Équipe de France

Rétro foot : Inauguration du Stade de France, France-Espagne, 1998

C’est beau, un stade la nuit. Dans un froid pétrifiant, qui glace les os et la peau, les Français s’imposent face au voisin ibérique, dans l’enceinte qu’ils découvrent. On ne sait pas encore que le lieu deviendra historique seulement quelques mois plus tard…

Au départ, ce stade, dont on a mis le temps à trouver le nom, se résume à des chiffres. Qu’on vous balance comme ça, à la volée. Le coût total du projet ? 2,672 milliards d’euros pour 30 mois de travaux, débutés en septembre 1995. C’est aussi 40 000 plans, 800 000 m3 de terrassement, 180 000 m3 de béton, 500 000 tonnes de poids total. Et encore 1 400 ouvriers (l’un d’entre eux a trouvé la mort en tombant du toit) pour un million d’heures de travail en gros œuvre. On pourrait continuer la litanie mais bon, cela ne nous paraît pas indispensable. Ce stade, c’est tout simplement le nouveau monument français. Celui de notre Coupe du monde 1998. Son étendard. Son diamant.
Ce mercredi 28 janvier 1998, pour l’inauguration de celui que l’on a finalement décidé d’appeler le Stade de France – ce qui n’est pas un vilain nom -, il fait une température polaire, qui voit le baromètre descendre très largement dans le négatif. Ils sont quand même plus de 78 000 spectateurs prêts à s’enflammer pour réchauffer l’atmosphère, donner de la voix et porter les Bleus.
Pour les joueurs, aussi, les conditions sont loin d’apparaître idéales. Sur une pelouse en bonne partie gelée, c’est une sorte d’effrayant show directement tiré d’« Holiday on ice », mais sans les patins et en version ballon rond, qui leur est proposé. Difficile de tenir sur ses appuis. Délicat de produire du jeu, avec ces rebonds capricieux qui mettent à mal les meilleurs techniciens – et ils sont assez nombreux sur la pelouse. Un terrain de jeu idéal pour les phoques de l’Arctique ou les canards des lacs gelés. Moins pour les footeux.
Néanmoins, les acteurs de cette production frigorifique s’appliquent, avec une belle dévotion, à rendre la copie la plus propre possible. Les dérapages sont parfois incontrôlés mais l’envie de bien faire reste leur credo. A ce drôle de jeu, ce sont les hommes d’Aimé Jacquet qui vont se montrer les plus habiles. A la vingtième minute, Youri Djorkaeff balance un feu de Bengale – histoire de tous nous réchauffer - qui atterrit violemment dans le coin de la barre gauche d’Andoni Zubizarreta (oui, oui, le même qui a été intronisé directeur sportif de l’OM l’automne dernier), avant que la balle ne revienne en jeu.
Et à la réception, on trouve qui ? Zinédine Zidane, qui ne sait pas encore que ce terrain va devenir son jardin. Proche de la ligne des six mètres, le maestro délivre un amour de ballon piqué qui embrasse et embrase aussi les filets espagnols. Il signe là l’unique but de la rencontre et promet, à ce moment, de ne jamais l’oublier. « Je sais, avoue le « Z », que je viens d’inscrire un but historique. Malgré les conditions difficiles, je pense qu’on a offert une prestation à la hauteur de l’événement. Il s’agit d’un stade fabuleux, on a joué dans une ambiance – un grand merci au public – qui nous a portés. Nous étions très motivés et on avait besoin de tous ces gens derrière nous. Grâce à eux, on est parvenus jusqu’au meilleur que l’on pouvait donner. »
Bien plus tard, Aimé Jacquet nous racontera, avec émotion, ces instants qu’il a vécus si intensément. Avec ses mots à lui, sa tendresse et oui, sa part de poésie. On ouvre le micro : «  Là, il s’agit d’un moment très fort de ma vie. Enfin, on l’avait, ce grand stade, il s’agissait de quelque chose de concret. Oui, je l’avais rêvé, imaginé. Pendant les travaux, j’étais allé dans les moindres recoins pour le sentir, le voir grandir, l’apprécier. Et là, ça y est, on est au bon endroit. »
Et Aimé de poursuivre : « En fait, nous étions déjà dans la Coupe du monde. Je me souviens qu’on était partis très tôt, pour prendre la collation sur place. Une manière d’entrer en possession des lieux, de notre territoire. En arrivant, cela a été comme un très grand frémissement. Moi qui ne le faisais jamais, je suis entré sur le terrain incognito, emmitouflé, un peu comme un artiste qui écarte le rideau pour voir si la salle est pleine. Un instant inoubliable. »
Et le public avait bien répondu présent pour cette première. Moins de six mois avant un certain 12 juillet, au même endroit et à la même heure.

Fiche technique
Le mercredi 28 janvier 1998, amical, Stade de France à Saint-Denis, France-Espagne 1-0 (1-0).
Arbitre : M. Urs Meier (Allemagne).
Spectateurs : 78 368.
But : Zidane (20e).
France : Barthez – Thuram, Blanc, Desailly, Boghossian – Ba (Pires, 62e), Deschamps (Candela, 62e), Zidane – Djorkaeff (Lebœuf, 90e +3), Guivarc’h (Trezeguet, 74e), Diomède.
Sélectionneur : Aimé Jacquet.
Espagne : Zubizaretta – Abelardo, Aguilera, Nadal, Alkorta – Amor (Sanchez, 82e), Sergi (Rios, 59e), Luis Enrique – Alfonso, Raul (Pizzy, 73e), Etxeberria (Lardin, 53e).
Sélectionneur : Javier Clemente.

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