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Rétro foot : Et le Brésil se désagrégea

Demi-finale de la Coupe du monde 2014

La Coupe du monde au pays du football tourne au cataclysme pour les Auriverde. Soixante-quatre ans après les larmes du Maracana, voici le séisme de Belo Horizonte. Une catastrophe d’une plus grande amplitude encore – c’était donc possible – qui plonge tout le pays dans un deuil sans fin.

C’était il y a un an, presque jour pour jour. C’est donc une rétro des temps modernes. Et pourtant, on a l’impression que c’était hier. C’était à Belo Horizonte, dans la région des mines d’or et de diamants. Là où, comme un clin d’œil, les Brésiliens devaient poursuivre leur marche vers cette sixième étoile dorée. Plus qu’une quête, une mission sacrée. Plus qu’un objectif, une obligation. Pour eux, pour tout un peuple, pour effacer les larmes jamais séchées de 1950. Quand, pour la première Coupe du monde qu’ils organisaient, ils avaient manqué ce couronnement qui leur semblait inéluctablement promis.
C’était donc à Belo Horizonte, dernière station avant de rejoindre le Maracana pour disputer « LEUR » finale. Ce Brésil 2014 n’avait pas forcément donné jusque-là les meilleures gages de sécurité et de sérénité. En huitièmes de finale, face aux Chiliens d’Arturo Vidal, la Seleçao avait dû aller jusqu’aux tirs au but pour arracher sa qualification. Une séance assez surréaliste : le capitaine Thiago Silva, submergé par la pression et les émotions, demanda à ne pas figurer parmi les tireurs, restant à l’écart du groupe, lui, le capitaine, pendant que Luiz Felipe Scolari donnait ses consignes. Surréaliste toujours, la vision de ces joueurs en larmes ou réfugiés dans la prière – ou les deux – une fois la qualification acquise.
Le passage en quarts, face à la Colombie, ne fut pas davantage une sinécure. Surtout lorsque Neymar, qui s’impose à seulement 22 ans comme le véritable leader technique et patron des Auriverde, a le dos broyé par le genou de Juan Carlos Zuniga. Fin de Mondial pour lui. Un carton jaune de trop allait aussi priver Thiago Silva de la demie. Non, ce Brésil ne respirait décidément pas la sérénité. Mais de là à imaginer ce qui allait suivre…
C’était donc à Belo Horizonte et pour le malheureux Neymar, promis, juré, ils allaient le gagner ce match. Et le suivant. Ils sont entrés dans l’arène main dans la main avant d’entamer l’hymne national à gorge déployée, à l’unisson de tout un stade, dans un partage franchement émouvant. Ils ont même joué au foot. Dix minutes. Mais à la onzième, sur la première occasion de la Mannschaft, Thomas Müller, l’homme qui a l’art de toujours se placer où il faut, n’a pas dû déployer des tonnes de ruses pour se défaire du marquage ultra-élastique de la défense brésilienne et ajuster Julio Cesar, gardien abandonné, pour l’ouverture du score.
Coup de froid sur l’Estadio Mineirao avant l’énorme raz-de-marée ou plutôt le tsunami qui va tout emporter sur son passage. Une déferlante complètement irréelle. En à peine plus de cinq minutes – six, très précisément -, les Allemands vont profiter de l’opération « Portes ouvertes » lancée par la Seleçao pour planter quatre banderilles mortelles. Réalisations de Miroslav Klose, qui en profite pour devenir le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde avec 16 pions, Toni Kroos (deux fois) et Sami Khedira. Estourbis, anéantis, les joueurs de Scolari.
Cinq à zéro à la mi-temps. La messe funèbre est dite et des supporters au maillot jaune, au bord de la crise de nerfs, commencent à quitter le stade. Ils ne veulent pas voir la suite du calvaire. Ceux qui ont choisi de rester, finissent par encourager Philipp Lahm et les siens en accompagnant chaque balle allemande de « Olé ! Olé » que n’entendent même pas les joueurs brésiliens, tant ils semblent perdus, broyés, laminés.
La catastrophe nationale se termine sur l’invraisemblable score de 7-1, avec un nouveau doublé signé du rentrant André Schürrle et un but, à la dernière minute, d’Oscar qui ne sauve même pas l’honneur. « C’est moi le seul responsable, moi qui ai fait les choix. Je viens de vivre la pire journée de ma vie », expliquera, dévasté, Luiz Felipe Scolari. Le pire jour de la vie de 200 millions de Brésiliens aussi…

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