Équipe de France

Rémy Cabella, l’échappée belle

Longtemps dans l’ombre de Younès Belhanda mais partie prenante du sacre de Montpellier en 2012, le natif d’Ajaccio a trouvé la bonne carburation. Ascendant champion.

Entre résignation et provocation, Louis Nicollin n’avait pas été tendre à l’égard de Mapou Yanga-Mbiwa quand son capitaine décida, fin janvier, de rejoindre les Magpies de Newcastle. Enfin, de quitter « sa » Paillade. Toujours à l’aise dans les métaphores, les plus subtiles (ça lui arrive) comme les plus lourdes (ça arrive plus souvent), le patron héraultais avait parlé « d’un âne ». Ce n’était pas gentil mais ce n’était pas tout. Dans la foulée, Loulou la terreur y était allé d’un petit aveu. « Mapou, Belhanda, qu’ils s’en aillent, on peut vivre sans eux. Ça m’aurait fait un peu plus ch… que des gars comme Stambouli ou Cabella veuillent foutre le camp. C’est des bons mecs, ça, on est content de continuer avec eux. Pour moi, c’est clair, à part Cabella, Stambouli et un ou deux autres, la porte était ouverte à tout le monde. »
Vrai changement de statut pour le « petit » de Montpellier, sorte de Mathieu Valbuena en plus frêle, la crête de Neymar en plus. La comparaison avec le Marseillais s’impose : tout a toujours été facile avec un ballon pour Rémy et les choses sont devenues beaucoup moins rigolotes au moment de passer professionnel. Arrivé à Montpellier à 14 ans pour y effectuer sa dernière année de préformation avant d’intégrer le centre, Cabella gravit quatre à quatre les marches de la Paillade, vue sur la butte de Grammont. Des 14 ans fédéraux aux 18 ans nationaux, il trace sa route. Quelques grammes de CFA par-ci, un grain de folie par là. Le 9 mai 2009, avec Stambouli et Belhanda justement, il remporte la Coupe Gambardella face au FC Nantes (victoire 2-0, un but de Cabella).

Autant manieur de ballon qu’adepte du dribble
Tout roule pour ce frère de jeu de Younès, autant manieur de ballon qu’adepte du dribble. Dans la foulée, il signe pro. Nous sommes en juillet 2009. René Girard débarque et se dit fier de rejoindre « le vivier de Montpellier qui vient de remporter la Gambardella ». Mais ça s’enchaîne mal pour Rémy. Les rythmes de travail, rythmes de courses, rythmes de tout ne sont plus les mêmes à l’étage du dessus. Il se blesse à l’entraînement dès le mois de septembre et doit se faire opérer du ligament antérieur du genou droit. A peine pro, déjà sur le flanc. Une opération lourde pour un kid de 19 piges. Elle le tiendra éloigné des terrains et donc de sa nouvelle réalité de longs mois. Une épreuve pour le corps et la tête.
Cabella patientera jusqu’au printemps 2010 pour découvrir l’atmosphère de la Ligue 1. Il figure pour la première fois sur la feuille de match, s’assoit sur le banc du stade Léon-Bollée au Mans mais n’entre pas en jeu. L’aventure pro se poursuit chez le voisin fraîchement promu, Arles-Avignon. Il est prêté pour s’aguerrir. Encore blessé en début de saison (quadriceps), Rémy doit attendre la 16e journée pour connaître le grand soir. Mais il ne tarde pas à faire parler de lui puisqu’il cumule 18 apparitions sur une moitié de saison.

« C’est beau de se dire qu’à 22 ans, on a été champion de France »
Retour à Montpellier, les jambes affûtées, certes, mais dans l’ombre de Younès Belhanda qui a pris le leadership du jeu languedocien. Rémy fait profil bas, prend ce qu’on lui donne, donne toujours tout ce qu’il a. Et ça se voit. C’est plus proche du tricot que de la copie propre. Son modèle, c’est Cristiano Ronaldo. Forcément, ça déteint. « J’ai grandi, se défend-t-il, je suis plus sobre sur le terrain. J’ai compris certaines choses. » Cabella se réfère toujours au cercle le plus proche. Les racines corses, la fratrie. « Mes parents m’ont soutenu en permanence. Footballeur, c’était mon rêve à moi. J’ai eu de la chance. Mais le foot, ce n’est pas le Loto. La réussite ne dépend que de nous. Ça fait rêver, oui, mais quand tout va bien… » L’un de ses deux frères vit avec lui et s’occupe de ses affaires. « Je sais qu’il ne me ment pas. » Louis Nicollin n’a pas cessé de pester contre ses ouailles tout au long de la saison 2012-13 mais il avouait un faible pour le titi d’Ajaccio. « Il y a eu un déclic avec ce petit. Je ne dis pas que je ne l’aimais pas avant, il y avait un truc, je ne le sentais pas… Et je sais que je l’aime aujourd’hui. »
Dans l’ombre de Belhanda, Cabella traînait l’image d’une jeunesse un peu trop décomplexée. « Moi, j’aime rigoler, me montrer. Ce n’est pas mal accepté mais j’ai pris conscience que ça pouvait être mal interprété. Je me tempère un peu. » Il épure aussi sur le terrain. « J’ai longtemps cru que le coach ne m’aimait pas alors que je méritais, selon moi, de jouer. J’ai pris sur moi. Au lieu de râler parce que je ne rentrais que 5 minutes, je me suis mis à les jouer à fond, ces 5 minutes. Et ç’a changé tout. »
René Girard, qui l’a longtemps laissé sur le banc, s’en souvient très bien. « Il avait très envie de jouer mais je lui demandais d’être patient. Il a un côté hyper intéressant car il est virevoltant. Malgré son petit gabarit, il a un gros volume de jeu. Il va vite, il est adroit. Il grandit et franchit les paliers. Il est en train de trouver son identité en termes de jeu. » Sur la carte, il y a un titre en plus d’une Coupe (Gambardella). « C’est beau de se dire qu’à 22 ans, on a été champion de France et qu’on a disputé la Ligue des champions… Il y a des joueurs qui attendent ça toute une carrière. » Insolent, va !

Parmi les meilleurs passeurs du championnat
Avec 5 passes décisives après 22 journées, Rémy figurait parmi les meilleurs passeurs de Ligue 1. Steed Malbranque (7) était un leader à portée de vue. Cabella a finalement terminé 19e avec le même total. La première moitié de saison des Pailladins, loin d’être parfaite, éclairait encore un peu plus la performance du n°20 héraultais, engagé dans près de 30% des buts de son équipe.

Profil
■ Né le 8 mars 1990 à Ajaccio
■ 1,71 m, 68 kg
■ Milieu
■ Roadbook : Montpellier (2009-10), Arles-Avignon (2010-11), Montpellier (depuis 2011)
■ Palmarès : Champion de France avec Montpellier en 2012

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