Équipe de France

Rétro foot : Juin 2012 (2/2)

Et à la fin, c’est l’Espagne qui gagne… Pour la première fois de l’histoire, une équipe réussit l’incroyable triplé Euro-Coupe du monde-Euro. La Roja, poussive tout au long du tournoi, choisit son soir pour mettre tout le monde d’accord. Le récital est venu en finale. En ce mois de juin, c’est évidemment la compétition continentale qui accapare toute l’attention.

Le coin des Bleus : Des promesses, des ratés
Un match nul encourageant (1-1) contre l’Angleterre et une victoire face à l’Ukraine font naître quelques promesses dans le camp français. Les Bleus, costauds, appliqués et rapides vers l’avant, concèdent peu d’occasions, maîtrisent bien leur sujet au milieu et donnent, avec la relation Karim Benzema-Franck Ribéry d’un côté et la percussion de Jérémy Ménez de l’autre, cette impression de pouvoir déstabiliser n’importe quelle défense. Et puis patatras, plus rien. A l’heure de la validation des acquis contre la Suède, première place en jeu tout de même (histoire d’éviter l’Espagne en quarts de finale), les Bleus sortent physiquement du vestiaire mais y laissent tout ce qu’un match de haut niveau requiert. Parce qu’il affrontent la Suède, déjà éliminée, peut-être pensent-ils qu’il suffit de se présenter sur le terrain.
Cet excès de suffisance aussi inattendu que condamnable fait resurgir les démons que Laurent Blanc s’était efforcé de chasser depuis son arrivée, au lendemain de la faute professionnelle sud-africaine. Et vlan, d’un coup, tout (re)part à vau-l’eau. Marqués par cet échec incompréhensible, les Bleus plient sans vraiment combattre contre l’Espagne, renforçant encore le sentiment de gâchis. Le potentiel de cette équipe, aperçu depuis quelques mois et surtout lors des deux premiers matches, laissait présager d’autres destinées. « Il ne faut pas rayer tout ce qui a été entrepris depuis deux ans, tempère Hugo Lloris, toujours bombardé avocat en chef du groupe. Nous avons progressé. Nous sommes sur le bon chemin. » Sur certains points, peut-être. Sur d’autres, sûrement pas.

Le coin des Bleus : Quelques bons points
Le deal était clair, comme l’objectif. Il fallait, pour l’équipe de France et Laurent Blanc, sortir des poules. Présents au rendez-vous des quarts de finale, les Bleus rentrent pourtant d’Ukraine avec la blouse du mauvais élève. Pas le bonnet d’âne sur la tête mais presque. Au rayon des bons points, on peut récompenser Yohan Cabaye qui s’est transformé au cours de la compétition et mué en chef de chantier au milieu. Sa faculté à se projeter vers l’avant, comme en atteste son but contre l’Ukraine, son respect de la discipline tactique et son sens du jeu en font un candidat naturel aux galons. On n’a rien à reprocher à Hugo Lloris, même s’il n’est pas tout net sur le but de Joleon Lescott contre l’Angleterre. On a aimé le retour de flamme de Franck Ribéry, pas encore Kaiser Franck en Bleu mais bien meilleur qu’avant, ce qui est énorme.

Le coin des Bleus : Des mauvais élèves
Auteur d’un bon match inaugural contre l’Angleterre, Samir Nasri n’a rien trouvé de mieux à faire que de célébrer son but égalisateur en mettant un index sur sa bouche, le regard (noir) tourné vers la tribune de presse. On devinait un très lisible « Ferme ta gu… » sur ses lèvres. Mis à l’écart par Laurent Blanc, il sera convoqué par la commission de discipline de la FFF pour expliquer son geste. Mais il n’ira pas seul. Hatem Ben Arfa doit s’expliquer sur son comportement dans le vestiaire après Suède-France, plongé dans son smartphone au lieu d’écouter son coach. Et Yann M’Vila dira pourquoi il a refusé de serrer la main de Laurent Blanc et celle d’Olivier Giroud à sa sortie du terrain contre l’Espagne. Tout un programme…

Le coin des Bleus : Le « Président » dit stop
Ils avaient convenu de se voir après la phase finale du championnat d’Europe mais en son for intérieur, Laurent Blanc avait déjà sa petite idée sur la question. Comment pouvait-il continuer à travailler sous l’autorité de Noël Le Graët qui avait refusé de le prolonger quand il avait qualifié l’équipe pour l’Euro six mois plus tôt ? Les divergences entre les deux hommes ont scellé la séparation. Blanc aurait aimé poursuivre l’aventure jusqu’à la Coupe du monde 2014 au Brésil. Il avait toujours placé l’équipe de France au-dessus de tout, bien avant l’Euro et juste après. Mais il ne se sentait pas la force de continuer en obéissant à un cahier des charges qu’il n’avait pas lui-même établi. Le « Président » s’en va au bout de deux ans.

Un chiffre : 0
Toujours pas de victoire pour la Pologne et Lukasz Piszcek (ici face au Grec Jose Holebas) à l’Euro. Chez eux, ils enregistrent 2 nuls et 1 défaite. Ajoutez-y 1 nul et 2 défaites il y a cinq ans en Suisse et en Autriche. Leurs résultats pour leur première participation à la compétition.

Un joueur : Andres Iniesta, Roi Soleil
Dans le 4-6-0 de Vicente del Bosque, cet espèce de bloc-équipe sans attaquant de pointe qui rend dingues toutes les défenses adverses, Andres Iniesta est un maillot fort, voire essentiel de la transition « attaque-attaque ». L’homme de l’avant-dernière ou de la dernière passe, buteur parfois, celui qui fait jouer les autres mais qui sait aussi accélérer, changer le rythme pour créer le décalage. Le « playmaker » du Barça a sorti l’artillerie lourde au moment opportun. Il a été élu trois fois homme du match lors de ses six apparitions à l’Euro. Et c’est sûrement en finale qu’il a régalé le plus. Champion d’Europe pour la seconde fois consécutive, buteur décisif en finale de la Coupe du monde… Oui, il y a des moments plus opportuns que d’autres. Mais toujours le même état d’esprit.
« Franchement, je n’aurais jamais imaginé une nouvelle consécration possible. Non, je le dis honnêtement. Il faut être fier de ce que l’on réalise. Nous, tous les gens qui nous suivent, qui s’identifient à notre football. Toute l’Espagne doit être fière. » Toujours pas rassasié, Iniesta semble avoir, comme Lionel Messi, son partenaire du Barça, la faculté de récupérer en jouant. « Quand on arrive à ce stade, une demi-finale ou une finale, des termes comme « épuisement » ou « renoncement » ne sont pas dans nos têtes. Il reste un dernier effort à consentir. » A l’écouter et à le voir jouer, ç’a l’air facile. C’est aussi ça, sa force. Cesc Fabregas, le « 0 » du système de jeu espagnol, est bien placé pour en parler. « Andres connaît l’un des sommets de sa carrière. Il a un impact énorme sur notre façon de jouer. »

Un couac : Le caleçon de la discorde
Nicklas Bendtner, avant-centre danois, a eu la bien mauvaise idée de célébrer son second but face au Portugal (défaite 2-3 du Danemark) en baissant son short afin de dévoiler son caleçon. Celui-ci portait le nom d’une société de paris en ligne irlandaise. Le genre de liberté pas franchement appréciée par l’UEFA, toujours très stricte en matière de publicités sur les terrains. L’insolent a pris un match de suspension et 100 000 euros d’amende. A ce prix-là, il ne devrait plus en mettre…

Un match : Les tirs au but ne bottent pas les Anglais
Dire que l’Angleterre s’est pointée à l’Euro sans coach, sans capitaine et sans équipe n’est pas vrai mais pas tout à fait faux non plus. Fabio Capello contraint de démissionner à quelques semaines du tournoi pour avoir pris fait et cause pour John Terry, capitaine banni, les « Three Lions » se sont retrouvés tout nus ou presque à l’heure du premier rassemblement. Roy Hodgson, appelé en urgence, a dû faire face en plus à une incroyable cascade de forfaits, en plus de la suspension (deux matches) de Wayne Rooney, arme offensive numéro un. Au final, les Anglais ont réussi un très bon tournoi, 1ers de leur groupe devant la France (1 nul face aux Bleus et 2 victoires) avant d’être boutés hors du tournoi, en quarts de finale, par l’Italie, au terme de la séance des tirs au but et sans avoir encaissé le moindre but.
Ce qui fit dire à Hodgson, so british : « On quitte la compétition invaincus parce qu’on n’arrive pas à gagner une séance de tirs au but. Réussir cet exercice est devenu une obsession pour le football anglais. A l’entraînement, vous ne pouvez jamais reproduire l’ambiance et la tension. Le calme et la sérénité d’Andrea Pirlo sur son penalty, c’est quelque chose qui ne s’enseigne pas. » C’est la sixième fois en dix participations à une phase finale que l’Angleterre est éliminée à l’issue de ces fichus tirs au but… Maître Pirlo a illuminé ce quart de finale de toute sa classe, de la 1ère à la 120e minute. Il a aussi ajouté un bijou de Panenka lors de la séance fatidique. Du grand art. La qualif’ récompensait l’envie de jouer des Ritals. Sous l’impulsion de Cesare Prandelli, le coach, c’est une Squadra tournée vers l’avant qui a écrit son destin. « Les équipes qui font la différence dans le foot d’aujourd’hui sont celles qui ont le courage de jouer. » Les Transalpins ne manquaient ni de courage, ni de qualités techniques. Surtout pas le quatuor du milieu Andrea Pirlo-Claudio Marchisio-Riccardo Montolivo-Daniele De Rossi, impressionnant de maîtrise et de densité.

Un clash : Deschamps et l’OM, terminus
Lié à l’OM jusqu’en 2014, Didier Deschamps (ici aux côtés de Guy Stéphan, son fidèle adjoint) ne souhaite pas poursuivre sa mission à la tête du club phocéen. Il l’a fait savoir à ses dirigeants en fin de saison. Problème : Margarita Louis-Dreyfus ne veut pas payer d’indemnités de « démission » et la situation devient, comme très souvent à Marseille, ubuesque. Le groupe pro s’apprête à reprendre l’avant-saison sans entraîneur ni staff. Ereinté par les relations qu’il entretient avec José Anigo et surtout le choix de Vincent Labrune, le président, de ne pas trancher, « DD » refuse de repartir au combat. Surtout avec une cure d’austérité sans précédent et un centre de formation aux abonnés absents (la réserve joue en CFA 2) comme seules garanties.

Un top : Lamouchi cœur d’Ivoire
Nommé sélectionneur de la Côte d’Ivoire, Sabri Lamouchi réussit son entrée contre la Tanzanie avec une victoire 2-0 (buts de Salomon Kalou et Didier Drogba). Les éliminatoires de la Coupe du monde 2014 débutent bien pour les Eléphants.

Un flop : Orange amères
Finalistes de la dernière Coupe du monde, les Pays-Bas quittent l’Euro dès le 1er tour et par la petite porte. Trois défaites face au Danemark, à l’Allemagne (en photo, Mark Van Bommel qui chatouille Lukas Podolski) et au Portugal. Le groupe de la mort a enterré les Oranje et coûté sa place au sélectionneur Bert Van Marwijk, qui a démissionné. Rafael Van der Vaart, comme un symbole, soupire. « Contre le Danemark, on aurait pu jouer trois jours sans marquer. » Avec 35 tirs non cadrés sur l’ensemble du tournoi, on veut bien le croire.

Express
• Marvin Martin, meilleur passeur du championnat la saison précédente et dans les 23 de Laurent Blanc pour l’Euro, quitte Sochaux et rejoint Lille.
• Une semaine après avoir résilié son contrat avec Flamengo en raison d’un litige financier, Ronaldinho rebondit à l’Atletico Mineiro.
• Dans le groupe C de l’Euro, un match nul 2-2 ou plus (3-3, 4-4…) entre la Croatie et l’Espagne condamnait l’Italie qui redoutait un « biscotto ». En Italie, le « biscuit » désigne un match arrangé. Terme issu du monde hippique où on truquait certaines courses en donnant des biscuits empoisonnés aux chevaux. Au fait, l’Espagne s’est imposée 1-0…
• Après la Coupe de France et la Ligue des champions, les Lyonnaises s’adjugent le championnat de France. Fabuleux triplé qui fait dire à Jean-Michel Aulas : « On ne pourra pas faire mieux. » Surtout pas avec les garçons.

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