Équipe de France

Rétro Euro 2012 : Bento-Ronaldo, le ticket gagnant

Quarts de finale, République Tchèque 0-1 Portugal. Le sélectionneur du Portugal ne s’est pas fait que des amis depuis sa prise de fonctions. Mais la Selecçao gagne et Cristiano Ronaldo y brille enfin, alors…

Le 20 juin, il a soufflé ses 43 bougies. Trois jours avant que Zinédine Zidane ne fête ses 40 piges. En demi-finales de l’Euro 2000, à Bruxelles, il était donc le seul trentenaire des deux. Cela s’était un peu vu, tant Zidane avait survolé les débats lors de cette demie qui restera comme l’un de ses matches les plus aboutis en Bleu. A Bruxelles ce soir-là, Paulo Bento (35 sélections) avait cogné son popotin par terre plusieurs fois, victime du génie Zizou. Douze ans après, Zinédine s’est contenté de donner un petit pronostic par téléphone, sur Canal+, pour le quart de finale France-Espagne. Bento, lui, avait posé ses fesses sur un banc. Sélectionneur du Portugal, déjà. Il faut dire que Paulo est un homme pressé.
En 2010, alors que Carlos Queiroz affronte une véritable tempête médiatique pour avoir empêché la tenue d’un contrôle antidopage lors de la Coupe du monde 2010 (et sachant que les résultats ne suivent pas), la Fédération sonde José Mourinho. Non ferme et définitif du Real Madrid. Bento, qui officie depuis cinq ans au Sporting Lisbonne, sort alors de sa boîte. Tout le monde voit un intérimaire ? Pas lui. Deux ans plus tard, il a redonné des couleurs à la Selecçao en imposant ses valeurs et ses méthodes, ne concédant qu’une seule défaite durant la phase éliminatoire du championnat d’Europe, contre le Danemark. Paulo n’accorde aucun passe-droit. Il fait des choix, certains très forts, et les assume. En plein stage, Ricardo Carvalho quitte la sélection, mécontent d’enfiler la chasuble des remplaçants la veille d’un match. On n’a jamais revu « le déserteur », comme l’a surnommé Bento. Ne parlez plus du Portugal à José Bosingwa. Celui qui fut un temps considéré comme l’un des meilleurs latéraux du monde ne veut plus y jouer tant que Paulo Bento en sera le patron.

Paulo Bento sur les traces de José Mourinho
Joao Pereira, Miguel Veloso, Joao Moutinho… Au royaume de Bento, le nom et le clinquant ne sont pas rois. Paulo a modifié génétiquement son groupe. Il lui a inoculé la haine de la défaite. Ça se voit et se sent. Il suffisait de regarder Pepe et Bruno Alves couper tout ce qui bouge avec une assurance et une solidité impressionnantes. Ce fut sans doute l’une des meilleures charnières centrales de l’Euro 2012. On pouvait aussi se régaler des courbes et des droites de Nani, inarrêtable balle au pied comme sans, d’ailleurs. Et puis il y a « CR7 ». Ronaldo, si décrié au pays. Cristiano qui brille de mille feux au Real Madrid mais qui n’allumait jamais rien avec le maillot du pays. Durant cet Euro, il a enfin illuminé le paysage avec un paletot grenat sur le dos. On a attendu longtemps. Mais cela valait le coup.
Après un doublé contre les Pays-Bas au 1er tour, il envoya le Portugal en demi-finales d’une reprise de la tête magique. Même le grand Petr Cech dut s’incliner devant tant de puissance et de précision. Après seulement quatre matches, Cristiano Ronaldo était l’homme qui avait le plus frappé au but au cours d’un Euro (29 tirs dont 14 cadrés). Un but comme un symbole. Il fit hurler Eusebio et bondir Luis Figo, assis l’un à côté de l’autre en tribune présidentielle, avec Michel Platini. C’est sous leurs yeux et au meilleur moment que Cristiano a repris le flambeau.
Le Portugal peut dire merci à Paulo Bento, sur le terrain avec Figo en 2000, à Bruxelles. Devenu entraîneur, il marche dans les pas d’un certain José Mourinho. « Si vous me demandez si je suis fier, je vous réponds que oui car nous avons été fidèles à l’esprit que je veux donner à cette équipe. On commence à avoir une vraie identité de jeu. Notre philosophie est simple. Quoi qu’il arrive, quelles que soient les galères dans lesquelles nous nous trouvons, il est toujours possible de changer le cours des choses. » Du « Mou » tout craché.

Un joueur : Joao Moutinho, le moteur tout-terrain
S’il répète à l’envi que Cristiano Ronaldo est « un formidable leader », Joao Moutinho devient, au fil des rendez-vous internationaux, un formidable relayeur. Le meneur de jeu du FC Porto partage les tâches avec Raul Meireles et ça fait des étincelles. Par leur faculté à s’insérer entre les lignes et à trouver la profondeur grâce à leur qualité de passe, ils sont de parfaits « lanceurs de jeu » pour Nani et « CR7 ». Toujours discret quand il pointe le museau en sélection, Moutinho a capté davantage de lumière pendant le championnat d’Europe. Paulo Bento, qui l’avait connu au Sporting avant qu’il ne rejoigne Porto, lui a confié certaines clés. Pas tout le trousseau, peut-être, mais déjà bien assez pour que le petit gambade aux quatre coins du terrain, avec toujours la même efficacité. On appelle ça un « rouage » ou un « relayeur ». Il est aussi un moteur au milieu. Et le moteur tourne hyper bien !

Un chiffre : 20
Cristiano Ronaldo est le joueur qui frappait le plus dans le tournoi (14 tirs cadrés, 15 hors cadre au stade des quarts). La différence entre les deux équipes, dans ce domaine, explique en partie le résultat final. Les Portugais ont frappé 20 fois au but et 5 fois dans le cadre. Deux frappes seulement côté tchèque, aucune cadrée (le pire total depuis le début du tournoi). Eloquent.

Une décla
« Lorsque j’ai pris cette équipe en charge, si quelqu’un m’avait dit que nous serions en quarts de finale à l’Euro, après tout ce qui s’est passé lors des qualifications, je ne l’aurais pas cru. C’est déjà une grande fierté d’avoir atteint ce niveau de la compétition. »
Michal Bilek

Une info
Pas vernis, les Portugais. Lors de leurs quatre premières rencontres, ils ont touché à six reprises les montants (dont quatre fois pour le seul Cristiano Ronaldo !). Jamais une équipe n’avait autant touché du bois dans toute l’histoire de l’Euro…

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