Basket

Robert Smith, la crème des meneurs

La vie de basketteur n’est pas un long fleuve tranquille. Trimbalé de franchise NBA en franchise NBA, Robert Smith mangea son pain noir. Lorsqu’il traversa l’Atlantique pour évoluer dans le Sud de la France, ce fut la révélation.

Génial. Robert Smith est génial ! « Little big man », le vrai, c’est lui. Un « little big man » (1,80 m, 75 kg) qui danserait avec les loups. Gentillesse à fleur de peau. Technique au bout des ongles. Sensibilité et correction à toute épreuve. Adresse et maîtrise au-dessus des normes. « Je dois tout à Dieu. Si je suis là aujourd’hui, c’est grâce à lui. »
Dieu ne s’est pas trompé. « Robert est un exemple », déclare, admiratif, son partenaire Georgy Adams. « Bob, c’est le plaisir de jouer et toute l’efficacité d’un basketteur pro. Le meilleur de France. Surtout, c’est une gentillesse formidable. On dirait qu’il n’a jamais eu de problème dans sa vie. Et qu’il n’en a jamais. »
Souvenirs de Los Angeles. Sa première ville. C’est là qu’il naquit. « Ma famille n’était pas vraiment riche. »
Smith ne mangeait peut-être pas tous les jours à sa faim mais il se débrouillait. En se contentant d’un petit rien. Une barre chocolatée, un paquet de bonbons. Pour donner l’énergie suffisante à sa soif de progresser. Du coup, ses potes des playgrounds californiens le surnommèrent « Candy Man ». « Ce surnom m’a poursuivi toute ma carrière. »
Tout comme le ballon, qu’il ne quitte pratiquement jamais. « J’ai grandi avec un ballon. C’est comme une fille pour moi. C’est lui qui m’a fait. Il m’a fait gagner beaucoup d’argent, traverser l’Atlantique. J’en ai toujours un avec moi, sauf dans mon lit… Je ne suis pas sûr que ma femme apprécierait ! »
Le ballon orange en a fait une star. Une vraie, à dimension humaine. Les villes qu’il a traversées avaient pourtant une forte coloration de paillettes. Los Angeles et la high school de Crenshaw. Las Vegas et son université (UNLV) pour un diplôme d’éducation physique et du basket intensif sous l’œil de Maître Jerry Tarkanian. Enfin, la « French Riviera ». Monaco d’abord, où il joua le rôle du « Petit Prince ». Puis Antibes, en tête d’affiche de la story « The Champion ».
Des villes, Robert en a fréquenté d’autres. Plus brièvement. NBA oblige. Balluchon sur l’épaule, confiance dans les chaussettes. Denver, Utah, New Jersey, Cleveland, Milwaukee, les Clippers – alors basés à San Diego -, San Antonio, Cleveland once again. Des contrats de pacotille transformés en moitiés de saison, pour finalement se retrouver en CBA. Bienvenue dans la série « Je descends aux enfers ». Mais tout cela ne collait pas avec le tempérament de Rob.
« Avant de rejoindre les Running Rebels, j’avais dû transiter par un junior college, Arizona Western. A ma sortie d’UNLV, j’ai été drafté par Denver (ndlr : 65e). C’était en 1977. En NBA, je n’avais pas une grande confiance en moi. J’ai changé souvent d’équipe. Ce n’est qu’en CBA que je me suis vraiment épanoui. »

La Côte d’Azur, sa deuxième maison
Soit deux séjours chez les Montana Golden Nuggets, en 1981-82 et 82-83, et deux années chez les Toronto Tornados, en 1983-84 et 84-85. C’est à ce moment qu’il traversa l’Atlantique. Les Etats-Unis, c’était le « home sweet home ». Il s’y sentait bien, en dépit des turpitudes de sa vie sportive, et n’était pas vraiment partant pour traverser l’Océan. Une tournée en Espagne et en Italie, pour prendre la température, l’avait refroidi. Et puis il y avait ces mauvais échos l’incitant à rester dans son jardin. La proposition monégasque bouscula tous ses a priori. « J’hésitais vraiment. Le mode de vie était différent et puis l’Europe recrutait très peu de meneurs. »
Premiers pas sur le Rocher, premières surprises. « Ma première impression ? Les magasins fermés ! Impossible de trouver un supermarché ouvert le soir. Je me suis dit : « Où suis-je ? » La barrière de la langue, tous ces petits détails de la vie courante… J’ai mis du temps à m adapter. Pour moi, tout ça représentait un choc. »
Il y eut aussi le choc du terrain. « Là, mon adaptation a quand même été plus rapide. J’étais libre d’exprimer mon jeu. Très vite, je suis devenu le métronome de l’équipe. Mes partenaires ont suivi mon tempo. »
Pour la famille Smith, la vie devient un long fleuve tranquille. Robert, sa femme et ses trois enfants s’épanouissent sous le soleil de la Côte. Mais notre homme en veut plus. Son dernier titre remonte au temps du lycée. Il avait été champion de Californie avec son bahut de Crenshaw. C’est là-bas que son coach, Wally West, lui enseigna l’importance des fondamentaux. Envie de titres, soif de gagner. Après quatre saisons à l’ASM (1985-89), il rejoint l’Olympique d’Antibes.
« Quand on vit sur la Côte d’Azur, on n’a pas vraiment envie d’aller ailleurs. Antibes, c’était à la fois mon choix de vie et surtout la possibilité d’atteindre mon objectif prioritaire : être champion ! »
14 mai 1991, 22h05. L’Olympique d’Antibes Juan-les-Pins est champion de France pour la seconde fois de son histoire après sa victoire 88-76 sur Limoges dans le Match 3 de la finale. L’affaire était mal engagée après un revers 102-108 dans le Game 1… Robert, porté en triomphe par les supporters azuréens, explose. Gros sanglots et poings levés. A 36 ans, il réalise enfin son rêve. « Le basket m’a beaucoup apporté, j’essaie de lui donner un peu en retour », explique-t-il sobrement.
Un véritable principe de vie. Le respect en est un autre. Son éternel sourire résume le bonhomme. « Je respecte tout le monde. Tu apprends de chacun. »
Smith a aussi appris en lisant des biographies (sa littérature préférée) et en écoutant du jazz et du rap, ses sons favoris. Son savoir, il aimerait le transmettre en devenant coach. Plus tard, lorsqu’il enlèvera une dernière fois la médaille du Christ glissée dans sa chaussette à chaque match.
MVP du All-Star Game français en 1987 et 90 (5 sélections), Robert Leroy Smith aura disputé 229 matches en NBA (5 pts, 1.8 pd). Il quitta l’OAJLP en 1992. Smith termina meilleur passeur du championnat en 1987. Il finit également en tête de l’adresse aux lancers francs en 1988 avec un pourcentage hallucinant : 99…

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