Équipe de France

Rétro foot : Juin 2012 (1/2)

Et à la fin, c’est l’Espagne qui gagne… Pour la première fois de l’histoire, une équipe réussit l’incroyable triplé Euro-Coupe du monde-Euro. La Roja, poussive tout au long du tournoi, choisit son soir pour mettre tout le monde d’accord. Le récital est venu en finale. En ce mois de juin, c’est évidemment la compétition continentale qui accapare toute l’attention.

Une équipe : L’Espagne seule au monde
Finalement, l’arc du triomphe ne l’use pas. On la disait lasse, entamée, éreintée. Avec ses joueurs qui ont tout gagné, des maestros certes mais des joueurs à plus de 70 matches par saison. On les sentait plus proches de la fin, vers le sommet du col et donc près du précipice que dans les premiers lacets de leur épopée. On s’est trompé. Leur col à eux continue de grimper. Il y a toujours le hors catégorie pour ceux que la bicyclette intéresse. Mais balle au pied, avec l’Espagne, ça va au-delà. Et on n’en aperçoit toujours pas le haut.
On a vu l’Espagne championne d’Europe 2008, on a aimé l’Espagne championne du monde 2010, voilà l’Espagne championne d’Europe 2012. L’Allemagne avait cédé à Vienne il y a quatre ans. Les Pays-Bas avaient lâché à Johannesburg. Cette fois, c’est l’Italie qui rend les armes. Imbattable, la Roja. L’Italie, sans doute l’équipe qui l’a provoquée le plus, interpellée dans ses certitudes, notamment lors du premier match de poule. Mais une Italie qui a, au final, pris la fessée.
Vicente del Bosque, en bon père peinard assis sur l’Olympe, n’a jamais vacillé. « Mes joueurs ont des racines en eux, ils savent comment jouer parce qu’ils viennent d’un pays qui sait comment jouer. Nous avons toujours gardé confiance en ce que nous savons faire depuis des années. » Comme ça, tranquille et en train de réécrire l’histoire. « Avant toute chose, je voudrais dire que l’Italie a réalisé une grande phase finale. Mais tout le monde perd parfois. Cela aurait pu être nous. Eux ont été handicapés par la blessure de Thiago Motta. Je ne veux pas sous-estimer cette équipe, surtout pas. De notre côté, nous avons réussi à marquer le premier but et malgré leur réaction, à inscrire le deuxième avant la mi-temps. Notre succès est historique. C’est une telle génération de joueurs… »

Buffon : « Contre eux, on accepte plus facilement de s’incliner »
Dans une époque où chaque nouvelle compétition balaie les certitudes, la Roja ne bascule pas, elle bouscule. Sûre de ses forces et de sa maîtrise. Concentrée sur ce qu’elle sait faire de mieux, jouer au ballon, sans jamais dévier de sa ligne de conduite. Une nouvelle fois, tout le monde a essayé. Surtout l’Italie lors du premier match donc (1-1, le seul but encaissé dans le tournoi par Iker Casillas). Encore une fois, personne n’a réussi. Une finale ne se perd pas ? A la limite, c’est un peu comme si les Transalpins ne l’avaient pas perdue, celle-là, comme l’expliquait Gianluigi Buffon, le mur du Piémont qui en a pris quatre. « Contre eux, on accepte plus facilement de s’incliner. Nous venons d’affronter une formation d’une valeur inestimable. »
Comme les autres, Buffon et l’Italie connaissent l’Espagne par cœur. Comme les autres, ils se sont cassé les dents dessus. Un chiffre pour illustrer le phénomène : Iker Casillas, son homologue du camp d’en face, a signé sa 100e victoire en 137 sélections. « Nous avons rendu facile ce qui est extrêmement difficile. Certains peuvent penser que gagner 4-0 contre l’Italie, c’est facile parce que le match a donné cette impression. La vérité, c’est que nous sommes allés crescendo dans ce tournoi. Nous avons progressé à chaque match. C’est une montée en puissance révélatrice de la force assez folle de cette équipe. Des critiques ? Oui, il y en aura toujours car nous avons placé la barre très haut. »
Une orgie de victoires, un ratio monumental pour des phénomènes du jeu. Il en regorge à tous les postes dans cette équipe d’un nouveau genre. Xavi, l’homme orchestre du Barça, devient avec cette victoire le plus gros palmarès du foot espagnol (dont on vous épargnera ici les détails par un souci d’équilibre général). Cesare Prandelli, le sélectionneur italien, était sur la même longueur d’ondes que son capitaine Buffon à l’heure de tirer le bilan. « Nous avons bien essayé, nous avons eu deux ou trois occasions mais ils nous ont dominés pendant tout le match. On ne peut que les féliciter. Nous avons perdu contre la meilleure équipe du monde. » Et peut-être la référence ultime de l’histoire. L’avenir le confirmera peut-être mais en ce début d’été 2012, le présent l’affirme sans sourciller. Et personne ne bronche.

Un brassard noir : RIP, Thierry Roland
Il rêvait de reformer son duo avec Jean-Michel Larqué, il allait le faire à l’Euro, sur M6. Mais il se sentait fatigué après une hernie discale qui l’avait cloué sur son lit d’hôpital. Il avait jugé préférable de ne pas faire le déplacement. Et puis dans la nuit du 15 au 16 juin, après la victoire des Bleus contre l’Ukraine (2-0), un AVC l’a emporté. A quelques semaines de ses 75 ans, Thierry Roland nous quitte et la France du foot perd sa voix. Une voix, une gouaille, une façon de vivre le foot ou plutôt de le faire vivre. C’était tout son art. A l’annonce de la triste nouvelle, une vague d’émotion traverse le pays et l’Europe toute entière, jusqu’à Kircha, lieu de résidence des Bleus qui viennent de battre l’Ukraine 2-0 et qui avaient le sourire en sortant la tête du lit. C’est un lendemain de victoire, ce sera une sale journée. On retient beaucoup plus les réactions en chaîne du monde du foot français que le décrassage des Bleus.
« Cette annonce provoque chez moi une grande tristesse, réagit Noël Le Graët, le président de la Fédération. Je le connaissais depuis si longtemps. J’appréciais particulièrement chez lui le fait de toujours donner du positif dans ses commentaires. C’était la joie de vivre de celui qui est heureux de son métier. Thierry, c’est un monument du foot français. Il a fait beaucoup pour lui. » A Kircha, Laurent Blanc et Philippe Tournon, chef de presse des Bleus, demandent à l’assistance de se lever et d’observer une minute de silence avant le début de la conférence de presse. « Je l’appréciais particulièrement, dira « le Président ». Il connaissait tout, aimait tous les sports et il avait toujours une anecdote. »
Dont plusieurs centaines, bien sûr, vécues avec son compère de toujours, Jean-Michel Larqué. Un Larqué effondré. « Il se sentait partir, il m’avait dit que, s’il lui arrivait quelque chose, il me regarderait de la grande prairie. Je m’y étais un peu préparé mais on se dit que ça n’arrivera pas. Il se faisait une telle joie de reformer le tandem… Il est parti avant et le plus terrible, c’est que sa dernière joie, j’aurais pu la lui procurer. » A la demande de Michel Platini, une minute de silence sera observée avant le coup d’envoi de Suède-France à Kiev.

Un but : Super Mario découpe les filets
Quand l’Allemagne se dresse devant la Squadra Azzurra en demi-finales de l’Euro, même les plus sceptiques des pronostiqueurs voient déjà un Allemagne-Espagne en finale. Comme en 2008, comme en demi-finales de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud aussi. Comme un passage obligé les années paires. Mais « Super Mario » n’est pas fan du grand classique. Les idées préconçues, le genre vieille rengaine, ce n’est pas trop son truc à Mario Balotelli. Fier comme un coq, la crête surteintée en guise de raie au milieu, il avance comme il vit son Euro. A mille à l’heure. Pas mal de spécialistes, surtout italiens, notent sa foule d’occasions manquées et commencent à se moquer de la confiance sans cesse renouvelée que lui accorde Cesare Prandelli, qui a fait de lui son attaquant numéro 1 pour l’Euro.
Ingérable à Manchester City, Balotelli ne l’est pas plus en sélection mais ce n’est pas grave puisque la Squadra est toujours là et que le coach transalpin lui fait toujours confiance. Sa propension à bouffer un peu les feuilles de match ? Mario en est convaincu, ce n’est pas de la maladresse, juste un manque de réussite. Son ciseau magistral contre l’Eire, catalogué plus beau but du 1er tour, est là pour le prouver. Mais basta, il s’en fout du premier tour, Balotelli. Là, il a rendez-vous. Face à l’Allemagne, le kid de Manchester met tout le monde d’accord. Premier doublé avec la sélection et un but de mammouth qui relègue le ciseau au fond de la trousse. On joue la 36e minute et l’Italie mène 1-0 grâce à « Super Mario » quand Riccardo Montolivo le cherche plein axe, dans l’espace, sur une passe en rupture.
Philipp Lahm, au marquage, et Manuel Neuer, dans les buts, sont aux premières loges mais bien impuissants. Frappe de mule et filets troués. « J’hérite d’une passe fantastique de Montolivo. Après, je frappe, je plante. J’ai toujours eu cette agressivité, ce désir de marquer. » « Super Mario » qualifie la Squadra pour la finale et devient le second joueur italien à réussir un doublé en phase finale de l’Euro après Pierluigi Casiraghi en 1996 contre la Russie.

Une phrase
« Bonjour, je suis Catherine Deneuve. »
Les premiers mots en français de Claudio Ranieri lors de son intronisation à Monaco. « Je me suis mis à l’espagnol à 47 ans, à l’anglais à 50. Je vais maintenant essayer le français. »

Une révélation : Joao Moutinho, l’autre leader du Portugal
Il a éclaté au Sporting, il s’épanouit à Porto. Avec la sélection, Joao Moutinho retrouve son ancien mentor à Lisbonne, Paulo Bento, qui lui refile les clés du camion au milieu. Dans la lignée de ce qu’il fait à Porto aux côtés de Lucho Gonzalez, « le Petit » conduit à merveille le jeu de la Seleçcao. Il cavale, bouche les angles de passe, récupère, harcèle. Il joue propre, en une passe, élimine, voit juste et vite. Il a l’attirail du parfait milieu moderne et le montre à l’Euro où le Portugal peut compter, enfin, sur un Cristiano Ronaldo au sommet de son art avec le maillot de la sélection. Il se trouve aussi un nouveau maître à jouer au milieu, pour de bon. Eliminé aux tirs au but par l’Espagne en demi-finales, ce Portugal-là méritait mieux.

Un dérapage : Cassano pas très gay
Antonio Cassano a accroché le wagon de l’Euro à la dernière minute, après son AVC de l’automne précédent. Avec l’âge, il s’est calmé. Mais il n’a toujours pas appris à calculer. Alors, la langue de bois et lui, ça fait deux. Pendant l’Euro, une simple conférence de presse déclenche une vive polémique. Question : « La rumeur dit que deux joueurs de la Nazionale cacheraient leur homosexualité, qu’en pensez-vous ? » Réponse de « Fantantonio » : « Il vaut mieux que je ne dise pas ce que je pense, sinon ça va être le bordel et je serai attaqué de tous les côtés. C’est leur problème s’ils sont pédés. Tout cela ne me regarde pas mais j’espère qu’il n’y en a pas en Nazionale. » Le très « sincère » Antonio a dû se fendre d’un communiqué d’excuses. « Je suis sincèrement désolé que mes propos aient soulevé la controverse. L’homophobie n’est pas un sentiment qui m’anime. » Qui l’habite alors, peut-être.

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