Étranger

Rétro Euro 2012 : Portugal, le coup passa si près

Demi-finales, Espagne 0-0 Portugal (2 à 4 t.a.b.). Vaincus aux tirs au but, les Portugais ont quitté la compétition déçus mais satisfaits de leur parcours. Ils ont raison. Voici pourquoi…

« Je crois que le peuple portugais peut être fier de nous. » Nani ne pleure pas mais presque. L’ailier de Manchester United et de la Selecçao quitte la Dombass Arena les yeux un peu humides, dans le vague. Fabio Coentrao, inconsolable sur la pelouse pendant que les Espagnols dansent leur farandole de la victoire, passe à ses côtés. Il ne va pas beaucoup mieux. Les Portugais saignent et c’est tout le pays qui a mal. C’est toujours le cas les soirs de défaite. Alors imaginez aux tirs au but face au voisin ibérique en demi-finales de l’Euro 2012…
Rui Patricio avait pourtant converti tout un peuple à sa religion. A 24 ans, le gardien du Sporting Lisbonne, pas le plus académique, s’est étiré de tout son long pour sortir le premier péno d’un maître en la matière : Xabi Alonso. A peine le temps de se replacer que San Rui cognait déjà dans San Iker. Casillas, inflexible, réussissait la même horizontale, côté opposé, face à Joao Moutinho et tout était à refaire. La suite ? Une longue prière de Cristiano Ronaldo, le cinquième tireur, qui ne tirera pas. Daniel Alves, irréprochable durant tout le tournoi, tout le match et même toute la prolongation, a envoyé sa frappe sur la transversale avant que Cesc Fabregas ne rentre la sienne, avec l’aide du poteau.
L’Espagne est en finale et court alors après un triplé d’un nouveau genre (champion d’Europe-champion du monde-champion d’Europe), celui qu’aucune équipe n’a jamais réussi. La Roja devient la seconde nation européenne de l’histoire à se qualifier pour une finale dans trois phases finales consécutives. Seule la RFA (Euro 1972, Coupe du monde 1974, Euro 1976) avait réussi pareil exploit. Elle avait remporté les deux premières mais pas la dernière.

Une véritable densité d’ensemble et une vraie cohésion de groupe
Evidemment, aucun record espagnol ne consolera un Portugais. Le coup passa si près… Inconsolables, évidemment. Mais tellement fiers aussi. D’abord – et c’est une grande première -, la Selecçao a redécouvert Cristiano Ronaldo. Le prodige avait déboulé en phase finale lors de l’Euro 2004 aux côtés de Luis Figo. Depuis la retraite du plus capé des Portugais (127 sélections), celui qui devait reprendre le flambeau n’avait repris que le brassard. Cristiano, joueur le plus cher du monde et mégastar du Real Madrid, n’avait jamais assumé son statut avec le maillot grenat. C’est chose faite désormais. Trois buts, des tirs à la pelle, des poteaux : le capitaine a montré la voie et sa déception à l’issue de la séance des tirs au but traduisait bien le sentiment général : avec le Portugal en finale, il était déjà sacré meilleur joueur du tournoi.
« Perdre en demi-finales aux tirs au but fait mal mais les penalties restent une loterie, commentait-il. Le plus chanceux la gagne. Bien sûr, je ressens beaucoup de tristesse mais je pense que ce championnat d’Europe aura été un succès pour nous. Nous avons été bons, nous faisons partie des quatre meilleures équipes et nous avons manqué de chance aux tirs au but, c’est comme ça. Nous sommes frustrés parce qu’on a bien joué et qu’on méritait d’aller en finale. Mais nous pouvons être fiers. »
La fierté, encore et toujours, qui se greffe à la confiance. Le Portugal a retrouvé son « CR7 » chéri en sélection. On peut ajouter à ce bonheur quelque chose comme une véritable densité d’ensemble et une vraie cohésion de groupe. Quelque chose comme une force collective. Le mérite en revient évidemment à Paulo Bento, dont il faut louer le travail, mais aussi aux joueurs. Des valeurs sûres comme Pepe, qui a abandonné son costume de garçon boucher et sorti un tournoi top niveau. Bruno Alves ne devrait pas rester longtemps au Zénith Saint-Petersbourg. On a vraiment envie de le voir plus souvent ! Beaucoup doutaient également de la solidité au plus haut niveau de Joao Pereira au poste d’arrière droit. Ils en voulaient à Paulo Bento de s’être fâché avec Bosingwa, un monument au pays. Au vu du tournoi, le FC Valence a fait une sacrée affaire en l’engageant contre un chèque de 3,7 millions pour le Sporting.
Au milieu, Joao Moutinho et Miguel Veloso ont également donné raison à leur coach. Reste la sempiternelle question d’un vrai buteur de niveau international. Bien sûr, Ronaldo est une machine à marquer mais on imagine aisément la puissance de feu que deviendrait la Selecçao avec un Karim Benzema, par exemple, à ses côtés, comme au Real Madrid. Si « CR7 », le plus capé des joueurs en activité (94 sélections, 35 buts), conserve son niveau galactique en sélection, Bento peut en tout cas considérer cet Euro 2012 comme le départ d’une nouvelle ère.
Nani et Paulo Bento concluaient en chœur. « Nous avons toujours cru en notre groupe, notre confiance s’est développée match après match. On peut voir loin. » (Nani) « Maintenant, nous savons que nous pouvons être à la hauteur contre n’importe quelle équipe. » (Bento) Il faudra s’en souvenir sur la route de la Coupe du monde au Brésil. Ils connaissent le chemin par cœur.

Un chiffre : 4
L’Espagne a atteint pour la quatrième fois de son histoire la finale de l’Euro. Sacrée en 1964 et 2008, la Roja en a perdu une, en 1984. Contre les Bleus de Michel Platini au Parc des Princes.

Une décla
« Le Portugal nous a été supérieur en défense. Je veux leur dire bravo mais cette fois, c’est nous qui avons eu de la chance. » (Vicente Del Bosque)

Une info
Avec un ratio de 57% contre 43% en sa faveur, la Roja n’a pas écrasé son adversaire en termes de possession de balle. Xavi et les autres n’ont effectué « que » 488 passes contre le Portugal, loin de leur moyenne (677) et de leur record (779) dans le tournoi. Et tout cela en 120 minutes au lieu de 90.

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