Étranger

Rétro Euro 2012 : La planète Roja

L’Espagne a réussi pour la première fois de l’histoire le triplé Euro-Coupe du monde-Euro. Il y avait eu l’avènement de Vienne en 2008, le couronnement de Johannesburg en 2010. Voilà la consécration absolue en 2012. Un chef-d’oeuvre d’art contemporain.

Et le récital survint en finale. Au moment où, peut-être, on l’attendait le moins. A l’heure où une Italie nouvelle, qui avait enchanté tout le monde tout au long du tournoi, allait toucher la Terre promise et remiser l’hégémonie des maîtres matadors au fond du placard. C’était du tout cuit : l’Espagne avait tant suscité les critiques au cours de cet Euro 2012 qu’elle ne pouvait pas décemment remporter.
C’était impossible, ses joueurs étaient cuits et elle n’avait pas David Villa. Impossible, parce que, de toute façon, personne ne l’avait fait jusque-là. C’était juste oublier que l’heure du grand soir est aussi celle des grands joueurs. Et qu’à ce petit jeu-là, personne ne peut rivaliser. Même cette Squadra si belle, si joueuse, si fuoriclasse par endroits (Andrea Pirlo, Gianluigi Buffon). Les fuoriclasse, côté espagnol, se marchent dessus !
En laminant l’Italie 4-0, la Roja a écrit une nouvelle page de l’histoire et un nouveau chapitre de sa légende. Jamais une nation européenne n’avait réussi à conserver son bien. Les Espagnols l’ont fait en glissant la Coupe du monde entre les deux. Un triplé inédit, presque surréaliste tant l’histoire, la grande, a l’habitude de balayer les certitudes. La Roja était décriée depuis le début du tournoi. On disait que son jeu s’essoufflait, que sa maîtrise technique et sa possession du ballon s’étaient évaporées, faisant passer des virtuoses du ballon rond toujours animés par une méchante envie d’avancer à des épiciers gagne-petits.

L’Euro 2012 a réveillé les images du Mondial 2010
L’Espagne a entendu, encaissé les critiques sans pour autant prendre de but. Aucun but encaissé lors des 10 matches à élimination directe depuis l’Euro 2008. Sûre d’elle et de ses forces, comme rarement une équipe l’a été au plus haut niveau, elle a renvoyé, pendant l’Euro 2012, l’image laissée en Afrique du Sud. Une petite marge au tableau d’affichage mais, à chaque fois, une qualification par la grande porte tant sa domination technique écrasait l’adversaire.
On a revu tout au long de son parcours, de Gdansk à Kiev, les images de l’Ellis Park de Johannesburg, quand elle avait dû s’employer jusqu’au bout contre le Paraguay (1-0) en quarts de finale, ou celles du Soccer City, en finale contre les Pays-Bas (1-0 a.p.). C’est toujours la même équipe, le même esprit, la même partition. Et c’est ce qui est encore plus fort. Tout le monde connaît la musique mais personne n’est en mesure d’arrêter le disque qui tourne en boucle depuis quatre ans.
A Vienne, en finale de l’Euro 2008 contre l’Allemagne, Iker Casillas, Sergio Ramos, Andres Iniesta, Xavi, Cesc Fabregas, David Silva et Fernando Torres étaient titulaires. Xabi Alonso et Cazorla étaient entrés en cours de match. L’équipe championne du monde en 2010 ? La même avec David Villa et Carles Puyol en plus. Blessés et en tribunes à Kiev mais à coup sûr sur le terrain et sur le banc, sinon. Si, il y a eu une nouveauté : Joan Capdevila, surnommé « Zizou » par ses coéquipiers tant ses talents techniques les faisaient marrer, a laissé la place à Jordi Alba dans le couloir gauche. Ce qui donne une idée du réservoir.

Buffon : « Contre l’Espagne, on accepte plus facilement de perdre »
On disait les représentants de la péninsule ibérique rassasiés, à bout de souffle, il continuent de se bonifier. Sans toucher aux gènes et à l’ADN maison. C’est sacré. Les Espagnols répètent toujours les mêmes gestes, cultivent leur différence et travaillent leurs points forts. Ça s’appelle de la conviction, de la force ou un peu des deux et ça signifie beaucoup. Réduite à dix après le claquage de Thiago Motta (le sélectionneur transalpin Cesare Prandelli avait déjà effectué ses trois changements), la Squadra en fit les frais. Mais Gianluigi Buffon, capitaine modèle, injectait un peu de relativité. « Quand c’est contre l’Espagne, on accepte plus facilement de perdre. On dit qu’il faut gagner en finale mais là, nous avons affronté une équipe d’une valeur inestimable. »
L’Italie a joué son jeu et contrarié la possession hégémonique des champions du monde comme personne dans le tournoi. La Squadra est l’équipe qui a le plus chahuté la domination des Espagnols. Mais elle est aussi celle qui a pris la plus grosse déculottée. Le masque des statistiques tombe très vite face à la sérénité de cette Roja-là, quasiment injouable quand Xavi et Iniesta se mettent au diapason. Quand Sergio Ramos, le meilleur arrière droit du monde, devient le meilleur défenseur central du monde. Quand Iker Casillas, le capitaine, couvre à ce point les espaces. Quand le ballon s’échappe, tout simplement, tourne et virevolte. Intouchable.
Cesare Prandelli n’a pas cherché foule d’explications. « Nous sommes tombés face à la meilleure équipe du monde. A partir du moment où nous nous sommes retrouvés à dix, c’était fini. On a bien essayé de réagir avec deux ou trois occasions mais ils nous ont dominés pendant tout le match. On ne peut que les féliciter. » Jamais une finale d’un tournoi majeur ne s’était clôturée sur un tel score. Iker Casillas voulait le souligner. « Nous avons rendu facile ce qui était difficile. Certains peuvent penser que ce 4-0 contre l’Italie était facile parce que le match a donné cette impression mais nous sommes vraiment allés en progressant dans ce tournoi. Des critiques ? Il y en aura toujours car nous avons placé la barre très haut. »
Vicente Del Bosque devient le second entraîneur à conquérir le titre européen et le titre mondial. Il rejoint l’Allemand Helmut Schön (Euro 1972 et Coupe du monde 1974). En revanche, il est bien le seul à avoir remporté la Coupe du monde, l’Euro et la Ligue des champions (en 2000 et en 2002 avec le Real Madrid). Toujours aussi flegmatique dans le triomphe, il marquait, lui aussi, un temps d’arrêt pour profiter et relativiser. « Avant toute chose, je voudrais rappeler que tout le monde perd parfois. L’Italie a réalisé une grande phase finale mais elle a été handicapée par la blessure de Thiago Motta. Je ne veux surtout pas sous-estimer cette équipe. De notre côté, nous avons bien joué. Notre succès est historique. C’est une telle génération de joueurs… Ils ont des racines et savent comment jouer parce qu’ils viennent d’un pays qui sait comment jouer. Nous avons gardé confiance en ce que nous faisons depuis des années. »

La décla
« Ils avaient fait l’histoire avant. J’ai réussi à la faire avec eux. Je n’y crois pas encore mais je vais m’y habituer. »
Jordi Alba

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