Équipe de France

Rétro OM 1993 – Didier Deschamps : « Pourquoi sont-ils tous dehors ? »

Il sera cinq ans plus tard le capitaine des Bleus qui soulèvera la Coupe du monde. Il est, ce 26 mai 1993, le premier capitaine d’un club français à brandir une Coupe d’Europe. La plus belle. Souvenirs.

Sa première réaction a été d’ordre temporel. « Oh put…, déjà vingt ans ! » Mais très vite, Didier a repris le fil de l’histoire. Et l’émotion est remontée comme si elle datait hier. « C’est la première victoire d’une équipe française dans la plus belle des compétitions. » L’OM 93, c’était aussi le sien. Cet OM dans lequel Bernard Tapie n’avait d’abord pas voulu de lui. Lui, Didier Deschamps. Prêté à Bordeaux, « DD » est revenu. « DD » a convaincu le boss et « DD » a pris le brassard d’une machine de guerre programmée, hasard ou coïncidence, pour la gagne. On ne se refait pas. Mais on refait bien volontiers le match et tout ce qui allait autour.
« Au club, se souvient l’actuel sélectionneur des Bleus, il y avait encore beaucoup de joueurs qui avaient vécu 1991 et la défaite à Bari. Il y avait donc cette expérience d’une finale de C1. Deux ans plus tôt, c’était blocus, tout était fermé pour tout le monde. Là, on s’est préparé dans la joie et le plaisir. Bien sûr, nous étions concentrés, à fond sur notre mission mais ça se passait dans la bonne humeur. C’était léger. En face de nous, il y avait la meilleure équipe du monde. Les Milanais étaient favoris. Nous, nous avions tout à gagner. Du coup, ça s’est bien goupillé, dans la décontraction la plus totale. Il y avait la presse à l’hôtel, tout le monde était content d’être là. On plaisantait, on riait entre nous. C’est un truc qui m’a servi ensuite, dans ma carrière de joueur comme dans ma carrière d’entraîneur. J’ai vraiment compris, ce jour-là, que ça ne servait à rien de jouer le match avant. »
Et cette finale, alors ? « Cela n’a pas été un sommet du jeu, pas un match de grande qualité. Encore moins le mien ! Mais voilà, on a fait ce qu’il fallait pour devenir champions d’Europe. » Marseille chavire et Didier se retrouve dans la peau du capitaine vainqueur. « C’est dur, un peu comme la Coupe du monde. Il y a le privilège d’être là. On a envie de profiter, de savourer. En même temps, on est à l’intérieur du truc. C’est paradoxal mais on a l’impression que ça nous échappe. Je suis capitaine, je sais que c’est un grand moment mais je ne m’en rends pas vraiment compte… »
L’estrade est au milieu de la pelouse et Lennart Johannson, le président de l’UEFA, lui tend la Coupe. Elle est là, dans ses mains. Il la soulève, s’élève avec elle. « On plane, on ne touche plus le sol. On se dit : « Ça y est, elle est à nous. Ça, on ne pourra jamais nous l’enlever. » » Mais ça, c’était avant. Avant le retour à Marseille. Là où le paradoxe est devenu boomerang. Là où Didier et tous les joueurs ont pris une gifle. « Exactement. Le lendemain, quand nous sommes arrivés à Marseille, on s’est rendu compte de ce qu’on avait réalisé. On a compris ce que cette victoire avait apporté aux gens. C’était juste hallucinant… Dès qu’on a posé le pied à Marignane, à l’aéroport, on a vu la passion que ce succès avait engendrée chez les supporters. »
Marignane, aéroport Marseille-Provence-Stade Vélodrome. Distance : 29 km. Temps de parcours estimé : 29 minutes sans « impact circulation » comme ils disent aujourd’hui sur les GPS. Il en faudra plus, bien plus à l’escorte marseillaise pour rejoindre le Vel’. « Je me rappelle de la route. C’était de la folie ! Quand nous sommes arrivés avenue du Prado, on s’est dit : « Mais qu’est-ce qu’ils font là ? Pourquoi sont-ils tous dehors ? Pourquoi ne sont-ils pas dans le stade ? » C’était noir de monde, on ne voyait pas le sol. Ce n’est qu’un peu après que l’on a compris : le stade était déjà plein ! » Une liesse inoubliable.
« Dans le sport, il n’y a pas plus beau que des succès comme celui-là, conclut la Desch’. En plus, c’était accentué par le côté méridional. Beau, trop beau… Plus que beau ! J’ai regagné la Ligue des champions avec la Juventus mais d’une certaine façon, ce sacre-là était davantage inscrit dans la normalité. Là, on était dans l’exploit. Ce Prado noir de monde… C’était de la folie et c’était fabuleux. »
Vingt ans après, « DD » en prend encore plein les yeux.

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