Étranger

Rétro Euro 2012 : L’Espagne au petit trot

Vainqueur du groupe C, l’Espagne est sortie du 1er tour avec autant de soulagement que d’incertitudes. Manque de fraîcheur, absences de Carles Puyol, David Villa… Ça faisait peut-être beaucoup.

Les tenants du titre ont traversé le 1er tour dans la ponctuation. Entre points d’interrogation et points de suspension. D’abord suspendus au poids des absents, Carles Puyol derrière et David Villa devant, les Espagnols ont entamé le tournoi par un choc. Face à l’Italie, leur prédécesseur au palmarès mondial, c’est peu dire qu’ils s’en sont bien sortis. Ils peuvent autant remercier Iker Casillas – toujours cette classe et cette efficacité folles pour le recordman des sélections mais aussi des victoires en sélection – que Mario Balotelli qui a vendangé deux face-à-face immanquables, pour ne pas dire plus, surtout à ce niveau de compétition. Bref, ils ont entamé la compétition par un nul (1-1), un point et un sentiment d’inachevé.
Toujours autant de maîtrise collective et, bien sûr, de possession de balle mais déjà, l’idée d’une certaine absence dans les 20 derniers mètres. David Villa avait une place réservée dans les 23 de Vicente del Bosque. Seulement, le meilleur buteur de l’histoire du foot espagnol n’est pas revenu à temps après sa double fracture de la jambe en décembre 2011, lors du Mondial des clubs. Le sélectionneur ibérique a finalement emmené Fernando Llorente et Alvaro Negredo en Pologne et en Ukraine. Pas – et ce fut une surprise – Roberto Soldado, pourtant terriblement efficace avec Valence et lors de la préparation de la Roja.

A trop jouer avec le feu, les Espagnols sont passés tout près de la casserole
Erreur de casting ? Toujours est-il que pour défier l’Italie, c’est Cesc Fabregas qui s’est collé aux avant-postes, Fernando Torres restant scotché sur le banc. L’Espagne sans 9. Comme à Barcelone, certes, mais la Roja n’est pas le Barça, Messi est toujours argentin et face à l’Italie, le projet de jeu avait montré qu’il ne pouvait se passer de certains éléments. La promenade de santé face à l’Irlande (4-0) aurait pu remettre tout le monde à l’endroit, surtout avec le doublé du revenant Fernando Torres. Mais tout est redevenu plus dur, moins fluide et moins lisse contre la Croatie (1-0) qui, jusqu’à trois minutes du terme, autrement dit le but de Jesus Navas, a tellement fait trembler la péninsule que des secousses auraient même été ressenties à l’intérieur du Portugal, pourtant qualifié la veille ! Fallait le faire.
A trop jouer avec le feu, les Espagnols sont passés tout près de la casserole. Mais avaient-ils le choix ? Leur jeu et cette obsession de conserver la balle au sol exigeaient une fraîcheur physique que les titulaires en puissance du Barça et du Real Madrid, tous plus de 60 matches dans les guiboles à l’heure de démarrer l’Euro, n’avaient forcément plus. Sans changements de rythme et sans suffisamment de profondeur dans les trente derniers mètres, ils ont avancé au petit trot et sont presque, par séquences, apparus à bout de souffle.
Alors oui, l’Espagne a terminé le 1er tour seule en tête du groupe et invaincue. Mais entre cette 1ère place et la troisième, celle de la Croatie, il n’y avait que la claquette gigantesque d’Iker Casillas devant Ivan Rakitic, qui avouait après le match s’attendre à « plusieurs nuits blanches à ressasser l’action ». Et ce but en fin de partie sur une louche de Cesc Fabregas pour Andres Iniesta, à quelques millimètres du hors-jeu. « Nous avons beaucoup souffert, cela a été difficile », témoignait Iniesta. Bref, il s’en est fallu de peu. Voire d’un rien, comme l’avouait Iker Casillas, encore sauveur de la patrie : « C’était tendu contre la Croatie, nous ne nous sommes pas créé d’occasions. Quand nous avons marqué, j’ai senti un poids s’enlever de mes épaules. » Un vrai match de ouf.

Un joueur : Luka Modric, tout le monde en rêve
Le « Mozart croate » était très déçu de l’élimination. D’abord parce qu’il ne s’y attendait pas. Et surtout parce qu’il croyait énormément au potentiel de cette équipe. Luka Modric le croit toujours. « On espérait être dans la course après les deux premiers matches. C’est ce qu’il s’est passé. Malheureusement, il nous a manqué un peu de réussite contre l’Espagne. On a tout fait mais cela n’a pas été suffisant. C’est pour ça que c’est si difficile à digérer. »
Et même si c’est l’Espagne, autrement dit la meilleure équipe du monde, qui l’a privé d’un quart, ne comptez pas sur lui pour y trouver un début d’excuse. « Qu’importe l’adversaire en face de nous. Nous sommes un petit pays mais nous avons beaucoup de talent et pas mal de succès dans le football. Les gens attendent beaucoup de nous, ils ont raison. »
Le concernant, cela dépasse les frontières de la Croatie. Le petit génie de Tottenham faisait l’objet d’une cour effrénée des plus grands. Sir Alex Ferguson et Roman Abramovitch rêvaient de lui dans le cœur des jeux de Manchester et Chelsea. En août dernier, il a finalement quitté Londres pour Madrid. Montant du transfert : 33 millions de livres. Ses arabesques et son toucher de balle ne sont évidemment pas passés inaperçus face à l’Espagne. Tout le monde en voulait, du Modric.

Un chiffre : 9
Le nombre de buts encaissés par l’Eire en trois matches (1-3, 0-4 et 0-2), soit la plus mauvaise défense du 1er tour. Un sévère -8 à la différence de buts.

Une décla
« Nos fans sont incroyables. Les Polonais se souviendront d’avoir vu les meilleurs supporters du monde. Ils ont fait la fierté de notre pays. »
Robbie Keane, capitaine de l’Irlande

Une info
« Biscotto », kézako ? Un potentiel match nul 2-2 (ou 3-3, 4-4, etc.) entre la Croatie et l’Espagne, lors du dernier match, aurait condamné l’Italie. Cela a mis en émoi toute la Botte qui redoutait un terrible « Biscotto ». Mais au fait, quel est ce biscuit ? Cela indique en fait un arrangement entre deux équipes. Le terme est issu du monde de l’hippisme : en Italie, on truquait certaines courses en donnant des biscuits empoisonnés aux chevaux. Mamma mia !

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