Équipe de France

RC Toulonnais 2014, la machine à gagner

Après avoir réalisé le doublé européen, Toulon, formidable machine à broyer l’adversaire, s’est enfin ad­jugé le bouclier de Brennus en 2014. Cette écrasante réussite est aussi celle d’un vendeur de rêve accompli, Mourad Boudjellal. Un homme comblé mais toujours pas rassasié…

L’histoire se déroule dans l’hôtel des Toulonnais à Paris. Après avoir réussi le doublé européen à Cardiff, face aux Saracens (23-6), les Rouges et Noirs tuent le temps, tout en récupérant. Ils enchaînent les séances de cryothérapie entre le Pays de Galles, qu’ils quitteront tardivement, et la capitale, où est programmé un unique entraînement terrain. Les Varois ne veulent pas louper une seconde fois leur rendez-vous avec la gloire pour le remake de la finale du Top 14 2013 face à Castres.

Boudjellal: « J’ai fait ce que j’avais promis, j’ai changé le destin de ce club »
Jonny Wilkinson sait qu’il va livrer son dernier combat. La pression est à son comble. Mourad Boudjellal et Bernard Laporte sentent la moutarde monter au nez de leurs « Galactiques ». Ils décident de réunir tous les joueurs en huis clos. Tout le monde doit dire, devant les autres, ce qu’il a à dire à Wilkinson, jugé quelque peu fébrile. Suivent vingt minutes pleines d’émotion où même les plus costauds fondent en larmes. A chacun son couplet. On dépasse allègrement le cadre du sport. Il est aussi question de relations humaines.
Toulon reste une famille, plus qu’une armada de super internationaux réunis dans la « Dream Team » que le président Mourad Boudjellal, dans les bureaux, et le manager Bernard Laporte, sur le pré, ont assemblée au fil des mois. Leur soif de victoires est enfin étanchée. En remportant le Top 14 une semaine après avoir conservé son titre de champion d’Europe, le RCT a réussi un incroyable doublé. Seul Toulouse l’avait réalisé en 1996. Précisons que les Anglais ne jouaient pas la Coupe d’Europe cette année-là. Le bouclier de Brennus revient, comme promis par le président Boudjellal, sur la Rade 22 ans après. Jonny l’icône peut se retirer avec le sentiment du devoir accompli. L’ouvreur anglais a inscrit 15 points dans la victoire 18-10 sur le tenant du titre castrais. Dont un petit drop à la Wilkinson.
Ce Toulon était injouable. Machine à broyer l’adversaire, annihilant toute tentative d’invasion dans son camp. Le travail était fini au pied, comme un symbole. Domination écrasante, implacable. C’était écrit. La saga varoise est aussi celle d’un homme dont rien ni personne ne pouvait stopper l’irrésistible ascension. Mourad Boudjellal. Flambeur, flingueur, provocateur mais toujours passionné. Ambitieux et audacieux. Le big boss du RC Toulonnais a fait souffler un petit vent de folie sur le Top 14. Le personnage dérange. Son franc-parler agace. Mais sa réussite fait inévita­blement envie…
Dans le monde de la BD (son premier métier, en tant que patron des éditions Soleil) comme dans le milieu du rugby, avec son RCT chéri, il était là pour vendre du spectacle, de l’évasion, du rêve. Fin connaisseur de l’ovalie et redoutable négociateur, il a tout osé, s’est tout permis. Mourad était fan de Toulon depuis les années 70. Il a bâti, en six ans, l’équipe la plus fabuleuse de la planète rugby. En partant de loin. Boudjellal avait vidé son portefeuille pour faire venir dans le fin fond de la Pro D2 le capitaine des All Blacks Tana Umaga, l’Australien George Gregan, qui était à l’époque le joueur le plus capé de l’histoire, et l’emblématique Springbok Victor Matfield. Après la remontée en Top 14 suivirent Matt Giteau et Bakkies Botha, sans oublier Sonny Bill Williams.

Boudjellal : « J’ai un modèle économique, où l’engouement est indispensable »
Mourad Boudjellal prend des risques et tente des paris fous. Comme lorsqu’il fait venir Juan Smith, condamné à la retraite, ou Jonny Wilkinson, blessé depuis des lustres. « Un soir à Dax, où on jouait le maintien, j’ai reçu le 25e mail de son agent, raconte le président varois. Jonny faisait tout le temps changer une virgule ou deux. Mais là, quand j’ai ouvert la pièce jointe, j’ai vu que le contrat était signé. C’était magique… J’étais le seul à le savoir. Ce jour-là, j’ai eu l’ambition de devenir champion de France. Tout s’est construit autour de lui. J’ai fait ce que j’avais promis, j’ai changé le destin de ce club. »
C’est lui qui décide. A l’émotion, à l’instinct. N’en déplaise aux vieux pardessus du rugby français qui fixent un salary cap ou des limites de joueurs étrangers. Autant d’obstacles contournés par ce fils d’immigrés de 55 ans élevé dans le « Petit Chicago ». Lorsqu’on lui demande s’il se sent aujourd’hui accepté dans le milieu du rugby tricolore, entre un « pilou pilou » endiablé et un feu d’artifice de bises, le trublion s’en donne à cœur joie : « Peut-être que ça va venir. Pendant quatre jours, je me suis payé une chambre dans un Novotel à 145 euros la nuit. Des dirigeants du rugby que je ne nommerai pas ont dormi dans des quatre étoiles et mangé, midi et soir, dans des restaurants étoilés. Si c’est ça, les valeurs du rugby… »

Boudjellal : « J’ai une idée dans la tête, une idée de fous… »
Mais au moment de savourer le titre en Top 14, l’homme de cœur et de passion reprenait le dessus. « C’est un truc incroyable ! Cette soirée de champion, je l’ai vécue 50 000 fois, comme un fantasme, un truc impossible… Et là, t’as l’impression de la revivre une 50 001e fois. Je l’ai dit, j’étais venu au RCT pour changer son destin. J’ai l’impression d’avoir réussi puisqu’il est champion de France et champion d’Europe. Je suis Toulonnais, j’ai fait ça pour ma ville. Je me l’étais juré quand ça n’allait pas bien. Je m’étais juré de rapporter le Brennus à Mayol. »
La mission accomplie, le rêve réalisé, que reste-t-il de nos amours, que reste-t-il de ces beaux jours ? Toulon peut-il encore aller plus loin, plus haut, plus vite ? Le joueur Jonny Wilkinson s’en est allé, le leader a intégré le staff rouge et noir pour donner de précieux conseils. Certains cadres ont de l’âge, ils sont restés un an de plus pour savourer. Après… Toulon ne s’interdit rien. « Pour entretenir l’énorme dynamique qui est la nôtre depuis des années, il faut pouvoir s’appuyer sur un effectif conséquent, reprend le n°1 varois. C’est la raison pour laquelle j’essaierai de réussir le plus gros truc que j’aie jamais tenté. J’ai une idée dans la tête, une idée de fous. J’ai envie de signer les Quatre Fantastiques… Cela fait partie de la réflexion. Je suis condamné à faire très fort pour continuer sur la voie qu’on a tracée. J’ai un modèle économique, où l’engouement est indispensable. C’est le moteur, c’est le sang. Mais pour durer, il faudra faire toujours plus fort. En tout. »
Sur la Rade, on parlait du demi d’ouverture Dan Carter, du troisième ligne Richie McCaw et du trois quarts centre Ma’a Nonu. Le premier a choisi le Racing 92. Le deuxième reste au pays. Le troisième est là. Le rêve continue !

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