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Rétro foot : La beauté du Diable

Quarts de finale de la Coupe du monde 1986, Argentine-Angleterre. Dans un match totalement ahurissant, le génial Diego Maradona nous joue tous les registres. On passe du « bad boy » au fantastique illuminé auteur de prouesses improbables. On en a encore des palpitations…

C’est forcément un match important puisqu’il s’agit d’un quart de finale de Coupe du monde. Une rencontre qui vous sélectionne au plus haut niveau. Là, on est pas très loin du Graal. Mais celui-là représente encore davantage. C’est un quart à part. Une partie qui va se disputer dans une autre dimension. Forcément, entre l’Argentine et l’Angleterre, quatre ans après la guerre des Malouines…
Petit cours d’histoire. La guerre des Malouines, c’est près de 1 000 morts. C’est une énorme bataille pour quelques bouts d’îles de l’Atlantique Sud. Jusqu’à ce que l’Angleterre y affirme sa souveraineté, après deux mois et demi d’un conflit qui aura eu pour seul effet positif d’entraîner la chute de l’abominable junte militaire argentine. Quatre ans après, la plaie est toujours aussi vive dans le cœur des Argentins, défaits et meurtris. Alors ce match, évidemment…
« La victoire sera bien sûr la chose la plus importante, confie avant la rencontre Diego Maradona, mais nous ne pourrons nous empêcher de penser à ce conflit. L’Angleterre a une mauvaise image chez nous. Sur le terrain, elle aligne une redoutable formation. Je suis heureux de rencontrer cette sélection… et je serai encore plus heureux quand on l’aura battue ! »
Y’a de l’électricité dans l’air au début des débats dans la marmite de Mexico. Tension palpable. Qui monte d’un cran après moins de 10 minutes de jeu, quand Terry Fenwick commet une grosse faute sur Maradona qui lui vaut de récolter une « yellow card ». Vont-ils nous rejouer les Malouines version foot ? Eh bien, non. Ouf ! Les esprits se calment après cet avertissement. Et la partie commence à s’emballer. Revoilà, du coup, el Rey Diego, sous le soleil, exactement, de l’Aztéca, qui balance un coup franc. La balle ricoche sur le mur anglais et oblige Peter Shilton, le portier anglais, à se détendre. Dans la foulée ou presque, Nery Pumpido, son homologue sud-américain, part à la chasse aux papillons et se retrouve aux pâquerettes, ce dont n’est pas loin de profiter Peter Beardsley, à l’affût.
Dans l’ensemble, les hommes de Carlos Bilardo, au jeu plus varié et à la technique plus fine, dominent les débats. Ils dominent surtout la bataille du milieu. Il faut dire que les défenseurs anglais ont un peu trop tendance à sauter l’entrejeu en balançant de grands ballons en direction de leurs attaquants, dignes héritiers du légendaire kick and rush qui a longtemps façonné le football made in England.
Du coup, un joueur comme Glenn Hoddle, à la formidable qualité technique dans le jeu au sol, se trouve réduit au rôle de figurant. De l’autre côté, « el Pibe de Oro » (Le gamin en or) assure le spectacle pratiquement à lui seul. Tiens, sur l’une de ses accélérations dont il a le secret, il oblige le duo Gary Stevens-Kenny Sansom, aux abois, à le faucher à 20 mètres des buts. Le maître se charge du coup franc qui frôle le poteau anglais. Il se fait encore remarquer sur un corner puis une merveille de centre côté gauche. A la pause, néanmoins, le score est toujours nul et vierge. Ses efforts n’y ont rien changé. Mais tout cela va bientôt changer.

Bobby Robson : « Je n’ai pas aimé ce but mais je l’ai admiré »
Le jeu a repris depuis cinq minutes à peine lorsqu’éclate le premier coup de tonnerre dans le ciel pourtant tout bleu de Mexico. C’est encore le prince de l’Aztéca qui est à l’origine de l’action. Diego perfore la défense britannique puis cherche le une-deux sur sa droite avec Jorge Valdano. Le centre de ce dernier est légèrement contré par Sansom. Et là surgit le diable Maradona, en position de hors-jeu. Du poing, dans un style qui s’apparente davantage à celui d’un joueur de volley, il ouvre la marque. Malgré les protestations anglaises, malgré l’évidence de la faute, l’arbitre tunisien, M. Bennaceur, accorde le but. Après le match, l’Argentin parlera de « la main de Dieu ». Et il préfèrera dégager en touche. « Mon premier but ? Je n’ai pas dû m’aider de la main puisque l’arbitre l’a validé… »
Pas le temps de souffler. Même pas quatre minutes plus tard, une nouvelle onde de choc va secouer le stade pris dans un incroyable embrasement. Mais cette fois, il ne s’agit que de frissons de plaisir. Pur bonheur. Attention, chef-d’œuvre. Parti de sa moitié de terrain, le matador Maradona s’offre un incroyable ballet tout en dribbles et en vitesse entre les sujets de Sa Gracieuse Majesté, semés, ridiculisés, hachés menus les uns après les autres. Tous passés en revue. Trevor Steven, Kenny Sansom, Terry Fenwick, Terry Butcher… L’Argentin achève son improbable chevauchée fantastique de près de 50 mètres d’un tir qui ne laisse aucune chance à Peter Shilton. « So marvellous ! », comme on dit outre-Manche. Revenu des flammes de l’enfer, « el Pibo de Oro » s’est propulsé au septième ciel. Si haut, si loin, si fort.
Si la réduction du score par Gary Lineker, en fin de partie, créera un semblant de suspense, elle ne changera rien au résultat d’un match qui a basculé grâce à la volonté et au talent d’un seul homme. Ce que les British, plutôt fair-play, à l’image du sélectionneur Bobby Robson, finiront par admettre. « On n’a jamais abdiqué mais on n’est pas parvenus à contrôler le jeu comme on le voulait. Sinon, dans un match de cette importance, le premier but est crucial. Je l’ai vu marquer de la main et mon gardien aussi l’a vu. Il s’agit d’une mauvaise décision qu’on n’imagine pas être prise au niveau d’une compétition mondiale. En revanche, le deuxième but est fantastique. Je n’ai pas aimé ce but mais je l’ai admiré… »
Quatre ans après la guerre des Malouines, Diego Maradona a vengé l’Argentine et rendu sa fierté à tout un peuple.

La fiche du match
■ Dimanche 22 juin 1986, quart de finale de la Coupe du monde, stade Aztèque à Mexico (MEX), Argentine-Angleterre 2-1 (0-0).
• Arbitre : M. Bennaceur (TUN).
• Spectateurs : 114 580.
• Buts : Maradona (51e et 55e) pour l’Argentine, Lineker (81e) pour l’Angleterre.
• Avertissements : Batista (60e) pour l’Argentine, Fenwick (9e) pour l’Angleterre.
• Argentine : Pumpido – Cuciuffo, Brown, Ruggeri, Olarticoechea – Gusti, Burruchaga (Tapia, 76e), Batista, Enrique – Maradona, Valdano.
Sélectionneur : Carlos Bilardo.
• Angleterre : Shilton – Stevens, Fenwick, Butcher, Sansom – Steven (Barnes, 76e), Reid (Waddle, 66e), Hoddle, Hodge – Beardsley, Lineker.
Sélectionneur : Bobby Robson.

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