Étranger

Rétro : Non, Zizou ne part pas encore à la retraite

Huitièmes de finale de la Coupe du monde 2006, Espagne-France 1-3. L’Espagne avait tout prévu pour le « jubilé » de Zinédine Zidane. Mais les Bleus, méconnaissables depuis le début du tournoi, redeviennent les Bleus. Et c’est l’Espagne qui va casser sa corne.

Bad Pyrmont. On avait rarement vécu ça. La bourgade de Basse-Saxe, réputée pour ses eaux thermales, était plutôt habituée à disserter du passé, avec ses curistes à la moyenne d’âge largement plus haute que le seuil de la retraite autorisée. Mais là, c’était la Coupe du monde et Bad Pyrmont était le camp de base de la presse française. C’est là que la grande majorité des suiveurs des Bleus avait élu domicile. Là, à quelques kilomètres du camp de base pour lequel Raymond Domenech et son staff avaient opté quelques mois plus tôt.
Un ancien château devenu 5 étoiles, au pied de la colline, plutôt très tranquille lui aussi : le Schlosshotel Münchausen, un palace avec 66 chambres, à soixante kilomètres de Hanovre. Bad Pyrmont s’était peinturluré en bleu-blanc-rouge. Et les Bleus, justement, avaient rendez-vous à Hanovre pour y défier l’Espagne en huitièmes de finale du Mondial. C’était long, dur, ennuyeux et même franchement pénible depuis le début du tournoi. Deux nuls sans vie, à Stuttgart contre la Suisse (0-0) puis contre la Corée du Sud à Leipzig (1-1), avaient plongé l’équipe de France au fond de ses doutes.
Un an après les retours conjugués de Zinédine Zidane, Lilian Thuram et Claude Makelele aux affaires et ce véritable match fondateur que fut la victoire au stade Lansdowne Road de Dublin (1-0) avec un Lilian Thuram sur une jambe et Thierry Henry dans le costume de Zorro, ils étaient au bord du précipice. Puis ils ont gagné (2-0 contre le Togo) leur troisième match. Première victoire en Coupe du monde, huit ans après la dernière (France-Brésil en finale de l’édition 1998). Le séisme de 2002 enfantait encore ses répliques. Et puis le Togo. Deux buts de Patrick Vieira et Thierry Henry pour tout changer. Déjà, en zone mixte, les visages. Comme si les Bleus étaient redevenus les Bleus. Et c’est l’Espagne qui arrivait au menu des huitièmes. L’Espagne, placée au rang des favoris de la compétition après son premier tour brillantissime…
A Madrid, quelques semaines plus tôt, Zinédine Zidane avait convoqué la presse pour officialiser sa retraite à l’issue de la Coupe du monde. L’Allemagne serait le dernier chapitre de son histoire de joueur. C’était annoncé et côté espagnol, ce fut légèrement maquillé. « On va organiser le jubilé de Zidane. » « Zidane à la retraite ce soir. » Ça fleurissait dans les kiosques et jusqu’à Bad Pyrmont, au pied de l’hôtel des Bleus, coloré et bruyant comme jamais. Un vrai défilé.
On allait voir l’Espagne, cette équipe qui devenait une machine à posséder le ballon, à le faire tournoyer, à faire devenir dingue chacun de ses adversaires. On allait découvrir la Roja et on a retrouvé les Bleus. Comme transfigurés par cette qualification à l’arrachée. Toujours debout, toujours vivants. Ils s’étaient offert un rab d’existence. Le déclic avait fait son œuvre. Depuis quatre jours, on croisait des regards que l’on connaissait mais qu’on avait perdus de vue. Comme ceux de Lilian Thuram, coupable sur le penalty qui permet à David Villa d’ouvrir le score, impitoyable par la suite.
On a revu à Hanovre les yeux de Lilian Thuram qu’on avait vus le 8 juillet 1998 contre la Croatie, après l’ouverture du score de Davor Suker. On a retrouvé Patrick Vieira, le grand « Pat », redevenu monstrueux, faisant la leçon à Cesc Fabregas, son successeur désigné, alors, à Arsenal, puis claquer un but plein de rage sur un coup franc de Zidane, après avoir lancé Franck Ribéry pour l’égalisation. Le premier but de Ti’ Franck en équipe de France.
Et puis Zidane… Celui que l’Espagne entière rêvait de mettre à la retraite dans un jubilé bien organisé. Zidane redevenu Don Zizou. Dans le temps additionnel, les Bleus avancent encore au pressing et récupèrent le ballon haut. Un détail qui ne trompe pas. Sidney Govou transmet vite à Sylvain Wiltord qui trouve en une touche de balle l’espace pour Zidane. A gauche de la surface, le « Z » contrôle, fixe Carles Puyol d’un crochet extérieur en forme de feinte de frappe et ajuste Iker Casillas sur un pas, une frappe tendue au premier poteau. Un vrai pas de torero. San Iker, son ancien collègue, est le cul par terre. Mise à mort. Zizou jubile mais à sa façon. C’est lui qui régale.
« Je suis content pour lui parce que j’ai cru comprendre qu’il s’est fait un peu tacler en Espagne », s’amusera Thierry Henry en sortant de la douche, avant que Patrick Vieira – avec des yeux redevenus des yeux de prédateur – n’explique : « L’Espagne a démarré fort, nous tout doucement, mais on ne s’est pas affolé. On progresse à chaque match. C’est très encourageant pour la suite. » En quarts ou à pied, telle était la question matinale. Le soir, les Bleus rentrent gonflés à bloc. Ils ont rendez-vous avec le Brésil en quarts de finale. On ne pouvait pas quitter Bad Pyrmont comme ça.

La fiche du match
Mardi 27 juin 2006 à Hanovre, AWD-Arena, Espagne-France 1-3 (1-1)
Arbitre : M. Rosetti (ITA)
43 000 spectateurs
Buts : Villa (37e s.p.) pour l’Espagne ; Ribéry (41e), Vieira (83e) et Zidane (90e +2) pour la France.
Avertissements : Puyol (82e) pour l’Espagne ; Vieira (68e), Ribéry (87e) et Zidane (90e +1) pour la France.
Espagne : Casillas – Pernia, Puyol, Sergio Ramos, Pablo Ibanez – Xavi (Marcos Senna, 72e), Xabi Alonso, Fabregas – Villa (Joaquin, 54e), Fernando Torres, Raul (Luis Garcia, 54e).
Sélectionneur : Luis Aragones.
FRANCE : Barthez – Sagnol, Thuram, Gallas, Abidal – Vieira, Makelele, Malouda (Govou, 75e) – Zidane – Ribéry, Henry (Wiltord, 88e).
Sélectionneur : Raymond Domenech.

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