Équipe de France

Rétro foot : La folle nuit de Séville

Demi-finale de la Coupe du monde 1982, France-RFA. Dans la chaleur de la nuit andalouse, l’équipe de France va vivre un psychodrame après avoir cru toucher le nirvana. Elle prouvera, deux ans plus tard à l’Euro, qu’elle a su en tirer toutes les leçons. Remember Séville…

L’équipe de France est arrivée sur la pointe des crampons dans cette Coupe du monde 1982 et sa défaite 3-1 face à l’Angleterre, pour son entrée dans le tournoi, ne laissait rien présager de mirifique. Et puis les hommes de Michel Hidalgo, profitant d’une opposition pas toujours haut de gamme, ont élevé leur niveau de jeu au fil de la compétition. Ils sont si bien montés en puissance que les voilà, pour la première fois depuis 1958, qualifiés pour les demi-finales de l’épreuve. En face, c’est un mur, un roc, un ogre, leur bête noire qui se présente : la RFA – la République Fédérale Allemande, comme on dit alors -, championne d’Europe en titre, qui les a étrillés 4-1 lors de leur dernière confrontation, dix-huit mois plus tôt en amical à Hanovre.
Nos cousins germains ont clairement enfilé le costume de favori et ils l’assument. D’ailleurs, c’est une Mannschaft pleine d’autorité qui entame la partie. Selon les plans élaborés par le sélectionneur Jupp Derwall, kapitän Kaltz et les siens pressent haut les Bleus qui n’ont guère l’occasion de s’extirper de leur moitié de terrain. Et la sentence ne tarde pas à tomber. A la 18e minute, lancé par Paul Breitner, Klaus Fischer ose une frappe que Jean-Luc Ettori, le portier français, repousse. Pierre Littbarski, finaud, a suivi et marque d’un tir qui passe entre les jambes du malheureux gardien tricolore. Le but qui tue ? Bah non, au contraire. La bande à Platini, piquée au vif, se rebiffe. Et ne perd pas de temps. Dominique Rocheteau, ceinturé dans la surface de réparation, obtient un indiscutable penalty transformé par l’archange Michel. Le combat a-t-il changé d’âme ? En tout cas, les débats se sont nettement rééquilibrés et le score de parité, à la mi-temps, aurait tendance à refléter la réalité du terrain.
Ce n’est plus tout à fait la même chanson ni la même musique – pas les mêmes paroles, non plus – à la reprise. Les boys du boss Hidalgo, comme s’ils avaient pris conscience que l’improbable exploit devenait possible, se mettent à voler, dans la chaleur de la nuit andalouse, sur la pelouse du stade Sanchez Pizjuan de Séville. Emmenés par un Jean Tigana, aussi félin que phénoménal, devant et derrière – partout, quoi – et les artistes associés Michel Platini-Alain Giresse, aux coups de patte si légers, ils marchent littéralement sur la machine de guerre allemande. Enrayée, la Grosse Bertha. Aux abois, les Teutons maléfiques. Rien ni personne ne semble désormais capable de freiner la folle chevauchée de la cavalerie bleue. Rien, pas même cet acte de barbare d’Harald Schumacher, pile à l’heure de jeu.
Tout part de « Platoche ». Le n°10 français lance subtilement dans la profondeur son pote Patrick Battiston, qui sème la défense adverse pour se présenter seul devant l’affreux portier. Comme un fou, celui-ci le percute de plein fouet dans les airs. Bilan pour le Français, sorti du terrain inconscient sur une civière : un traumatisme crânien et deux dents en moins. Le boucher Schumacher, plein de morgue, n’a pas un mot ni même un regard pour sa victime… et échappe incroyablement à toute sanction. « Le comportement de leur gardien est scandaleux, dira le capitaine des Bleus, l’œil noir, à la fin du match. Il y a penalty et carton rouge. Et lui n’a rien eu, même pas un jaune. » Les Français ne relâchent pas pour autant la pression. Sns parvenir à trouver la faille. Comme un symbole, la frappe de Manuel Amoros, juste avant la fin du temps réglementaire, claque sur la transversale, alors que l’ignoble Schumacher était aux pâquerettes. Les 22 acteurs au corps et aux jambes fatigués par l’intensité du combat vont donc avoir droit à 30 minutes de rab’.
L’extra-time démarre de manière extra. Sur la première occase, le coup franc tiré par Giresse permet à ce t(T)résor de Marius de réaliser une reprise de volée royale qui termine sa course limpide dans les filets allemands. Oui, ils sont en train de le faire. Et même mieux puisque, quelques minutes plus tard, Gigi le passeur se transforme en buteur sur une balle qui vient taper l’intérieur du poteau avant de franchir la ligne fatidique. Ivre de bonheur, le Bordelais laisse éclater sa joie. Et 1, et 2, et 3-1. Même pas le temps d’inventer un slogan qui n’existe pas encore que les Allemands partent en contre de manière peu orthodoxe. Ils commettent d’abord une faute indiscutable sur Giresse mais l’arbitre ne dit rien. Deux secondes plus tard, nouvelle faute sur Rocheteau. M. Corver ne bronche pas davantage et laisse se poursuivre l’action qui va se terminer par la réduction du score par Karl-Heinz Rummenigge.
Platini au micro, toujours aussi furieux. « Le plus grave, c’est que ce but nous a cassé les jambes et le moral. Se souviendra-t-on que toutes ces erreurs d’arbitrage nous ont empêchés d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du football français ? Je suis, on est tous écœuré. » Car oui, la fin de la partie va virer au psychodrame et la nuit magique se transformer en nuit tragique. C’est d’abord, au début de la deuxième mi-temps de la prolongation, que les Bleus vont terminer à genoux, l’attaquant Klaus Fischer qui remet les équipes à égalité d’un superbe retourné, avant la diabolique séance des tirs au but. Après le passage des cinq premiers tireurs, on en est à 4-4. Il y a eu ce raté de Uli Stilike suivi, dans la foulée, de celui de Didier Six. Maxime Bossis, auteur d’un match énorme, se présente. Schumacher repousse sa frappe. Le géant Horst Hrubesch, qui le suit, ne manque pas la cible et envoie la Mannschaft en finale. Au bout d’un match de folie, qui a fait chavirer tout un pays, les Bleus s’inclinent dans les larmes, la sueur et le sang. Mais ils prouveront, deux ans plus tard à l’Euro, qu’ils ont su tirer les leçons de cette épique épopée…

La fiche du match
■ Jeudi 8 juillet 1982
Demi-finale de la Coupe du monde, Stade Sanchez Pizjuan à Séville (ESP), France-RFA, 3-3 a.p. (1-1, 1-1) 4 t.a.b. à 5.
Arbitre : M. Corver (P.-B.).
Spectateurs : 63 000.
Buts : Platini (26e), Trésor (92e), Giresse (99e) pour la France ; Littbarski (18e), Rummenigge (102e), Fischer (108e) pour la RFA.
Tirs au but : réussis par Giresse, Amoros, Rocheteau, Platini, manqués par Six, Bossis pour la France ; réussis par Kaltz, Breitner, Littbarski, Rummenigge, Hrubesch, manqué par Stilieke pour la RFA.
Avertissements : Giresse (35e), Genghini (40e) pour la France ; B. Förster (46e) pour la RFA.
France : Ettori – Amoros, Trésor, Janvion, Bossis – Giresse, Tigana, Platini (cap.), Genghini (Battiston 50e, puis C. Lopez 60e) – Rocheteau, Six. Sélectionneur : Michel Hidalgo.
RFA : Schumacher – Kaltz (cap.), K.H. Förster, Stilieke, Briegel (Rummenigge, 97e) – Dremmler, B. Förster, Magath (Hrubesch, 73e), Breitner – Littbarski, Fischer. Sélectionneur : Jupp Derwall.

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