa meilleure saison en Lega en 1994-95 (16.4 pts, 9.9 rbds, 60.9% aux tirs). En 2000-01, à l’Adecco Milan, il s’affichait à nouveau à un double-double de moyenne (15.3 pts, 10.3 rbds, 58% aux tirs). Ses records : 33 pions contre la Virtus Roma en février 1993, 22 rebonds contre la Scavolini Pesaro en avril 2000, 9 contres face à Allibert Livorno en janvier 1989.

Constant NEMALE / MONDIAL BASKET

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