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Rétro foot : Et Kombouaré surgit au bout de la nuit

Quart de finale retour de la Coupe de l’UEFA 1993. Paris SG-Real Madrid. Le PSG se qualifie pour la première fois de son histoire pour une demi-finale européenne en s’offrant le scalp du grand Real au bout d’un scénario complètement dingue. Renversant !

La veille du match, Artur Jorge, l’entraîneur parisien, avait eu une prémonition. Comme une vision. « Je suis sûr de mon fait, lance-t-il à la cantonade, on va se qualifier. Je peux même vous donner le score : 2-0. » Après avoir successivement sorti le PAOK Salonique, Naples et Anderlecht, le PSG a été sérieusement secoué à l’aller, à Santiago Bernabeu, mais le but inscrit par David Ginola en seconde période (victoire des Espagnols 3-1) permet d’entretenir la flamme. Même si en face, c’est le grand Real Madrid de Michel, Emilio Butragueno, Robert Prosinecki et Ivan Zamorano qui se dresse sur la route, tel un épouvantail. Les 46 000 spectateurs qui ont investi le Parc des Princes dans le bruit et la fureur veulent également croire à l’impossible exploit.
Pour ce qui serait une première historique pour le club – qualification pour une demi-finale européenne -, le Portugais Jorge, réputé plutôt frileux, décide de prendre des risques en alignant trois véritables attaquants : George Weah est entouré de Amara Simba et David Ginola. Dès le coup d’envoi, les Parisiens se jettent, cœur vaillant, dans la bataille, en exerçant un pressing tout-terrain. Ils se battent comme des morts de faim sur chaque ballon, empêchant le Real de poser son jeu. Poussés par un public en fusion, les joueurs de la capitale mettent le feu et se trouvent récompensés de leurs efforts quand Weah, Mister George, reprend victorieusement de la tête, après la demi-heure de jeu, un corner tiré par l’intenable Valdo. 1-0, score à la pause. La moitié du chemin est parcourue.
Paris va reprendre les débats sur le même tempo mais Buyo, le portier de la Maison Blanche, s’interpose sur les tentatives de Weah et Ginola. Il est même sauvé par sa barre sur un coup de tête de Valdo. Le temps passe inexorablement… On est entré dans les 10 dernières minutes. Le panneau d’affichage lumineux indique toujours un crispant 1-0 quand, sur le côté droit, Valdo s’offre un numéro avant de servir Weah qui, d’une passe en cloche à l’aveugle, centre pour la tête de Daniel Bravo. Ce dernier remet instantanément en retrait pour le pied droit de Ginola, « El Magnifico », dont la somptueuse demi-volée perce les filets madrilènes. 2-0 ! Le roi Artur l’avait annoncé, ils l’ont fait.

Le coup de boule de « Casque d’or »
Et même mieux. 89e minute, on reprend les mêmes : contre du duo Weah-Ginola qui lance Valdo dans la surface. En deux feintes de frappe, le Brésilien envoie la défense du Real et Buyo aux pâquerettes. « Et 1, et 2, et 3-0 », aurait pu chanter le Parc. Un tube de l’été qui n’était pas encore à la mode en 1993… Mais Paris va soudain déchanter. Au cœur des arrêts de jeu, dans ce final de folie, l’Hélicoptère Zamorano, à la suite d’un coup franc excentré, vient crucifier Bernard Lama. Si près du bonheur quelques secondes plus tôt, le PSG se voit maintenant contraint de disputer une incertaine prolongation.
Encore que… L’arbitre hongrois, qui a l’air d’apprécier le spectacle, fait durer le plaisir. Nous voilà à six minutes de temps additionnel et une ultime chance pour le PSG avec un coup franc intéressant. C’est l’inévitable Valdo qui s’en charge. Le Brésilien le frappe à la perfection et dépose la balle sur la tête royale d’Antoine Kombouaré qui s’envole plus haut que tout le monde et fait chavirer tout un peuple dans une autre dimension. Kombouaré, déjà sauveur au tour précédent en Belgique, contre Anderlecht, récidive. Et de la même manière ! Il va y gagner un surnom pour la vie : « Casque d’or ».
Kombouaré, l’éternel remplaçant, n’avait dû sa titularisation contre les Madrilènes qu’à la suspension d’Alain Roche, l’habituel partenaire de Ricardo en défense centrale. Il se retrouva d’un coup en pleine lumière, dans l’improbable rôle du héros. Si près des étoiles. « Cela a été un moment incroyable, confiera-t-il plus tard. Du pur bonheur. Cette qualification au Parc, après un tel suspense, je n’ai jamais rien connu de plus fort dans ma carrière. Surtout que je me sentais coupable sur le but espagnol. J’avais une rage terrible. Je ne pensais qu’à une chose : marquer ou faire marquer et c’est tombé sur moi. On se souviendra que j’étais là au bon moment. Je vais entrer dans l’histoire du club. » David Ginola, à cet instant, ne sait plus vraiment où il est. Les mots se télescopent. « C’est extraordinaire, magique, insensé, avec un scénario de dingues… Je n’arrive pas à y croire. Je suis, on est tous sur un nuage. »
Les Parisiens en redescendront quelques semaines plus tard, s’inclinant en demi-finales face à la Juventus Turin. Mais ils garderont à jamais gravée en mémoire cette folle nuit du 18 mars 1993.

La fiche du match
■ Jeudi 18 mars 1993
Quart de finale retour de la Coupe
de l’UEFA
Parc des Princes à Paris
Paris SG-Real Madrid 4-1 (1-0)
Buts : Weah (33e), Ginola (82e), Valdo (89e), Kombouaré (90e +6) pour le Paris SG ; Zamorano (90e +3) pour le Real Madrid.
Arbitre : M. Puhl (HON).
Spectateurs : 46 000.
Avertissements : Sassus (60e) pour le Paris SG ; Villaroya (69e) pour le Real Madrid.
Paris SG : Lama – Sassus (Germain, 77e), Kombouaré, Ricardo, Colleter – Le Guen, Guérin, Valdo – Simba (Bravo, 72e), Weah, Ginola. Entraîneur : Artur Jorge.
Real Madrid : Buyo – Nando, Ramis, Ricardo Rocha, Lasa – Luis Enrique (Alfonso, 80e), Hierro, Michel, Prosinecki – Butragueno (Villaroya, 63e), Zamorano. Entraîneur : Benito Floro.

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