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Rétro foot : Le match de tous les records

Finale de la Coupe d’Europe des clubs champions 1960. Une foule de folie, un match de dingues, des buts à profusion et, à l’arrivée, un cinquième succès consécutif pour le Real Madrid dans son jardin, jusqu’à cette année-là, de la Coupe d’Europe des clubs champions. Quelle époque épique !

C’était un autre temps. Il y a plus d’un demi-siècle. L’épreuve reine des clubs, née cinq ans auparavant, s’appelait alors Coupe d’Europe des clubs champions. Il faudra attendre plus de trente ans pour qu’elle devienne la Ligue des champions avec cette fameuse petite musique à l’entrée des artistes qui fait frémir le cœur des footeux les plus endurcis.
On en est bien loin, ce 18 mai 1960. D’ailleurs, en guise de mise en bouche avant la finale, à défaut du Royal Philharmonic Orchestra, c’est un… 5 000 mètres sur la piste qui ceint la pelouse qui est au programme, avec notamment la présence de l’ancien recordman du monde du mile, le Britannique Derek Ibbotson.
Si cette finale dégage un parfum particulier, son cadre n’y est pas étranger. L’un des plus hauts lieux de l’époque, à l’ambiance incomparable (surnommé Hampden Roar, que l’on peut traduire par Hampden Rugissant), le deuxième plus grand stade au monde après le Maracana. Oui, c’est dans la cathédrale en briques rouges de l’Hampden Park de Glasgow que se déroule la rencontre. Et c’est une incroyable marée humaine qui a pris la route du stade, comme on suit une procession. Cela donne le chiffre record et vertigineux de 135 000 personnes entassées dans l’immense enceinte, presque jusqu’au bord de la piste, là, tout près des joueurs.
Bon, sur le papier, les Madrilènes, qui ont remporté les quatre premières éditions de la compétition, au point qu’elle est en quelque sorte devenue leur jardin privé, font logiquement figure de favori. Méfiance tout de même car il ne s’agit pas de n’importe quel adversaire en face. Les Allemands de l’Eintracht Francfort ont particulièrement impressionné lors des demi-finales en passant à la moulinette les Glasgow Rangers. Hachés menus, ces derniers rêvaient si fort de disputer cette finale « at home ». Scores : 6-1 à l’aller, 6-3 au retour, 12-4 sur l’ensemble des deux rencontres !
C’est d’ailleurs l’Eintracht, plein d’allant et décidé à vite faire plier la bête, qui donne le tempo dans les premières minutes de jeu. Dès l’entame de la partie, il fait passer un frisson sur le but de Rogelio Dominguez, le portier du Real. Les Allemands continuent d’appuyer et obtiennent plusieurs corners ainsi que des occases assez franches avant d’être justement récompensés. Alors qu’on approche de la 20e minute, un centre parfait de l’avant-centre Erwin Stein permet à Richard Kress, 36 ans, d’ouvrir la marque. C’est loin d’être immérité mais cela n’inquiète pas plus que cela Miguel Munoz, le coach castillan. « Même à 1-0 pour eux, assurera-t-il après coup, je n’ai pas eu peur. En fait, je n’ai jamais eu peur. Après l’égalisation, j’ai définitivement compris que ce match ne nous échapperait pas. »
Il n’a pas eu bien longtemps à se languir. Le génial Alfredo Di Stefano s’est vite chargé de remettre les pendules à l’heure. Jongleries, feintes, grigris, toute la délicieuse panoplie de l’Hispano-Argentin y passe. Il conclut d’abord victorieusement une action José Maria Zarraga-Canario pour ramener le score à 1-1 avant d’enfoncer le clou, sur un ballon repoussé dans un premier temps par Egon Loy, le goalkeeper de Francfort. Et puis, alors que la mi-temps est toute proche, son compère de l’attaque, Ferenc Puskas, dit « le Major galopant », galope plus vite que tout le monde pour donner davantage d’ampleur au score.
La seconde période ? Elle va ressembler à un véritable feu d’artifice avec une pluie de buts. Di Stefano et Puskas, bien épaulés par le formidable Gento, s’en donnent à cœur joie face à des Allemands courageux mais qui finissent par rendre les armes et abdiquer face à la maestria espagnole. Le score passe à 4-1 puis 5-1. Avant quatre minutes folles – de la 71e à la 74e – où les deux équipes inscrivent la bagatelle de quatre buts (deux chacune) !
Le rideau peut tomber sur cette incroyable finale, la plus insensée et la plus romanesque de toute l’histoire. Une rencontre complètement folle et débridée qui s’achève sur un improbable 7-3. Tout cela aurait plutôt tendance à amuser Di Stefano, l’un des grands hommes du jour. « Sept buts à nous deux, pour des vieux, avec Ferenc (Puskas), on s’en est bien sortis, non ? » Et l’insatiable de conclure : « Bon, j’aurais quand même préféré que ma tête qui frappe le poteau rentre. Cela nous aurait fait quatre buts chacun… »
Dix buts dans une finale de C1 disputée devant 135 000 spectateurs et qui offre une cinquième couronne consécutive à son vainqueur : il s’agissait vraiment du match de tous les records. Plus d’un demi-siècle plus tard, ces records d’un autre temps tiennent toujours…

La fiche du match
Mercredi 18 mai 1960, finale de la Coupe d’Europe des clubs champions. Hampden Park à Glasgow (Écosse).
Real Madrid-Eintracht Francfort 7-3 (3-1).
Arbitre : M. Mowatt (ECO).
Spectateurs : 135 000.
Buts : Di Stefano (27e, 30e, 73e), Puskas (45e, 56e, 60e, 71e) pour le Real Madrid ; Kress (19e), Stein (72e, 74e) pour l’Eintracht Francfort.
Real Madrid : Dominguez – Marquitos, Santamaria, Pachin – Zaraga, Vidal – Canario, Del Sol, Di Stefano, Puskas, Gento.
Entraîneur : Miguel Munoz.
Eintracht Francfort : Loy – Lutz, Eigenbrot, Hoefer – Weilbaecher, Stinka – Kress, Lindner, Stein, Pfaff, Maier.
Entraîneur : Paul Oswaldo.

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