Étranger

Rasen Ballsport Leipzig, la nouvelle place forte d’Allemagne (1)

Né en 2009, promu en Bundesliga en 2016 et nouveau venu en Ligue des champions cette année, l’adversaire de l’AS Monaco en C1 est un club in vitro à la croissance foudroyante. Attention, le taureau rouge est ailé lui aussi ! Bienvenue dans l’arène Red Bull.

Les origines
Après Salzbourg (en 2004) et New York (en 2006), Dietrich Mateschitz, milliardaire autrichien propriétaire de la firme Red Bull et ami de Franz Beckenbauer, voulait poser sa canette dans le foot allemand. Après le Red Bull Salzbourg et les New York Red Bulls, c’était une idée énergisante et limpide comme une envie de milliardaire : s’offrir un club existant, pourquoi pas une place forte et raser gratis, avec l’unique projet de coller le taureau rouge Red Bull sur les murs, les moquettes et les maillots.
En Allemagne, le taureau va prendre pas mal de coups de bâton avant de poser ses sabots dans les prés de Saxe (voir par ailleurs). Mais il conserve, fier, ses cornes. C’est en 2009 que naît donc le… Rasen Ballsport Leipzig, issu du rachat du SSV Markranstädt, un petit club amateur situé à une quinzaine de kilomètres du centre-ville, contre la somme de 350 000 euros (les clubs historiques de la ville ont tous refusé un quelconque deal).
En Allemagne, la loi ne permettant pas d’accoler le nom d’une marque à un club, le stratagème est vite trouvé : ce sera le Rasen Ballsport (littéralement : sport de balle sur pelouse). Fallait y penser. Tous droits réservés. Le club est détenu à hauteur de 49% par le groupe Red Bull Allemagne. Les autres 51% sont entre les mains d’une association sans but lucratif. Tous ses membres étaient jusqu’à la saison dernière des employés de Red Bull Allemagne…
En fait, Red Bull a pris possession de Leipzig. Très vite, le Zentralstadion (reconfiguré pour la Coupe du monde 2006, c’est là que s’est joué France-Corée du Sud notamment) est racheté. En 2010, la firme en acquiert les droits pour trente ans. A quelques hectomètres de l’église Saint-Thomas et de la dépouille de Jean-Sébastien Bach se lève maintenant la Red Bull Arena. Une politique d’investissement de plus 100 millions est annoncée. L’embryon évolue alors au cinquième échelon national. Mais en sept ans, le bébé va connaître quatre montées. Il devient en 2016 le premier club de l’ex-RDA à prendre part à la Bundesliga depuis sept ans. Le dernier était l’Energie Cottbus. C’était en 2009…

Le club le plus détesté d’Allemagne
En Allemagne, certains maillots pèsent plus lourd que d’autres et les traditions font elles aussi leur poids. Un club reste un club. Et même plus que ça. Alors, avec le RB Leipzig, sorte d’alien du XXIe siècle, on ne goûte pas du tout le côté artificiel de la chose. L’épisode du RB à la place de RB (Rasen Ballsport pour Red Bull) ne passe pas, alors que depuis 1953, la Fédération allemande interdit à un club de porter le nom d’une marque (seul le Bayer Leverkusen fait exception car il a été créé avant la règle). L’arrivée d’un milliardaire autrichien dans la Saxe façon « terrain conquis » et la progression fulgurante du projet ont très vite eu des effets communs. Indésirables mais communs : à peine était-il né que le RB Leipzig était déjà devenu le pestiféré.
De nombreux clubs de supporters boycottent les déplacements de leur équipe à Leipzig. Il existe plusieurs groupes d’opposants, dont le plus fameux et le plus important peut-être (Nein zu RB) rassemble au-delà du milieu du football. Les banderoles fleurissent régulièrement dans les stades pour exprimer la colère, le mépris et la haine ressentis à l’encontre du taureau rouge. « J’aime la bière, je déteste le Red Bull. » « Pour que le football vive, boycottez Red Bull ! » Des refrains familiers qui reviennent aux oreilles des joueurs, chaque après-midi de championnat à l’extérieur.
La palme du mauvais goût revient assurément aux supporters du Dynamo Dresde qui, l’année dernière, ont carrément balancé une tête de taureau tranchée sur la pelouse ! « Les fans allemands sont très attachés à leur équipe, explique Dirk Geyer, proche du Werder Brême. L’histoire de leur club, son maillot, son histoire, c’est quelque chose de très important, plus que le résultat immédiat. Pour eux, le RB Leipzig est un club virtuel, en plastique, une menace pour la culture allemande. Le jour où Red Bull arrêtera de cracher ses billets, les fans du RB Leipzig comprendront que le foot, c’est autre chose que l’argent : de la passion et des chants dans les tribunes. »

Quand Red Bull se rapproche de Monaco
On connaît le succès de la canette autrichienne associée à l’alcool emblématique de la Russie et de la Pologne, un truc en cinq lettres qui commence par un « V » et se termine par un « A ». Mais à Leipzig, on sait boire autre chose que le fameux vodka-Red Bull, cocktail star des discothèques du XXIe siècle. On préfère le petit lait. En fait, pour sa première participation à la Ligue des champions, le Red Bull Leipzig se retrouve face à son jumeau en termes de politique économique et sportive : l’AS Monaco.
Depuis le début de l’histoire, la firme autrichienne a une priorité : recruter de jeunes talents à fort potentiel et donc à forte plus-value à la revente. Le foot, c’est bien, mais le foot-business, c’est mieux. C’est d’ailleurs un peu plus la règle dans le land de Saxe que sur le Rocher monégasque, une règle de base qui régit la vie quotidienne à l’ombre de la Red Bull Arena : aucun joueur de plus de 24 ans ne signe au club ! Une seule exception : l’ancien Kevin Kampl, 26 ans, acheté 20 M€ à Leverkusen cet été. Mais l’exception s’explique. C’était un peu un retour à la maison pour celui qui est souvent le doyen du onze titulaire, à 26 piges donc, puisqu’il avait fait ses classes au Red Bull Salzbourg !

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