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Rétro OM 1993 – Basile Boli : « Et le ballon part dans les filets de l’histoire… »

C’est un corner tiré de la droite à quelques secondes de la mi-temps. Un corner tiré par un gaucher, Abedi Pelé, et donc un corner rentrant. C’est une reprise de la tête venue d’ailleurs, loin au-dessus de Franco Baresi et Frank Rijkaard. C’est un but de légende que Basile Boli, devenu Basilou de Marseille pour l’éternité, n’oubliera jamais.

Un soir de finale n’est jamais un jour comme les autres. Encore moins pour celui qui la joue. Basile Boli, le roc de l’OM depuis plusieurs saisons déjà, s’avance vers sa deuxième finale de Coupe des clubs champions sous le maillot de l’OM deux ans après les larmes à Bari, qui avaient activé les glandes lacrymales de la France entière un soir de défaite injuste. C’était en 1991 et Basile était le chien de garde du grand chef Carlos Mozer en charnière centrale. Là, il mue en leader de la fameuse garde noire de Raymond Goethals. Une défense centrale à trois éléments avec Jocelyn Angloma stoppeur droit, Marcel Desailly stoppeur gauche et Basilou légèrement décroché dans l’axe, pour couper tout ce qui peut encore traîner.
C’est donc un soir de finale et il faut à nouveau affronter Milan, comme deux ans auparavant, quand les Olympiens et un Waddle magique avaient terrassé les Rossoneri. Ce n’était alors qu’un soir de quart mais ce fut un quart électrique et électrisant, ponctué par une coupure générale au Vélodrome et le refus des Milanais de revenir sur le terrain (cela leur valut une exclusion des Coupes d’Europe l’année suivante). Nous sommes deux ans après et le Milan est là, de nouveau, face à l’OM. En finale. Basile Boli raconte.
« Affronter le Milan, qui est alors la plus grande équipe du monde, pour le titre suprême, c’est le rendez-vous rêvé pour nous. Voilà, ça y est, nous y sommes. Sauf que les 20 premières minutes sont un vrai calvaire. Les plus désastreuses que l’on puisse imaginer. Le danger arrive de partout, nous sommes incapables de réagir, comme coupés du monde dans nos trente derniers mètres. Moi, je ressens une vive douleur derrière la cuisse gauche en tentant de m’interposer face à Gigi Lentini. J’en suis sûr, c’est une contracture. Je ne peux pas continuer dans cet état et je commence à faire des signes au banc pour que l’on me remplace. A ce moment, Desailly et Angloma me crient dessus : « Tu ne vas pas sortir, toi… Non, ce n’est pas possible ! » J’étais prêt à tout pour ce match mais, là, je ne peux plus, la douleur est trop vive. J’ai tellement mal… Rudi Völler vient à son tour me voir et me dit : « Please, stay ! » (S’il te plaît, reste) Face aux réactions de mes coéquipiers, j’essaie d’oublier la douleur, de passer outre. Je tente de tenir ma place comme je peux. Et puis le coach décale Jocelyn Angloma sur la droite et me demande de décrocher un peu. C’est le déclic. Les Italiens ne passent plus, nous commençons à refaire surface et à bien les contrer. On se crée une, deux occasions. Juste avant la mi-temps, je décide de monter sur un corner. Abedi (Pelé) le frappe, je saute, je m’élève plus haut que tout le monde. Quand j’y repense, je ne sais pas comment j’ai fait par rapport à la douleur qui me tiraillait dix minutes plus tôt. Mais je ne calcule plus. Le ballon arrive sur ma tête et part dans les filets de l’histoire… Ça fait 1-0 à la pause et ça change tout. La seconde mi-temps sera une bataille physique et tactique. On se bat sur chaque action, chaque ballon, comme des chiens. Fini le beau jeu mais peu importe. En face, ils commencent à perdre leur calme. On voit qu’ils doutent. Si près du bonheur, on ne pense qu’au résultat. Et voilà, l’arbitre siffle la fin ! C’est fou… Plein d’images me traversent la tête, je pense à mon petit neveu, né deux jours plus tôt et prénommé Basile. Ce but et cette victoire sont pour lui. Je pense aussi à Chris (Waddle) que j’aurais tellement aimé voir parmi nous. J’ai pleuré à Bari mais là, je ne pleure pas. Fini ! Dans le vestiaire, c’est de la folie pure. Michel Platini nous embrasse tous, je tiens absolument à faire une photo avec lui. Une photo historique car nous ne sommes pas beaucoup de Français à avoir marqué un but en finale de Coupe d’Europe. Après la naissance de ma fille, c’est le plus beau jour de ma vie. »
Vingt ans après, Boli n’a rien oublié.

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