Équipe de France

Rétro OM 1993 : La Coupe est pleine !

Un but de Basile et ça change tout ! Vainqueur du Milan AC par la plus petite des marges, l’OM grimpe sur la plus haute marche. Pour la première fois de l’histoire, un club français devient champion d’Europe. La France du foot parle avé l’accent, la France entière aime l’OM.

Au départ, c’est comme à chaque fois ces jours-là. C’est une journée à ne rien faire. Un jour à attendre le soir, à tuer le temps le matin, le tuer encore l’après-midi, jusqu’aux premières encablures du goûter. Quoique non, on ne goûte pas. Ces jours-là, même les deux pouces en l’air, l’angoisse a ce côté coupe-faim. C’est le jour J, « y’a plus qu’à ». Attendre l’heure H. 20h15. C’est programmé et c’est toujours (pour l’instant) le mercredi que les Coupes d’Europe ouvrent le grand livre des finales. Ce soir, c’est la cent-sixième de l’histoire, toutes Coupes confondues (C1-Coupe des clubs champions, C2-Coupe des vainqueurs de Coupe et C3-Coupe de l’UEFA). L’OM a rendez-vous avec son destin et c’est toute la France qui piaffe d’impatience.
Trente-sept années, depuis l’origine, que Dame Coupe d’Europe se refuse à un club tricolore. Un comble pour le pays qui a inventé l’épreuve. Il y eut bien un Stade (Reims en 1956 et 1959, en C1), un peuple tout vert (Saint-Etienne en 1976, en C1), un Papi et sa bande (Bastia en 1978, en C3), déjà l’OM (en 1991, en C1) et même les Princes (Monaco, en 1992 en C2). Mais que des larmes au final. Six finales, six échecs. Deux ans après celles (les larmes) de Boli à Bari, quand Marseille échoua aux tirs au but contre l’Etoile Rouge de Belgrade, revoilà donc l’OM à l’aune du paradis. Un doux rêve comme un défi ultime : vaincre le Milan AC et ses stars, la « Dream Team » de Silvio Berlusconi renforcée depuis un an par « JPP », le buteur providentiel et, accessoirement, un Ballon d’or. L’emblème marseillais parti chez l’ennemi.

Tapie : « Marseille fera de cette finale une fête »
Le décor est planté. Le théâtre se dresse en Bavière. Sous une chaleur caniculaire et bien que l’appellation « galactique » soit encore à des années-lumière de la signification encyclopédique du jour. L’Olympiastadion de Munich et ses arabesques translucides confèrent au match du soir des allures de guerre des étoiles. On y est. D’un côté, le Milan ou l’apanage du jeu complet : tactique, technique, efficacité. Les hommes de Fabio Capello sont les monstres du moment. Face à eux, l’OM, n°1 au classement UEFA sur les dernières saisons. Et un match dans le match : Silvio Berlusconi-Bernard Tapie, qui commence la veille. « Les amoureux du beau jeu ne peuvent pas ne pas être derrière le Milan », sourit Silvio. « Marseille fera de cette finale une fête », répond « Nanard ». Sur ce point, le boss marseillais ne ment pas.
Tout au long de la préparation, la délégation phocéenne a respiré la convivialité et la décontraction, quelque part entre la bonne humeur et le bonheur simple d’être là. D’un côté la concentration extrême, de l’autre l’envie de créer l’exploit. Pour les Olympiens, le plan est simple. Il faut jouer son va-tout sur le plan physique, en organisant un pressing de tous les instants et à tous les coins du terrain, en respectant à la lettre le plan de route du « Mister à la Belga », Raymond Goethals, celui qui avait plombé Milan deux ans avant en quarts de finale de la même C1 (1-1, 1-0), et qui n’a qu’une idée dans sa tête de génial cabochard : refaire la même. « Moi, j’ai un schéma et je n’en bouge pas. Que je rencontre Milan, Paris ou un autre. Les hommes peuvent changer, pas le système. » Ni Raymond la science, déjà éternel.

La surprise Daniele Massaro
Côté milanais, Fabio Capello doit faire face aux interrogations physiques de ses stars. Marco Van Basten revient de blessure, Ruud Gullit et Jean-Pierre Papin ne sont pas encore au top. « Une finale de Coupe d’Europe, explique le Mister, le vrai, ne peut pas se concevoir avec des joueurs qui ne sont pas au point physiquement. C’est impossible. Pour le match le plus important de l’année, Milan doit faire avec les moyens du bord. » Résultat : Roberto Donadoni et Daniele Massaro débutent dans le onze des titulaires, qui esquisse un 4-4-2 classique avec Donadoni chargé d’animer le couloir droit et Gianluigi Lentini, le joueur le plus cher de l’histoire, le gauche. Marco Van Basten, bien que pas encore au top, est bien présent aux avant-postes aux côtés de la surprise Massaro, préféré donc à Ruud Gullit et Jean-Pierre Papin.
En face, l’OM déploie son 3-5-2 à la Goethals avec une charnière à trois, la garde noire de Raymond la Science, Marcel Desailly axe gauche, Jocelyn Angloma axe droit et Basile Boli en deuxième lame. Eric Di Méco, à gauche, et Jean-Jacques Eydelie, à droite, ferment les couloirs, alors que Fabien Barthez dispute à 21 ans sa première finale de Coupe d’Europe. Didier Deschamps capitaine, Franck Sauzée un poil plus haut. Il y a enfin les trois mousquetaires de devant : Rudi Völler l’Allemand, Alen Boksic le Croate et Abedi Pelé le Ghanéen. Un trio d’attaque mais surtout un premier rideau défensif dans l’organisation implacable du pressing marseillais.

Fabien Barthez maintient l’OM en vie
Le message est clair côté olympien : pousser le plus haut possible le bloc équipe, en respectant un espace minimum entre les joueurs à l’intérieur des lignes. Les joueurs défendent en avançant, coupent les lignes de passe et multiplient les phases de surnombre dans les petits périmètres. Milan peine à poser son jeu et, surtout, ne parvient pas à imposer son rythme. Là où les Rossoneri sont les plus forts. En jouant au maximum et très bien le hors-jeu, les Marseillais piègent le Milan. Ils laissent tout de même quelques trous d’air derrière dans lesquels s’engouffrent Massaro, gladiateur fidèle de Capello. Seulement, dans l’arène munichoise, Fabien Barthez multiplie les parades, les réflexes et les sauvetages.
C’est au début du match, période la plus difficile pour les Marseillais, que Fabien le divin pas chauve maintient l’OM en vie. Nous voilà la mi-temps ou plutôt la 44e minute. Abedi Pelé, qui avait donné la migraine à Franco Baresi et consorts deux ans plus tôt à San Siro, est un nouveau poison pour les Rossoneri. Il obtient un corner sur lequel Basile Boli devient Basilou de Marseille. Ce dernier avait demandé à sortir, il avait mal, il n’en pouvait plus. Requête refusée par le banc. « Tu restes », lui a très diplomatiquement répondu Goethals. Et Basile est monté sur ce dernier ballon, juste avant la mi-temps. Il a impulsé, il est monté. Beaucoup plus haut que Baresi, au-dessus encore de Frank Rijkaard. Une tête qui s’en va mourir dans le petit filet de Sebastiano Rossi, immobile et pris à contre-pied. Marseille rentre aux vestiaires en menant 1-0.

Eric Di Méco : « Je n’imaginais pas que ce serait aussi beau ! »
Depuis le début de la saison, l’OM n’a jamais perdu lorsqu’il a ouvert le score. Il n’y a aucune raison pour que ça change. Trois interminables quarts d’heure plus tard, c’est confirmé. Le Milan terrassé, l’OM est champion d’Europe ! Raymond Goethals savoure, Belga au bec évidemment. « Nous étions allés en finale il y a deux ans, nous étions meilleurs que l’Etoile Rouge et on méritait de l’emporter. Ce soir, tout est effacé. Cette victoire est d’autant plus grande qu’elle a été acquise face à la meilleure équipe du monde. J’étais déjà très heureux d’être en finale, battre Milan et la gagner me comble. » Bonne retraite, vieux sorcier.
A l’opposé, Fabien Barthez ouvre sa vitrine aux trophées avec, déjà, du Fabien dans le texte. « Je n’ai pas encore l’impression d’entrer dans la légende. Nous sommes dans le feu de l’action. On réglera ça plus tard. » Comme tu préfères, Fabien. Eric Di Méco, le minot, pleure, lui, de joie. « On y croyait mais je ne pensais pas que ça allait être grand comme cela. Je n’imaginais pas que ce serait aussi beau ! » Parce que Munich est définitivement plus beau que Bari en mai.

FICHE DU MATCH
■ Le 26 mai 1993 à l’Olympiastadion de Munich (Allemagne), Marseille-Milan AC 1-0 (1-0)
■ But : Boli (44e)
■ Avertissements : Di Méco (32e), Boli (54e), Barthez (70e) pour Marseille ; Lentini (39e) pour Milan
■ Arbitre : M. Röthlisberger (SUI)
■ Spectateurs : 64 000
■ Marseille : Barthez – Eydelie, Angloma (J.-P. Durand, 61e), Boli, Desailly, Di Méco – Sauzée, Deschamps – Völler (J.-C. Thomas, 78e), Boksic, Pelé. Entraîneur : Raymond Goethals.
Remplaçants non utilisés : Olmeta, Casoni, Ferreri.
■ Milan AC : Rossi – Tassotti, Costacurta, Baresi, Maldini – Donadoni (Papin, 55e), Albertini, Rijkaard, Lentini – Van Basten (Eranio, 85e), Massaro. Entraîneur : Fabio Capello.
Remplaçants non utilisés : Cudicini, Nava, Evani.

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