Équipe de France

Rétro foot : La note bleue

Finale de l’Euro 2000. C’est au-delà du bout du suspense que l’équipe de France est, pour la seconde fois, sacrée reine d’Europe. Deux ans après son premier titre mondial. Frissons et émotions garantis.

Un instant rare, magique, fort. Un de ces moments où on a l’impression d’approcher la félicité. Ils sont restés combien de temps, là, cool, allongés sur un bout de la pelouse du stade De Kuyp juste après cette finale littéralement arrachée aux Italiens ? Tranquilles comme des potes qui tapent la discute sur une plage. Il y avait là Didier Deschamps, Marcel Desailly, Patrick Vieira, Bixente Lizarazu, Lilian Thuram, Sylvain Wiltord, Robert Pires et Thierry Henry.
Ils étaient bien, tout simplement, savourant à sa juste valeur l’instant présent et ce nouveau titre tombé dans l’escarcelle des Bleus devenus, sans aucune contestation ce jour-là les rois de la planète foot. Ce trophée-ci, ils ont été le chercher au-delà de nos frontières, en osant, en créant, en se montrant parfois flamboyants. Oh, bien sûr, comme souvent avec cette équipe de France, rien, malgré quelques superbes envolées et un Zinédine Zidane souvent magique, n’a été simple. Après un 1er tour parfaitement maîtrisé, il a fallu se débarrasser de coriaces Espagnols. Puis, dans la foulée, arriver à faire entendre raison à des Portugais pleins de talent et rudement bien armés pour le combat. Avant le must et le plus improbable des finaux… en finale.
Ce 2 juillet 2000, les dieux du foot ont longtemps, très longtemps porté un maillot italien. Emberlificotés dans cette drôle de trame, les hommes de Roger Lemerre cherchent le bon fil tandis que ceux de Dino Zoff développent leur pelote. Ils défendent, ils bataillent. Et sur l’une de leurs rares occasions (3 tirs cadrés durant tout le match), Marco Delvecchio, finalement préféré à Pippo Inzaghi en pointe, plante le but qui fait mal, en début de seconde période. Question : comment revenir dans la partie face à ce terrible bloc, cette défense qui paraît infranchissable, qui joue de son métier et de la provoc, à petits coups de vice ? La totale, made in Italy.
Lemerre tente le tout pour le tout et fait rentrer Sylvain Wiltord, David Trezeguet et Robert Pires à la place de Christophe Dugarry, Youri Djorkaeff et Bixente Lizarazu. Les Bleus finissent la rencontre avec cinq attaquants (!) mais ne trouvent toujours pas la faille. Il y a toujours un pied, une jambe ou Francesco Toldo, déjà héros de la demi-finale contre les Pays-Bas, dans les buts pour repousser les assauts français. Ça y est, on entre dans les arrêts de jeu. Quatre minutes de temps additionnel, indique le panneau lumineux. Le banc de la Squadra commence à sérieusement s’exciter le long de la ligne de touche. Tous debout, à attendre le coup de sifflet final et l’instant du sacre.

Robert Pires : « On y a toujours cru »
Et les secondes qui filent, filent… 93 minutes et des poussières, arrêt sur image. Fabulous Fab’ Barthez raconte. « J’ai le ballon, je vois qu’il reste 30 secondes. Je décide de frapper loin devant en me disant qu’avec Titi, David et Sylvain, on a du monde pour créer quelque chose. » Tout bon. Trezeguet devie le ballon, Fabio Cannavaro l’effleure et Sylvain Wiltord le magnifique le plante au fond des filets de Toldo. Coaching gagnant. Dans la foulée, le coup de sifflet de l’arbitre retentit. Incroyable, inimaginable. Irréel. Quel scénario de barge !
« On y a toujours cru, assène Robert Pires. C’est ça, le tournant du match. Les Italiens pensaient que c’était terminé. Sur le banc, ils commençaient à faire la fête. » Titi Henry, qui n’a pas conservé un souvenir impérissable de son (très) court passage à la Juve, surenchérit : « S’ils s’étaient montrés plus respectueux et sobres, ils l’auraient peut-être emporté. Mais quand tu vois qu’à 40 secondes de la fin, ils chambrent en lançant des « Olé ! Olé »… La roue peut toujours tourner, la preuve. »
Parce qu’il est évident qu’après cette égalisation au bout du suspense, le combat a changé d’âme et le moral de camp. Non, il ne peut plus rien arriver à la bande à Lemerre, revenue de son voyage au bout de l’enfer. Il ne va rien lui arriver – ou plutôt si, que du bonheur – pendant la prolongation avec le système du but en or. L’heure de la belle, grande, superbe délivrance sonne à la 103e minute lorsque Pires, côté gauche, provoque Fabio Cannavaro et centre à destination de « Trezegol » qui, d’une merveille de reprise du gauche, s’en va trouer les filets italiens. Coaching toujours gagnant. « Quand je vois le ballon arriver sur le pied de David, je sais qu’il va aller au fond et que c’est fini », soutenait Barthez.
Après, ce n’est que du bonheur. Sur ce lopin de pelouse de Rotterdam qu’ils se sont approprié, sans demander l’avis de personne, nos Bleus ont apprécié. Refaisant peut-être le chemin à l’envers. Celui qui avait conduit ces extraordinaires compétiteurs jusqu’au nirvana. Si près des étoiles.

La fiche du match
■ Le dimanche 2 juillet 2000
Finale de l’Euro
Stade De Kuip à Rotterdam (Pays-Bas)
France-Italie 2-1 b.e.o. (0-0 ; 1-1)
Buts : Wiltord (90e + 3), Trezeguet (103e) pour la France ; Delvecchio (54e) pour l’Italie.
Avertissements : Thuram (57e) pour la France ; Di Biagio (30e), Cannavaro (41e), Totti (90e) pour l’Italie.
Arbitre : M. Frisk (Suède).
Spectateurs : 51 000.
France : Barthez – Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu (Pires, 85e) – Zidane, Vieira, Deschamps, Djorkaeff (Trezeguet, 75e) – Dugarry (Wiltord, 56e), Henry. Entraîneur : Roger Lemerre.
Italie : Toldo – Cannavaro, Nesta, Iuliano – Pessotto, Albertini, Di Biagio (Ambrosini, 65e), Fiore (Del Piero, 52e), Maldini – Totti, Delvecchio (Montella, 85e). Entraîneur : Dino Zoff.

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