Équipe de France

Rétro : Le jour du Seigneur

Demi-finale de la Coupe du monde 1998 France-Croatie. Le latéral droit des Bleus Lilian Thuram devient, à la surprise générale, le héros de cette demi-finale de Mondial. On ne l’attendait pas, il est arrivé. Sans se presser. Comme Zorro. Mais il s’agit d’une autre histoire. Et c’est la sienne.

Il y a eu un 1er tour maîtrisé puis la suite, plus compliquée. Pour toucher au rêve, les Français n’auront jamais emprunté l’autoroute de la gloire dans cette Coupe du monde 1998. Ils ont pris les chemins de traverse et se sont offert un supplément d’âme, qu’on n’est pas près d’oublier. Remember le Paraguay et ce but en or massif de « Lolo » Blanc, après une si longue et si lancinante attente en huitièmes de finale. Souvenons-nous encore de cette insoutenable séance de tirs au but contre l’Italie, au tour suivant. Avec des sentiments tellement confus et diffus, dans les moments les plus improbables. Oui, à chaque fois, ces Tricolores version Aimé Jacquet ont eu l’art et la manière de nous tricoter un scénario à nous mettre les nerfs en pelote. Avec ce tout petit truc en plus qu’on appelle, au bout du compte, le dépassement de soi.
Pareil pour cette demie contre la Croatie. Dans la foulée d’une drôle de première mi-temps, un peu stressante, un peu angoissante, malgré un « Zizou » au top qui a tenté le maximum. La suite de la partie s’est révélée tout aussi épique. En espérant, mais sans certitudes, la merveilleuse issue. Et bang, à peine le coup d’envoi de la deuxième période a-t-il été donné que les Français se font surprendre par l’inévitable – et tellement malin – Davor Suker, qui vient terrasser un « Fabulous Fab » abandonné et qui ne peut pas grand-chose sur le coup. Moment de grand silence. Forcément, cela crée un gros calme dans toute la délégation des Bleus. Le coupable ? Ce formidable Thuram, irréprochable depuis le début de la compète, si juste jusque-là mais qui n’est pas remonté assez vite. La première erreur de cet énorme bouffeur d’espaces. Trop injuste. Alors Lilian, encore plus fort dans l’adversité, prend son souffle dès la remise en jeu, plonge en apnée sur son côté droit pour aller chiper la balle à Zvonimir Boban et, après un relais avec Youri Djorkaeff, crucifie Drazen Ladic d’une frappe de titan excédé. Yeeesss !!!
C’est encore « Thu-Thu » – turlututu – qui, un peu plus de vingt minutes plus tard, du gauche cette fois, donne l’avantage aux Français au bout d’un scénario incroyable, après que tous ses partenaires, à l’unisson, ont mis le feu dans la défense croate, si compacte quelques minutes auparavant, si gênée aux entournures et tellement mal à l’aise tout à coup. Thuram, qui n’avait jamais planté un but en Bleu et qui n’en marquera plus par la suite, devient définitivement un héros pour l’éternité. Il savoure cet instant de grâce, genoux à terre, l’index posé au bord du nez, tandis que tous les Tricolores foncent vers l’homme providentiel.
La qualif’ paraît alors « in the pocket ». Mais non, il y a toujours un truc pour ajouter à la dramaturgie du moment. Voilà donc Laurent Blanc, mec plus ultra, gentleman des pelouses, qui se fait piéger par ce turbo truqueur de Slaven Bilic et qui doit quitter prématurément et sévèrement les petits copains, même pas cinq minutes après le but qu’on imaginait libérateur, un carton rouge collé au short. Après cet épisode, c’est encore un quart d’heure d’angoisse, de peur et d’incertitudes. Avant, ouf, la délivrance finale. C’est toujours la même chose. C’est le blues des Bleus. Qui nous font chavirer le cœur et l’esprit. Mais qui tiennent leur qualification pour le grand soir et donc la FINALE de la Coupe du monde !
A l’issue de la partie, Zinédine Zidane avoue : « C’était terrible, j’ai vraiment tout donné… A la fin, j’en ai vomi, tellement je n’en pouvais plus. » « Cette victoire, confirme Didier Deschamps, on est allés la chercher au fond de nous-mêmes. »
Vous avez dit « parcours du combattant » ? Bien sûr que non. C’était le parcours de très bon battants, depuis le début de l’épreuve. Et ils n’avaient pas encore fini d’écrire cette histoire, leur histoire, qui allait se prolonger jusqu’à un certain 12 juillet et même bien au-delà…

Fiche technique
Le 8 juillet 1998 à Saint-Denis, France-Croatie 2-1 (0-0).
Buts : Thuram (47e et 70e) pour la France ; Suker (46e) pour la Croatie.
Avertissements : Asanovic (44e), Stanic (73e), Simic (92e) pour la Croatie.
Expulsion : Blanc (74e) pour la France.
France : Barthez -– Thuram, Desailly, Blanc, Lizarazu – Karembeu (Henry, 30e), Deschamps, Petit, Zidane – Djorkaeff (Lebœuf, 75e), Guivarc’h (Trezeguet, 69e).
Sélectionneur : Aimé Jacquet.
Croatie : Ladic – Stanic (Prosinecki, 90e), Stimac, Bilic, Jarni – Simic, Soldo, Asanovic, Boban (Maric, 65e) – Vlahovic, Suker.
Sélectionneur : Miroslav Blazevic.

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