Équipe de France

Rory Kockott, un Bok chez les Coqs

Retenu dans le groupe France, le demi de mêlée sud-africain Rory Kockott a fait beaucoup causer. Choix justifié pour certains au vu des performances du Castrais. Pour d’autres, cette ouverture pourrait sonner le glas de la formation française. Le débat est ouvert ! Portrait d’une gazelle qui se rêve en Coq.

A un an du Mondial en Angleterre, Rory Kockott a intégré l’équipe de France. Et si le patron des Bleus, Philippe Saint-André, a fait appel à lui, ce n’est certainement pas pour le laisser sur le bord de la route. Meilleur réalisateur du Top 14 en 2013, le demi de mêlée sud-africain est un excellent animateur. Ce fut l’un des éléments clés de la réussite du Castres Olympique ces trois dernières saisons (champion de France puis vice-champion de France). Sélectionnable après avoir évolué 3 ans dans l’Hexagone, le natif d’East London (29 ans) se retrouve propulsé sur la scène internationale. Est-il à sa place ? Le XV de France a-t-il besoin de lui pour faire une bonne Coupe du monde 2015 ? N’est-il pas trop tard pour intégrer le groupe ? Tentons de comprendre les raisons qui ont poussé « PSA » à retenir l’ancien joueur des Sharks.

Le maillot bleu, un choix par défaut ?
Jamais sélectionné chez les Springboks, l’ami Kockott fait éga­lement débat dans son pays d’origine. Convoqué en 2012, il n’avait pu honorer cette invitation à cause d’une blessure. Aujourd’hui, certains spécialistes ne comprennent toujours pas pourquoi Heyneke Meyer, le sélectionneur, l’a tenu écarté de l’équipe. C’est le cas du journaliste de « SA Rugby Mag » Ryan Vrede, assez sceptique dans un premier temps au sujet du niveau de jeu du Castrais. En mai 2014, à l’issue de la demi-finale du Top 14 Montpellier-Castres (19-22), il avait changé d’avis et plaidait pour la venue du demi de mêlée tarnais chez les Sud-Afs.
« Oui, j’ai changé d’opinion. Après sa superbe saison 2012-13, ponctuée du titre de meilleur joueur du Top 14, beaucoup réclamaient sa convocation chez les Springboks. Moi, je me demandais toujours si ce n’était pas un joueur moyen qui avait livré la saison de sa vie. Je suis désormais convaincu qu’il s’est développé en tant que rugbyman de niveau international. Sa performance lors de la demi-finale de 100 minutes entre Castres et Montpellier a montré que c’était un joueur de très haut niveau. » Un cri du cœur auquel Heineke Meyer est resté sourd. Le nom de l’intéressé n’a pas été prononcé à l’annonce des cinq 9 retenus pour le Rugby Championship 2014.
Le Castrais semblait pourtant y croire. « Je suis à peu près certain que si j’évolue à mon meilleur niveau, les décideurs sud-africains s’intéresseront à moi. Si ça n’arrive pas, j’espère que j’en aurai fait assez pour intégrer l’équipe de France. Je suis encore jeune et j’aimerais bien mener une carrière internationale. Ici ou dans mon pays. Il me reste trois ou quatre ans pour y parvenir. » De là à penser que Kockott a fait un choix par défaut, il n’y a qu’un pas… Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont défendu cette idée, traitant le Castrais de « mercenaire » en évoquant l’épisode de son vrai-faux transfert à Toulon. Rory, lui, s’est simplement déclaré « très heureux d’avoir l’opportunité d’intégrer une équipe prestigieuse. C’est un grand moment de fierté. Je visais le XV de France depuis que je suis arrivé ici », assurait-il.

Mais qui est donc Rory Kockott ?
Né le 25 juin 1986 à East London, dans la province du Cap-Oriental en Afrique du Sud, Kockott a passé les premières années de sa vie dans une ferme. De cette enfance, il a gardé le goût de la nature. Ainsi, dans le jardin de sa maison tarnaise, celui que ses coéquipiers surnomment « Poulet » (vous devinez aisément pourquoi !) a aménagé un poulailler. « Vivre en dehors de la ville, au contact de la nature, aide beaucoup à se ressourcer », explique le nouveau venu chez les Bleus. Peut-être un clin d’œil à ses ancêtres allemands, qui lui ont donné son nom : ils plumaient des coqs. « Je suis quasiment sûr qu’un jour, il aura sa propre ferme », explique son père Mike.
Joueur talentueux et très physique (1,80 m pour 92 kg), Rory s’initie au sport au Selborne College. Doué pour le rugby mais aussi le cricket, il opte pour la première discipline. Ian McDonald, son entraîneur d’alors, se souvient : « A l’époque, il était capable de marquer un essai, de le transformer et de vous faire gagner le match. » Kockott ne s’imaginait pourtant pas rugbyman professionnel. « Lors de mon premier entretien d’orientation, l’examinatrice m’a dit que je serais fermier ou boucher… », confie-t-il.
Rory débute chez les professionnels à 19 ans, avec les Golden Lions. Au terme de sa première saison, il rejoint les Natal Sharks avec lesquels il dispute la Currie Cup et le Super Rugby. Joker de luxe derrière l’international Ruan Pienaar, Kockott engrange de l’expérience. Durant la saison 2008, il côtoie Frédéric Michalak. Sa situation de remplaçant ne lui convenant pas, il fait le pari, début 2011, de revenir chez les Lions. Le recrutement est ambitieux (Butch James notamment). L’expérience sera un échec, sur un plan individuel (11 matches pour 5 points seulement) mais aussi au niveau collectif avec une avant-dernière place au classement.
Rory décide de se lancer un nouveau défi. Il s’engage à Castres en juillet 2011 en qualité de joker médical. On connaît la suite. Il reve­nait sur son parcours pour un journal sud-africain : « A mon départ en 2011, j’avais des regrets. J’ai commis des erreurs et je regrettais certaines de mes décisions à l’époque où je jouais chez les Sharks. J’ai signé mes débuts dans le Super Rugby à 19 ans et je pense avoir beaucoup appris tout au long de mon parcours. C’est pour cette raison que je suis parti en France. J’avais besoin d’un nouvel environnement et d’un nouveau challenge. »
Au-delà du rugby, Kockott s’est parfaitement adapté à sa nouvelle vie. « C’est un monde totalement différent comparé à l’Afrique du Sud. Ici, tout ne tourne pas autour du rugby. Il y a une vie en dehors du terrain. J’apprécie la culture française et les voyages. Je joue au golf avec mes coéquipiers dès que je le peux. Quand l’équipe a un week-end de libre, j’aime bien aller sur les bords de la Méditer­ranée. »

Un mental d’acier
Ce demi de mêlée au physique atypique s’est rapidement imposé dans le Tarn. Joueur rapide et doté d’une très bonne vision du jeu, Rory Kockott est devenu le chef d’orchestre d’une équipe qui a changé de dimension. Ses performances sous le maillot de Castres ont très vite marqué les esprits. On a vu cet excellent buteur marquer quelques essais magnifiques au terme de très belles chevauchées. Une réussite qu’il explique simplement : « Il y a eu beaucoup de travail. Et puis de la discipline. Tu ne vas nulle part si tu ne fournis pas les efforts nécessaires. »
Bourreau de travail, « Poulet » arrive aux entraînements en avance et il s’inflige des séances très poussées. « C’est mon boulot et ma passion. Si vous ne bossez pas suffisamment, si la médio­crité vous satisfait, vous resterez médiocre », assène-t-il. Un seul domaine échappe à son stakhanovisme : les tirs au but, qu’il ne travaille pas à l’extrême. « Parfois, la qualité est meilleure que la quantité. Ce n’est pas qu’une question de technique. C’est aussi dans la tête que ça se passe. Ton cerveau agit sur ton corps. Sur un coup de pied difficile, c’est le mental qui fait la différence. Vous pouvez avoir la meilleure technique du monde, vous échouerez si le mental ne suit pas. »
Pour son entraîneur à Castres, David Darricarrère, « Rory est un exemple de combativité et de don de soi. Il n’y a pas que ses muscles. Il met son mental au service de son physique. » Beaucoup mettent en avant cette faculté pour affirmer que le demi de mêlée du C.O. passera facilement le cap international. Ryan Vrede explique ainsi que « son sang-froid sous la pression – un trait important pour réussir au niveau international – ne fait aucun doute ». « En neuf ans de coaching, je n’ai jamais vu un mec aussi fort mentalement », confirmait Laurent Labit, l’entraîneur avec lequel l’intéressé a conquis le Bouclier de Brennus.
Kockott a prouvé sa valeur en Top 14 comme en H Cup. Le staff du XV de France avait un œil sur lui depuis un moment sachant qu’il serait sélectionnable à partir de juillet 2014. Pour le stage prépara­toire aux tests de novembre, Philippe Saint-André a fait appel à deux demis de mêlée qui ne figuraient pas sur la liste des joueurs protégés : le Toulonnais Sébastien Tillous-Borde et le Sud-Africain de naissance.

Le meilleur à son poste, vraiment ?
Ce choix a évidemment fait couler beaucoup d’encre. « PSA » s’est expliqué : « On a besoin de résultats. Une convocation ne se décide pas sur le CV et sur la carte de visite mais sur la forme du moment. J’ai dit aux joueurs que les performances de certains en Australie m’avaient déçu. On peut avoir du talent, au plus haut niveau, il faut aussi être un compétiteur. Ne rien lâcher. Jamais. » Pour les oubliés, il s’agit d’une piqûre de rappel. « C’est une façon de leur dire qu’à leur poste, il y a d’autres joueurs. Kockott et Tillous-Bordes méritent une chance, d’autant que les résultats sont loin d’être positifs. »
Aux yeux du sélectionneur tricolore, Rory méritait d’être vu. Parce qu’il est aujourd’hui le meilleur « Français » à son poste ? Ce n’est pas l’avis de Denis Charvet et Vincent Moscato. Pour l’ancien trois-quarts centre, le Castrais « n’est pas meilleur que Morgan Parra et Maxime Machenaud ». Difficile de le contester : le vice-champion de France 2014 possède tous les fondamentaux du poste. Mais il est vrai que sa sélection à un an seulement de la Coupe du monde, alors qu’il venait tout juste d’être qualifié, sonnait comme un aveu d’impuissance de la part du staff de l’équipe de France. Naturaliser des joueurs n’est pas dans la culture de la maison bleue. Les All Blacks, qui puisent dans le réservoir des îles, et les Anglais (les frères Vunipola, Manu Tuilagi) ne se posent pas autant de questions…
Dernier point d’interrogation : l’intégration du Castrais au sein du XV de France. Son caractère peut faire des étincelles. « Il a les défauts de ses qualités. Il a tellement envie de gagner et ses capacités physiques sont telles que parfois, il a tendance à surjouer. » Saint-André prévenait : « On va voir, justement. C’est pour ça que ce stage de trois jours est important. On va regarder comment il évolue dans ce groupe, sur et en dehors du terrain. On verra si on poursuit l’aventure avec lui après ces trois jours. »
Kockott était clair sur ses intentions : « Je veux juste être bien, me fondre dans ce groupe, montrer que je suis heureux d’être là et montrer ce que je peux faire. La Coupe du monde, c’est un rêve pour beaucoup de joueurs. Mais je vais d’abord me concentrer sur le présent. » Le Sud-Africain ne veut pas alimenter la polémique née de cette convocation en équipe de France. Il mise sur ses perfor­mances pour clore le débat. S’il remet le XV tricolore sur de bons rails, « Poulet » deviendra aussi français que Eric Melville, Abdelatif Benazzi, Pieter de Villiers et Tony Marsh.

Paul PERIE / UNIVERS DU RUGBY

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017-2018 Editions Blue Print / SESIMS

To Top