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Rétro OM 1993 – Marcel Desailly : « On était devenus imbattables »

Toujours aussi occupé, « Marcello » ne voulait pas replonger si loin en arrière. « Eh, ça fait 20 ans, il y a prescription ! » Et puis à force de refaire le film, les images sont revenues, presque plus nettes encore. On n’a pas tous les jours 20 ans…

PLANETE FOOT : Marcel, comment aviez-vous abordé cette finale de Coupe des clubs champions face au Milan AC ?
Marcel DESAILLY :
Il y avait à la fois beaucoup de pression et de doutes. En face de nous, c’était le Milan AC, la référence. C’était Marco Van Basten, Frank Rijkaard, Jean-Pierre Papin qui venait de les rejoindre… On ne savait pas s’il allait jouer ou non. C’était une armada. A l’arrivée, Papin était sur le banc et Ruud Gullit en costume, quand même…

PLANETE FOOT : En face de tels noms, on fait quoi ?
M.D. :
On savait que c’était le rendez-vous ultime. Une finale de Coupe d’Europe, c’est le but suprême. L’OM en avait disputé une deux ans auparavant. Bernard Tapie avait mis un dispositif en place pour nous conserver dans notre bulle, avec des gardes du corps, tout ça. Nous nous sommes retrouvés dans un château isolé près de Munich. Nous étions bien, protégés, à l’abri de la folie que ce genre de match peut générer.

PLANETE FOOT : Une fois dans sa bulle, comment se prépare-t-on pour ce match-là ?
M.D. :
Moi, j’ai 24-25 ans, je suis un jeune premier. C’est ma première finale, une finale de C1, un grand moment. Nous avions confiance en notre force collective mais individuellement, nous n’avions aucun joueur capable de faire la différence. Rudi Völler et Alen Boksic étaient des joueurs extraordinaires mais Rudi était en fin de carrière et Alen était un jeune en devenir. Tout le contraire du Milan qui écrasait tout à l’époque. Aucun gars de l’OM n’était considéré comme le meilleur du monde à son poste. En revanche, on savait que tous ensemble, on dégageait une force, une cohésion collective qui faisait que l’équipe était difficile à bouger.

PLANETE FOOT : Arrive le match…
M.D. :
(Il hésite) Je crois me souvenir que nous sommes avec « Joss » (ndlr : Jocelyn Angloma) et « Base » (Basile Boli) derrière. « Caso » (Bernard Casoni) jouait, non ? Il était remplaçant ? C’est pas vrai…

PLANETE FOOT : Si et l’OM alignait la fameuse garde noire de Raymond Goethals, Boli-Angloma-Desailly…
M.D. :
Nous savions que Marco Van Basten avait des problèmes à la cheville. Dans le duel physique, il n’était pas au mieux. Ça ne l’empêche pas de se créer une énorme occasion au tout début du match. Heureusement, il la manque. Milan aurait dû mener 1-0. Daniele Massaro aussi a des possibilités. Ils étaient vraiment forts avec Roberto Donadoni et Gigi Lentini sur les côtés. Lentini, quel magnifique joueur… C’était le fameux 4-4-2 pérennisé par Fabio Capello après Arrigo Sacchi. Enorme. Mais ils ratent des occases et on sait qu’au plus haut niveau, quand tu ne saisis pas les opportunités, tu le paies cash.

PLANETE FOOT : C’était votre réflexion sur le terrain ? Tenir, tenir ?
M.D. :
Il ne fallait surtout pas prendre de but en première mi-temps. On savait qu’ils allaient pousser d’entrée, nous presser et tout tenter pour faire la différence rapidement. Se mettre à l’abri pour, après, gérer leur finale. C’est la marque des grands. Mais tiens, je me souviens encore d’un arrêt exceptionnel de Fabien (Barthez). On la tient, notre mi-temps…

PLANETE FOOT : Mieux que ça puisque vous rentrez au vestiaire avec un but d’avance. La tête de Boli, tu l’as vue venir ?
M.D. :
Elle tombe au meilleur des moments. On sortait la tête de l’eau sur la seconde moitié de cette première mi-temps. Avec le sentiment de l’avoir bien gérée au final, malgré une entame difficile. Et ce but change tout.

PLANETE FOOT : Pourquoi ?
M.D. :
Parce qu’on était sûrs de notre force collective. On connaissait notre densité physique et athlétique. Si on marquait un but, il fallait venir nous chercher…

PLANETE FOOT : Même ce Milan-là ?
M.D. :
Oui. Avec « Joss », Eric (Di Méco), Deschamps, Sauzée, Durand, nous n’avions que des joueurs hyper intelligents. Cela a été l’habileté de Raymond Goethals. Il a su nous mettre dans les meilleures conditions pour que chacun, à son poste et dans son rôle, donne le meilleur de lui-même. Dans l’intelligence tactique, nous étions redoutables. Quand on ressort des vestiaires pour la seconde mi-temps, on sait qu’on peut tenir. D’ailleurs, au cours de cette période, dans le duel physique, dans le harcèlement, on sent bien qu’on prend le dessus sur eux. On était devenus imbattables.

PLANETE FOOT : Et c’est fini, la Coupe est à vous…
M.D. :
C’est une consécration. Tu te rends compte, une Ligue des champions… Nous sommes harassés après une saison très difficile dans laquelle Paris nous a mené la vie dure en championnat. Ce fut une lutte acharnée pour le titre. Trois jours après la finale, on jouait le PSG avec Weah, Ginola et les Brésiliens au Vélodrome pour le titre. C’était très dur. Une saison compliquée, vraiment. Donc voilà, celle-là, on l’a. C’est fait. Mais ce n’est pas fini. On a encore un titre à aller chercher. Et on va le faire de la plus belle des manières. On volait.

PLANETE FOOT : Il y a la décompression, quand même. Cette nuit-là à Munich…
M.D. :
Là, ce sont vraiment de grands souvenirs. La joie, la communion. Une folie totale. Le plus génial, ça reste le retour à Marseille. Quand nous sommes sortis de l’avion et que nous avons mis le nez dehors, voir tous ces gens depuis le tarmac à Marignane, c’était quelque chose, déjà… On ignorait que ce n’était que le début d’un truc de dingues.

PLANETE FOOT : C’est-à-dire ?
M.D. :
Quelque chose venu d’ailleurs. Depuis l’aéroport jusqu’au Vélodrome, il y avait une foule partout. Des gens dans les arbres, perchés sur les lampadaires… Il y a toujours une grosse pression à Marseille. Là, on devient le premier club français à rapporter la Coupe d’Europe. C’est une fierté, la fierté de la ville. Donc, on est là, au milieu de tout ce monde. A mesure que l’on se rapproche du stade, on avance de plus en plus difficilement. On se demande combien de gens sont dehors, dans les rues, dans les platanes… C’est un truc de fous.

PLANETE FOOT : Et vous arrivez au Vélodrome…
M.D. :
Et c’est le choc ultime ! Il n’y a pas de match, il y a des centaines de milliers de gens dans les rues mais le stade est plein ! Rempli pour venir voir une Coupe ! C’est impressionnant… On sort sur la pelouse, on se retrouve dans le rond central avec la coupe, Basile (Boli) prend le micro et fait son show. Une émotion et une communion inoubliables.

PLANETE FOOT : Qui se situent où dans ton palmarès impressionnant ?
M.D. :
Ecoute, c’est comme les enfants… Tu ne peux jamais dire lequel tu préfères. La première naissance est toujours un moment particulier. C’est une première émotion, une grosse responsabilité. Pour le deuxième, l’intensité est moindre parce que tu es plus mature, tu as pris du recul, tu appréhendes les choses d’une manière différente. Mais tu ne peux pas comparer. A Marseille, je suis le jeune premier. L’année d’après, je remporte à nouveau le trophée, je suis en confiance, comme sur le toit du monde à Athènes (ndlr : il marque en finale contre Barcelone). A l’OM, je ne me situais pas dans une autre dimension. La route fut longue depuis le centre de formation jusqu’à ce premier sacre. Je sais simplement que c’est un moment de communion extraordinaire.

PLANETE FOOT : Un mot pour finir sur Bernard Tapie. Il est comment dans la joie de la victoire ?
M.D. :
Il lâche tout ! C’est la consécration pour lui aussi. Sachant la pression qu’il se met. C’est du bonheur pur. Quand j’entends encore aujourd’hui les rumeurs de corruption qui entourent cette finale… L’année d’après, donc, je joue au Milan. Je vois ce que ce club représente, comment il vit. Je vois ce que les mecs gagnent et j’apprécie d’autant plus ce que j’ai gagné. Franchement, il n’y a aucune corruption possible. Rien, rien ! Cette Ligue des champions, on l’a gagnée à l’arrache.

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