Équipe de France

Rétro OM 1993 : on l’appelait « Raymond la Science »

Sorti chaque année du chapeau de Bernard Tapie pour remplacer l’entraîneur en place (Franz Beckenbauer, Tomislav Ivic puis Jean Fernandez), Raymond Goethals a su greffer son style et sa gouaille dans les cœurs marseillais. La victoire de Munich fut aussi la sienne.

Le dernier souvenir remonte à la grande salle de presse du stade du Roi Baudouin, à Bruxelles. La Belgique avait perdu face à la Suède, un soir d’inauguration de l’Euro, mais c’était quand même un soir de fête. C’était l’Euro 2000 et les Bleus s’apprêtaient à écrire la plus belle page de leur histoire. On était là et Raymond Goethals aussi, forcément. Columbo dans toute sa splendeur, la Peugeot en moins mais le trench pourri tout pareil et la Belga mouillée collée aux lèvres. Oui Monsieur, en salle de presse, on a refait le match des Diables Rouges et le football avec. On a reparlé, forcément, de cet OM-Milan (1-0) 1993, puisqu’il en parlait à chaque fois. « C’était la meilleure équipe du monde, tu sais, la meilleure. Même sans Goulite, hein (ndlr : comprenez Ruud Gullit, blessé, qui n’avait pas joué) ! » C’était un personnage incontournable, un Monsieur Foot comme un Monsieur Loyal, parce qu’il n’y en a qu’un.
Fils unique d’un père et d’une mère pas du tout branchés sport, le petit Raymond était né avec une paire de crampons aux pieds. Déjà, ça partait fort. Gardien de but, il aimait les mains énormes, les grands costauds. A l’opposé de ses caractéristiques physiques à lui. « Mais je n’ai jamais été un grand gardien », répétait-il souvent. Sa came à lui était ailleurs. Convaincu que sa vie tournerait autour du ballon, il s’était très vite intéressé au métier d’entraîneur. Les tactiques, les stratégies, les évolutions de groupe et une rencontre comme un déclic. En vacances à Joinville, il croise Pierre Pibarot, professeur à l’école d’entraîneurs de Joinville. Du soir au matin, ils parlent, vivent football. Le début d’une carrière. Suite logique d’une vie entière vouée au ballon rond.
Ses besoins ? Une Opel Omega indestructible, des cigarettes et un coiffeur
Très vite, Raymond devient le plus jeune entraîneur de première division belge. A 38 ans, il rejoint Saint-Trond qu’il mène jusqu’au titre de vice-champion malgré des moyens ultra-limités. Constant Van den Stock, sélectionneur des Diables Rouges, fait appel à lui pour venir le seconder en équipe nationale. En 1968, Goethals monte en grade. Il est le premier sélectionneur-entraîneur de l’histoire du foot belge. Ce 19 juin 1968 à Helsinki, la Belgique dispute son premier match de qualification pour la Coupe du monde 1970 et Raymond devient professionnel pour de bon. Quoique…
Raymond Goethals a toujours eu un rapport bien à lui avec l’argent. Même quand il devint l’un des entraîneurs les plus titrés et donc les plus demandés d’Europe. Ses besoins ? Une Opel Omega indestructible, des cigarettes et un coiffeur. Pour le reste, il n’aimait pas les vacances. Un jour, dans sa suite de l’hôtel Concorde Palm Beach à Marseille, il avoua très sérieusement, entre deux bouffées de Belga : « J’ai deux télés, deux W.C. mais à quoi ça sert ? Je ne peux en utiliser qu’un à la fois ! » Tel était le personnage. Sans doute l’un des entraîneurs ayant laissé la plus indélébile des traces dans le cœur des supporters marseillais. Le moins dépensier dans l’âme de tous ceux de l’ère Tapie. Voire mieux.

Emporté par le cancer à 83 ans
Arrivé à l’OM pour remplacer Franz Beckenbauer, entraîneur champion du monde en titre avec l’Allemagne, « Raymond la Science » termina sa première saison champion de France, finaliste de la Coupe de France et finaliste de la Ligue des champions, battu aux tirs au but par l’Etoile Rouge de Belgrade à Bari. En octobre de la même année (1991), il reprend les rênes du club en remplacement de Tomislav Ivic. Et termine à nouveau champion de France (la demi-finale de la Coupe de France Bastia-Marseille n’est pas jouée en raison du drame de Furiani). En 1992, dans le baquet de Jean Fernandez, il replonge à nouveau pour s’offrir un titre de champion* et le Graal européen à Munich. Sa consécration. « Nous étions en finale il y a deux ans, nous étions meilleurs que l’Etoile Rouge et nous méritions de gagner, confie-t-il alors. Ce soir, tout est lavé, effacé. Cette victoire est d’autant plus grande qu’elle a été acquise face à un adversaire de premier choix. C’était la meilleure équipe du monde, hein ! Et même sans « Goulite ». C’était un match difficile pendant lequel on a souffert. Mais tactiquement, on a bien su prendre les Milanais. »
Quand, le 6 décembre 2004, le cancer l’emporte à 83 ans, c’est le premier entraîneur vainqueur de la Coupe d’Europe à la tête d’un club français mais aussi l’un des plus beaux palmarès du football belge et mondial qui disparaît des radars. RIP, « Raymond la Science ».

* Suite à l’affaire VA-OM, le titre 1993 sera retiré à Marseille.

Son palmarès
■ 1 Ligue des champions (en 1993 avec Marseille)
■ 2 Supercoupes d’Europe (en 1976 et 78 avec Anderlecht)
■ 1 Coupe des vainqueurs de Coupe (en 1978 avec Anderlecht)
■ 2 championnats de France (en 1991 et 92 avec Marseille)
■ 2 championnats de Belgique (en 1982 et 83 avec le Standard de Liège)
■ 1 Coupe de Belgique (en 1976 avec Anderlecht)

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