Étranger

Rétro Euro 2012 : Quand la Squadra se prend au jeu

Quarts de finale, Angleterre 0-0 Italie, 2-4 t.a.b. C’est en développant du jeu, du mouvement et avec l’envie de marquer un but de plus que son adversaire que l’Italie s’est faufilée dans le dernier carré de l’Euro 2012. Ce n’est pas une révolte, juste une révolution.

« Ce soir, je n’ai pas été surpris car je savais que nous allions maîtriser la rencontre. Nous avons essayé de jouer au football, d’aspirer les Anglais pour les bousculer. » Si même Cesare Prandelli, le sélectionneur transalpin, le dit, on va finir par le croire ! Difficile de le contredire. Le quart de finale face à l’Angleterre (premier 0-0 de l’Euro 2012 mais un match à 24 tirs cadrés, soit le plus gros total à ce moment là de la compétition) a montré, une nouvelle fois, le nouveau visage de l’Italie. Le maillot, le short et les chaussettes sont du même bleu, c’est bien la Squadra mais pour le reste, tout ou presque avait changé.
Prandelli toujours : « Je dois féliciter mes joueurs à plus d’un titre. D’abord, en ouverture, nous avons dû affronter la meilleure équipe de ces dernières années (ndlr : l’Espagne). Une formation outillée pour continuer à gagner. Nous avons bien résisté. Contre la Croatie, on a développé un excellent football pendant plus d’une heure. Malheureusement, un ballon long nous a coûté deux points. Tout le monde a su se remobiliser contre l’Irlande, une équipe à fort caractère et qui n’avait rien à perdre. Nous avons envoyé un message fort. » Une façon habile de dire que, pour cette Squadra, les codes avaient changé.

La Squadra a appris à aimer la possession du ballon
Fini, le temps des Bleus qui campaient dans leurs 30 derniers mètres, hyper disciplinés tactiquement et hyper efficaces dans les deux surfaces. Terminé, l’Italie qui attendait, scotchée dans sa moitié de terrain, prête à se raccrocher à n’importe quelle branche pour marquer sur un contre. Prandelli avait pris un groupe en lambeaux au lendemain de la Coupe du monde 2010 (élimination au 1er tour). Il l’a transformé. « Dans le foot d’aujourd’hui, les équipes qui font la différence sont celles qui ont le courage de jouer. S’il s’agit d’une révolution, ce n’est que le début. » Qui l’eut cru ?
Avec Andrea Pirlo en chef d’orchestre, la Squadra a appris à aimer la possession du ballon. Contre l’Angleterre, les chiffres étaient « espagnols ». Près de 70% de possession, 36 frappes. Pendant le quart de finale, les Italiens ont réalisé 815 passes contre 320 côté anglais. Soit 2,5 fois plus. Surtout, c’est l’impression générale laissée sur la pelouse qui a frappé. Cette envie de jouer vers l’avant, d’aller chercher l’adversaire haut au lieu de l’attendre bas. Prandelli toujours : « Les deux sont liés. Quand vous voulez le ballon, vous devez presser et défendre haut. » Sors de ce corps, Vicente del Bosque ! Comme l’Espagne, l’Italie a cultivé sa force au milieu. Là, Pirlo a donné un récital de football et déteint sur Claudio Marchisio et Daniele De Rossi (photo de Une).
Prandelli conclut : « Les penalties sont une loterie mais je pense que nous avons mérité cette victoire. Quand Pirlo s’est présenté, j’étais très calme. C’est une star, il savait ce qu’il avait à faire et il l’a fait. Mais bon, c’est essentiellement une question de sort. » Celui du quart a choisi son camp, l’Italie, et sur ce qu’elle avait montré depuis le début du tournoi, ce n’était que justice. Un comble en pleine affaire du « Calcioscommesse », une gigantesque organisation de matches truqués…

Un joueur : Alessandro Diamanti, le diamant de Bologne
Il est entré et dès son premier ballon, il a presque tout changé. L’attaquant du FC Bologne, qui a connu ses premières minutes de phase finale contre l’Irlande, ne courait pas après le temps mais presque. A 29 ans, Cesare Prandelli le trouve « exemplaire depuis la première minute où il a rejoint le groupe ». Sauf lors de ses premiers pas avec la Squadra, peut-être. Lors de la préparation, il s’était fait remonter les bretelles pour avoir joué malade. « J’avais 40°C de fièvre mais je voulais montrer au sélectionneur qu’il avait eu raison de me faire confiance. Il paraît qu’on joue mieux avec la fièvre… Là, c’était trop. Savoir que le coach parle de moi en bien me fait vraiment plaisir. Je fais de mon mieux, j’essaie de communiquer mon enthousiasme et mon attitude positive à mes coéquipiers. » Depuis, il vit un rêve éveillé. « Je me sens tellement bien dans le groupe ! » Contre l’Angleterre, le rêve a pris une autre dimension. Entré à la place de Cassano, Diamanti a trouvé le poteau lors de la prolongation avant d’envoyer l’Italie en demi-finales. Après la Panenka de Pirlo, il a transformé le penalty décisif. De quoi faire largement remonter la fièvre…

Un chiffre : 6
C’est la sixième fois, en dix participations à une phase finale (Coupe du monde et Euro confondus), que l’Angleterre est éliminée à l’issue d’une séance de tirs au but. Un triste record.

Une décla
« On quitte la compétition invaincus parce qu’on n’arrive pas à gagner une séance de tirs au but. Réussir cet exercice est devenu une obsession pour le football anglais. A l’entraînement, vous ne pouvez jamais reproduire l’ambiance et la tension. Le calme et la sérénité d’Andrea Pirlo sur son penalty, cela ne s’enseigne pas. » (Roy Hodgson)

Une info
Pirlo maestro ! Le milieu de la Squadra a illuminé le match de la première minute, jusqu’à son tir au but façon Panenka. OK, il y a 30 minutes de prolongation à prendre en compte mais quand même, les chiffres parlent pour lui : il a effectué 117 passes sur les 815 réussies par l’Italie, dont 31 à destination de ses attaquants dans les 30 derniers mètres et 19 dans la surface de réparation. Andrea a couru 15,2 kilomètres et n’a pas commis une seule faute. Autre chose ?

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