Étranger

Santi Cazorla, la spanish touch d’Arsenal

Il n’est pas le plus connu des milieux de terrain espagnols mais il a déjà conquis tous les cœurs d’Arsenal. A l’Emirates, Cazorla fait la loi au milieu et offre de nouvelles perspectives à Arsène Wenger. Découverte d’un phénomène.

Evidemment, il y a le Paris SG, son « Ibra », son Silva, tout son toutim. On ne compte plus. Bien sûr, Eden Hazard a filé à Chelsea. Pour 40 millions, au bas mot comme au bonus. Robin Van Persie est devenu un diable rouge de Mancunien et même Saint-Pétersbourg a fait son Zénith en alignant les millions avec Hulk et Axel Witsel réunis dans un jet privé, à 80 plaques la plaisanterie. Dans le grand rayon des transferts de l’été, du côté de Londres, Arsenal a encore vu filer l’un de ses nombreux petits Gunners, devenu un joueur de classe mondiale, en la personne de « RVP ». Mais Arsène Wenger a aussi réussi un sacré joli coup, voire de canon, pour reprendre l’emblème du club.
Le coup a un nom, presque basque, est double champion d’Europe avec l’Espagne et joue milieu de terrain. Forcément, ça affine le portrait. Alors, une petite idée ? Comment, Arsenal aurait réussi l’improbable, le retour at home de Cesc Fabregas ? Xavi, Iniesta, Xavi Alonso ? Eh bien non et non, puisque le garenne ne vient ni du Real, ni du Barça. Mata ? Silva, peut-être ? Un Valencian, un gars de Bilbao ? Non plus. Mais c’est aussi un meneur de poche. Son mètre soixante-huit ne ment pas. Il a tout du pedigree, même si, on y reviendra plus tard, lui n’est pas champion du monde.

Pion essentiel du « Sous-marin jaune »
Lui vient des Asturies. Santiago Cazorla – puisque c’est de lui qu’il s’agit – est né à Lugo de Llanera, dans la province d’Oviedo. Pointe haute de l’Espagne, tête tournée vers le Nord. Là-haut, c’est l’océan qui prédomine. L’humidité fait sa loi. Pas franchement de gelée matinale en hiver, pas trop de canicule l’été. Ce n’est pas l’Auvergne, c’est sûr, mais un peu la Bretagne de l’Espagne quand même. Un peu vert, le coin. Quand on ne veut pas être pêcheur et que l’on préfère le foot, c’est vers le Real Oviedo que l’on pousse un peu sa corne. Pas très glamour, peut-être, mais c’est un passage obligé. Il lui ouvrira les portes de Villarreal, atypique vaisseau baptisé « Sous-marin jaune » dans les mers de la Liga espagnole, aujourd’hui en eaux profondes, en L2.
C’est donc sur les bords de la Méditerranée que Santiago devient un footeux pro. Changement de climat, nouvelle vie. Il n’a pas encore 18 ans quand il débute avec la réserve, dans les eaux troubles, celles-là, de Troisième division. Il en a 19 quand il dispute son premier match de Liga, le 30 novembre 2003 contre le Deportivo la Corogne. Des débuts fracassants puisqu’il entre à 1 minute de la fin du match ! Qu’importe, c’est à 20 ans que tout démarre vraiment. Nous sommes en 2004-05 et Santi dispute quasiment une trentaine de matches de championnat (28 exactement, 2 buts marqués) et 11 de Coupe d’Europe (4 buts). Il devient un pion essentiel du « Sous-marin jaune » qui, l’espace de quelques saisons, soutient la comparaison avec le Real et le Barça et surtout, fait la nique au voisin, au grand frère : le Valence CF.
Cazorla récolte le sésame suprême, la Seleccion, quand Luis Aragonès le retient parmi les 23 pour l’Euro 2008. Il honore sa première cape lors du premier match de l’Euro. Y’a pire. Enquiquiné par son dos lors de l’exercice 2009-10, il se fait opérer d’une hernie discale et loupe huit semaines de compétition au cœur de l’hiver. Trop pour prétendre à une place dans les 23 pour la Coupe du monde en Afrique du Sud. Vicente Del Bosque ne l’emmène pas régater aux portes de l’Atlantique et de l’Océan Indien. Pas grave, il revient en force au sein de la Roja et y montre tout son caractère, notamment lors de l’Euro 2012 qu’il remporte. Et ce n’est pas fini. « Le groupe veut continuer à écrire l’histoire. C’est pour cela que nous devons, avant tout, nous concentrer sur les éliminatoires de la Coupe du monde 2014 et sur la Coupe des Confédérations 2013. L’ambition est d’être à nouveau champions du monde au Brésil. » Les Bleus sont prévenus.

« Merci, coach, merci d’avoir fait signer ce mec ! »
Transféré à Malaga en 2011 (pour 5 ans), le milieu de poche fait le grand saut un an plus tard. Direction le Nord de Londres et Colney, le nid douillet des Gunners, où il ne tarde pas à faire l’unanimité. Francis Coquelin, l’international Espoirs d’Arsenal, raconte : « Cazorla ? C’est très simple. Quand on a fait le premier entraînement, il y avait tout un tas de petits jeux. A la fin, Lucasz Fabianski (ndlr : le second gardien) est allé droit sur Arsène Wenger, lui a pris le bras et lui a serré la main. Le coach n’a pas compris mais il lui a dit : « Merci, coach, merci d’avoir fait signer ce mec ! » Il a montré ses qualités d’entrée de jeu. Mais pas qu’à l’entraînement. Dès les premiers matches et notamment pour le premier déplacement à Stoke (0-0), peut-être le pire de la saison. Là-bas, il a dû se demander où il était… Pourtant, il est sorti du lot. Il s’est très vite adapté à la Premier League. »
Pas le plus connu des champions espagnols du milieu, Santi parle sur le terrain. Ça permet de gagner du temps au niveau des présentations. Arsène Wenger témoigne : « Il montre qu’un grand joueur n’a pas besoin de longs mois pour s’acclimater à un nouvel environnement et à une nouvelle équipe. Il peut être l’une des recrues de la saison en Angleterre. Il a tout dans son jeu, il peut jouer court, jouer long, sur la gauche comme sur la droite, il est capable de faire la dernière passe et il travaille dur pour l’équipe aussi. C’est un battant, donc c’est très positif pour nous. »
Alors qu’il ne l’avait pas encore entendu parler anglais (« Mikel Arteta s’est occupé de la traduction »), Francis Coquelin comprenait à peu près tout ce qu’il disait. « C’est un leader technique sur le terrain, tout le monde a envie de se mettre à son niveau. C’est la touche espagnole avec des ballons courts, des dédoublements de passe, du jeu à une ou deux touches. C’est la marque ibérique. Il a la même approche qu’Arteta. » Et sinon, un bon gars, Santi ? « Oui, enchaîne Coquelin, c’est un super mec, gentil avec tout le monde, qui rigole tout le temps. Mais bon, l’Allemand (ndlr : Lukas Podolski) aussi est un marrant. Ils apportent le soleil dans le vestiaire. »
C’est à Malaga, en Andalousie, qu’on fait grise mine. Manuel Pellegrini, son ancien coach, maugréait : « Cazorla pour 20 millions d’euros (ndlr : le prix de son transfert cet été) ? Pfff… A ce prix, c’est gratuit. » Y’a vraiment plus de saisons.

Plus vite, plus haut, plus libre
Freedom, freedom. L’Espagnol se sent bien à Arsenal et il le dit. « Le coach me fait évoluer en second attaquant. J’aime ce poste car je m’y sens plus libre. En Angleterre, il y a davantage de rythme, le ballon va sans cesse d’un but à l’autre, ça va beaucoup plus vite qu’en Liga où il y a différents temps de jeu. Mais ça me plaît. »

Homme du match deux fois lors des trois premières journées
Contre Sunderland, pour sa première à l’Emirates, puis à Stoke, pour son premier déplacement, Cazorla a été élu « Homme du match ». Pas mal pour ses premiers pas en Premier League. Il a encore été très bon à Liverpool (première victoire d’Arsenal, 2-0) mais c’est Abou Diaby qui a été, ce coup-là, sacré.

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