Équipe de France

Rétro foot : Sous le bâton du Maréchal Platini

France-Italie 1982, amical. Soixante-deux ans de disette et de frustrations sont magistralement gommées. Emmenés par un Michel (l’Ange) Platini et des petits jeunes comme Manu Amoros et Daniel Bravo – première sélection pour eux –, les Bleus terrassent enfin la Squadra. Récit d’un épisode attendu depuis si longtemps.

C’était une meurtrissure qui ressemblait à une blessure jamais cicatrisée. C’était comme un couteau planté dans la chair et qui n’en finissait pas de nous taillader, avec allégresse et jouissance, la peau. C’était les France-Italie, ou vice versa, de foot qui ressemblaient toujours à la même litanie. A la fin, ce n’était jamais les Bleus qui gagnaient. Ils pouvaient peut-être espérer un nul mais certainement pas mieux. Plutôt une défaite. Surtout, une défaite. C’était comme ça depuis les Jeux Olympiques d’Anvers en… 1920 (victoire tricolore 3-1). C’était assez insupportable.
Alors, en ce mardi de février 1982, plutôt frisquet, les hommes emmenés par Michel Hidalgo ont décidé de se révolter. Ils l’ont fait avec force et véhémence. A leur tête ? Un certain Michel Platini, enfant d’immigrés ritals qui, à l’époque, portait le maillot vert de Saint-Etienne mais qui allait, quelques mois plus tard, traverser les Alpes pour revêtir la tenue de la Juventus Turin. Lui était particulièrement agacé par ce fait historique.
Il y avait aussi deux petits nouveaux, Manuel Amoros, pile 20 ans, titulaire d’entrée au poste d’arrière latéral, et Daniel Bravo, tout juste 19 ans, sur le banc en début de rencontre, décisif à la fin, qui n’avaient, les deux, franchement peur de personne. Il y avait toute une équipe soudée avec les gardes royaux, Marius Trésor et Christian Lopez derrière. Avec, encore, Jean Tigana et Alain Giresse pour soutenir « Platoche » au milieu. Oui, ce match, qui a sans doute été le début de quelque chose, les Français l’ont parfaitement abordé et maîtrisé.
A la baguette, Platini brûle les planches, accroche la lumière, balance les rayons laser, irradie le stade de ses arabesques et de ses mises en jambe. Il fait tout, tout bien. A la fois virtuose et chef d’orchestre, maréchal et chef des armées. Etincelant. « Son meilleur match avec l’équipe de France », tranchera, après coup, Michel Hidalgo. C’est évidemment l’extraterrestre qui ouvre le score. Servi par l’immense Tigana, il ne laisse pas sa chance au grand Dino Zoff. Frappe croisée du droit et but.
Platini va encore s’offrir une jolie sucrerie sur la barre. Feint de s’étonner, à l’issue de la rencontre, qu’on ait pu apprécier sa prestation, toujours diablement géométrique, idéale, avec passes courtes ou longues pour ses partenaires : « Si vous le pensez, cela doit être vrai, déclare-t-il. Sur le terrain, je me sentais bien et comme tout le monde a joué sur le même ton, il était facile de s’exprimer.  » Il l’a fait avec maestria.
Le petit jeune Amoros aussi, épatant d’aisance et de volonté. Formidable face à la force de frappe italienne. « Au début, j’étais contracté, expliquera le jeune défenseur monégasque, parce qu’ils bougent devant, mais finalement, ils ne m’ont pas impressionné tant que ça. » La prime à la jeunesse !
Et Daniel Bravo ? Entré sur le terrain à la 67e minute, il s’offre, moins de vingt minutes plus tard, un but en s’arrachant comme un diable, qui marque une vie. « Ce but, confie-t-il, pfftt… C’est tellement énorme ! Même si cela ne m’assure de rien pour la suite… » La suite, c’est le sélectionneur italien, Enzo Bearzot, qui la conte. « Vraiment, la France m’a surpris. Son jeu collectif est impressionnant et des garçons comme Pla­tini ou Giresse sont de remarquables techniciens… »
Quelques mois plus tard, la bande à Hidalgo s’inclinera, au bout du bout d’une nuit tragique à Séville, en demi-finales du Mundial espagnol face à l’Allemagne. Et sera (un peu) vengée par la Squadra Azzurra en finale !

Fiche technique
Le mardi 23 février 1982
Match amical
Parc des Princes à Paris
France-Italie 2-0 (1-0)
Arbitre : M. Eschweiller (Allemagne)
Spectateurs : 43 541 (+ 2 500 Scolaires)
Buts : Platini (19e), Bravo (85e) pour la France
France : Baratelli – Janvion (Battiston, 46e), Lopez, Trésor, Amoros – Giresse, Tigana, Platini – Soler, Lacombe (Rocheteau, 64e), Six (Bravo, 67e)
Sélectionneur : Michel Hidalgo
Italie : Zoff (Bordon, 46e) – Gentile, Collovati, Scirea, Cabrini – Conti, Oriali, Tardelli, Dossena – Pruzzo, Graziani
Sélectionneur : Enzo Bearzot

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