Étranger

Stades mythiques : La Bombonera, la pétaudière de Buenos Aires

Vous connaissez beaucoup de stades dans le monde qui s’affichent aux couleurs de leur club ? À Buenos Aires, il y a une boîte de bonbons toute de jaune et bleu vêtue qui tremble quand Boca marque. Si vous n’avez pas le vertige, soyez les bienvenus à la Bombonera !

■ LA PETITE HISTOIRE
Connus pour être parmi les plus chauds du monde, les supporters de Boca Juniors n’ont pas tous accès à leur cathédrale. Le club compte plus de 110 000 socios et le stade un peu moins de 50 000 places. « Et la liste d’attente est longue !, ajoute Marco Paccini, le directeur marketing. Pour venir à la Bombonera, il faut qu’un membre notifie son absence sur le site Internet et, de fait, libère sa place pour un autre membre. Mais la liste d’attente est très longue et les places sont réservées à l’année. »
Il est courant d’entendre que la Bombonera tremble quand un joueur des Xeneises (le surnom du club, en référence à l’origine de ses fondateurs au début du XXe siècle, des émigrés italiens venus de Gênes). Il se dit même que « ce n’est pas le stade qui tremble mais le cœur de Boca qui bat » ! Nike, équipementier historique de Boca, a voulu en avoir la preuve. En 2012, lors de la finale de la Coupe d’Argentine face au Racing, la marque à la virgule a commandé une étude sismique au stade du Bicentenario de San Juan (pas la Bombonera, donc). Lors de l’ouverture du score par Boca, le sismographe a indiqué 6,5 sur l’échelle de Richter, 6,1 lors du deuxième but et 5,8 lors de la remise de la Coupe. « Ce n’est pas une légende urbaine, ça tremble vraiment », témoigne Carlos Bianchi qui a rendu son tablier de coach.

■ LE MATCH DE LÉGENDE : Boca Juniors-River Plate 1-0, championnat d’Argentine, 9 décembre 1962
OK, c’est un Superclasico parmi les Superclasicos. Mais en ce 9 décembre 1962, les deux rivaux historiques se partagent la tête du classement avant de s’affronter. Égalité de points et plus que deux matches à jouer. On vous passe le rapport personnes physiquement présentes aux abords du stade/billets vendus, c’est comme toujours à Brandsen un jour de match. Une fourmilière qui bout. Ça colle au T-shirt et ça sent la sueur. Surtout que, depuis la 14e minute, Boca mène au score grâce à un penalty de Paulo Valentim, un Brésilien chez les Xeneises (!) qui a trompé Amadeo Carrizo sans trembler. Boca mène donc et se dirige tout droit vers le titre quand, à deux minutes de la fin, l’arbitre accorde un second péno. Pour River, celui-là.
Dans les buts de Boca, Antonio Roma n’a jamais oublié. « Je me souviens parfaitement de tout ! Quand l’arbitre a sifflé, il y a eu énormément de protestations car pour nous, il n’y avait jamais faute ! Le stade grondait, hurlait mais il n’y avait rien à faire. Je retourne vers mon but. Je m’appuie sur le poteau gauche et je me promets d’aller à pied à Lujan (ndlr : à une grosse soixantaine de kilomètres de la Bombonera, à l’ouest de Buenos Aires, une ville où se trouve la basilique Notre-Dame de Lujan, dédiée à la vierge) si j’arrête le tir. Mon coéquipier Pérez m’avait dit que Delem tirait fort à droite. En fait, il tirait des deux pieds mais quand il s’est élancé, je savais de quel côté je partirais. Je plonge donc sur ma droite et le ballon arrive avec une telle force qu’en le déviant, je l’envoie quasiment au poteau de corner ! »
La Bombonera tremble encore, les joueurs de River râlent à leur tour, arguant du fait que Roma s’est avancé avant la frappe. Delem, le tireur, s’effondre en larmes au milieu de la surface. Coup de sifflet final là-dessus. Mais pas la fin du séisme. Trois jours plus tard, Boca écrase Estudiantes 4-0 et s’offre son huitième titre professionnel.

■ Les grands hommes
Entraîneurs : Juan Carlos Lorenzo, Oscar Tabarez, Cesar Luis Menotti, Carlos Bilardo, Alfio Basile, Carlos Bianchi.
Joueurs : Roberto Mouzo, Hugo Gatti, Silvio Marzolini, Antonio Rattin, Ruben Sune, Natalio Pescia, Roberto Abbondanzieri, Martin Palermo, Navarro Montoya, Ernesto Lazzatti, Diego Maradona, Gabriel Batistuta, Claudio Canniggia, José Luis Brown, Guillermo Barros Schelotto, Juan Roman Riquelme, Carlos Tevez.

■ CV
Site : Buenos Aires.
Origine : Après plusieurs déménagements (Darséna Sud en 1907, Isla Demarchi en 1912, Wilde en 1914 et enfin Brins et Sengüel en 1916), le club établit pour de bon ses quartiers à Brandsen, en plein cœur de Boca, en 1924. C’est ici que sera construite la Bombonera (littéralement, la Bonbonière), un nom que l’on doit à l’ingénieur José Luis Delpini, qui l’a conçue, en référence à sa forme rectangulaire et à ses gradins élevés. Depuis 2002, l’enceinte s’appelle aussi – et officiellement – l’Estadio Alberto Armando, du nom du président emblématique des années 60-70. Mais bon, la Bombonera, quand même…
Inauguration : Le 25 mai 1940. Le stade compte alors trois tribunes de deux étages. Un troisième niveau sera ajouté en même temps que l’éclairage, en 1953. La quatrième tribune, totalement coincée entre la ligne de touche et… le trottoir, monte très étroitement vers le ciel. Elle sera achevée en 1996. Elle regroupe les loges et les balcons. Pas d’autre choix vu son peu de profondeur.
Club résident : Boca Juniors.
Dimension terrain : 105 m x 68 m.
Capacité actuelle : 49 000 places.
Record d’affluence : Le 9 décembre 1962, 60 000 spectateurs, Boca Juniors-River Plate 1-0 (championnat).

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