Étranger

Robin Van Persie, le diable est sorti de sa boîte

Ce fut le transfert de l’été et dès ses premiers pas sous le maillot de Manchester United, le Néerlandais a vite donné le tempo. Son tempo. Ebouriffant. On souffle et on admire le parcours de Robin Van Persie, a.k.a. « RVP ».

Première titularisation sous son nouveau maillot, premier but sur sa première occase et première victoire avec et pour Manchester United, pour sa première officielle dans l’antre d’Old Trafford contre Fulham : Robin Van Persie, l’un des transferts les plus médiatiques de l’été 2010 avec ceux de Zlatan Ibrahimovic à Paris et Luka Modric au Real Madrid, a vite fait de parfaitement placer le curseur pour viser la mire. Pan, dans le mille ! Une superbe volée décroisée victorieuse comme une mise au point. Le Diable rouge est sorti de sa boîte. Sans tarder. Avant d’enchaîner avec un incroyable triplé décisif (succès 3-2) à Southampton.
Quelques jours plus tôt, au moment de la présentation du joueur, Sir Alex Ferguson insistait sur le rôle essentiel de l’intéressé pour permettre la réalisation d’une opération plus qu’improbable, de prime abord, avec un concurrent direct. « Robin voulait absolument venir chez nous et cela a été très important, a expliqué « Fergie ». S’il n’avait pas effectué le forcing auprès d’Arsenal, les négociations n’auraient jamais pu aboutir. Arsène Wenger, ce que je comprends, ne voulait pas le lâcher. Robin a dû monter au front pour obtenir son bon de sortie. Il faut le savoir. » Il faut également savoir que les propriétaires du club – la famille Glazer – ont consenti un effort exceptionnel pour satisfaire leur manager, au nom du soutien indéfectible qu’il leur a toujours apporté en dépit de la défiance des supporters à leur égard.

Wayne-Robin, meilleure paire planétaire
Pour la dernière année de contrat de « RVP », ils étaient prêts à mettre 15 millions de livres sur la table. Ils en ont finalement allongé 24 (près de 30 millions d’euros), offrant au Néerlandais un astronomique salaire de 200 000 livres par semaine (environ 250 000 euros). Vertige des chiffres. Mais rien n’est trop beau ni trop cher, aujourd’hui, pour contenter l’inusable Alex le Grand qui devrait passer la main d’ici à deux ans. Et qui rêve de transmettre le flambeau avec une équipe au top du top. Tout en haut de l’affiche. Dans ce projet, Van Persie lui paraissait un élément essentiel du puzzle XXL à mettre en place. Son idée étant d’associer la meilleure paire d’attaquants planétaire : l’homme à tout (bien) faire Wayne Rooney et le beaucoup plus égocentrique Hollandais.
Avant qu’il ne se blesse – lors de la 2e journée de Premier League -, Wayne la gâchette envisageait le tandem sous les meilleurs auspices, of course. « Il s’agit d’un grand moment pour nous, déclarait-il. Signer un joueur de ce talent et de cette habileté signifie beaucoup. Nous sommes tous les deux assez intelligents pour avancer ensemble afin de donner le meilleur au club et avec tous les autres pour arriver là où le coach veut nous amener. »
Quant au principal concerné, il y est également allé, au moment de la présentation, de son couplet sur ses envies, ses aspirations et ses ambitions. Clair, net, précis. En commençant par une explication de texte. « Dans certaines situations, quand il y a une décision difficile à prendre, j’écoute toujours le petit enfant qui reste en moi. Et celui-ci me criait d’aller à Manchester United. Alors oui, c’est un honneur pour moi de rejoindre ce club et de suivre la trace de tous les grands buteurs qui en ont fait l’histoire. Je vais tâcher d’apporter ma contribution et mon expérience pour remporter le plus de trophées possible », confia-t-il avant d’aller dîner dans le resto italien de son nouveau partenaire, Rio Ferdinand. Qu’importe si, entre-temps, des supporters d’Arsenal exaspérés et désabusés brûlèrent le maillot du « traître ».

Des parents un brin bohèmes, pas mal artistes
L’histoire, pour le jeune Robin, a commencé de l’autre côté de la mer du Nord. A Rotterdam, dans l’un des quartiers multi-raciaux de la ville, où il faut parfois savoir donner du poing ou de sa personnalité pour exister. Le gamin s’y est créé une carapace. Ses parents, un brin bohèmes, pas mal artistes – un père sculpteur, une mère peintre et designer en joaillerie, qui a aussi travaillé auprès des enfants en difficulté – ne lui ont pas forcément transmis leur goût pour l’art. Encore que… Confidences de notre Robin des Bois : « C’est vrai que je ne vois pas les choses de la même façon qu’eux. Quand ils regardent un arbre, ils peuvent imaginer des choses extraordinaires alors qu’il ne s’agit que d’un arbre. Je sais apprécier la beauté d’un paysage, par exemple, mais je n’ai pas leur aptitude à voir les choses plus profondément. Enfin si… Je ne sais pas comment l’expliquer mais je pense qu’ils m’ont transmis leur sens de la créativité. Il se retrouve dans mon jeu. »
Très vite, pour cette tête brûlée qui prit quelques cartons rouges à l’école, il n’y a que le foot qui compte. Le terrain où il va exprimer son talent. Ce sera d’abord à l’Excelsior Rotterdam. Sa place se situe rapidement sur le côté gauche de l’attaque, où ses dribbles et ses accélérations font des ravages. L’aventure se termine lorsque Mme Van Persie a une relation avec un entraîneur du club. Les parents divorcent, le môme part vivre avec son père et rejoint le prestigieux Feyenoord. Il a 15 ans.
Le jeunot grimpe rapidement les échelons, brûle les étapes et se retrouve, même pas majeur, en équipe première. Il marque cinq des six buts des siens dans un match de Coupe. Au bout de la saison 2001-02, il y a le trophée de « Jeune talent néerlandais de l’année ». Fin et subtil sur le terrain, parfois arrogant et insupportable en dehors – forte tête, quoi -, « RVP » multiplie les embrouilles avec son entraîneur de l’époque, Bert Van Marwijk (qui deviendra plus tard son sélectionneur et louera son talent…). « Comportement inadmissible, assène à l’époque le coach. Il va faire un tour avec la réserve. » De clash en crash, son transfert, dans l’air depuis quelque temps, est officialisé à l’été 2004. Van Persie signe à Arsenal pour un peu plus de 3 millions d’euros.

L’hommage de Dennis Bergkamp
Arsène Wenger a une idée bien précise à son sujet. De l’ailier gauche de formation, il rêve de faire, à l’instar de Thierry Henry, un attaquant de pointe, afin de prendre la suite du légendaire Dennis Bergkamp. « Bien sûr, assure le coach français, il peut évoluer attaquant gauche mais aussi au milieu ou encore en meneur et pourquoi pas en pointe. » Les premiers mois du Gunner prodige seront tristounets. Il rumine sur le banc de touche avant, peu à peu, de gagner sa place. « Il est capable de faire la différence à n’importe quel moment », s’extasie son prédécesseur dans l’attaque d’Arsenal, Dennis Bergkamp. « L’intelligence de ses déplacements autour de la surface de la réparation et la précision de sa finition sont exceptionnelles », ajoute Arsène Wenger.
La suite ? Van Persie, homme de cristal, alterne les blessures (le pied, la cheville, la cuisse, les adducteurs), les cartons rouges (on ne se refait pas) et les coups de génie, avec quelques performances pour l’éternité. Le palmarès de l’ambitieux tarde à s’enrichir. S’il ne cesse de clamer son amour pour les Canonniers, il s’agace de la situation après huit ans de présence au club : il n’a remporté qu’un Community Shield (2004) et une Coupe d’Angleterre (2005). Elu meilleur joueur de la saison 2011-12 dont il a fini meilleur buteur (30 réalisations en Premier League), Robin a donc choisi, avec son épouse Bouchra et ses deux enfants Shaqueel et Dina Leyla, de prendre la route de Manchester pour étancher sa soif de titres. Pour la suite que l’on sait. A peine sorti de boîte, le diable a sévi. Trop fort, définitivement trop fort.

Le film de sa carrière
■ Feyenoord Rotterdam (Pays-Bas), 2001-04 : 78 matches, 22 buts
■ Arsenal (Angleterre), 2004-12 : 277 matches, 132 buts
■ Manchester United (Angleterre), depuis 2012 : 19 matches, 13 buts
■ Equipe nationale des Pays-Bas, depuis 2005 : 71 matches, 31 buts
■ Palmarès :
• 1 Coupe de l’UEFA avec Feyenoord (2002)
• 1 Coupe d’Angleterre avec Arsenal (2005)
• 1 Community Shield avec Arsenal (2004)

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