Équipe de France

Raphaël Varane, un leader et des questions

A tout juste 23 ans, le chef de défense des Bleus connaît encore quelques trous d’air. Mais il peut profiter de l’Euro pour tout régler.

C’est toujours la même rengaine avec les destins hors du commun. On attend tout, tout de suite, avec le petit nouveau, parce qu’on dit qu’il est le meilleur, parce qu’on sait qu’il est le plus fort. Enfin, peut-être pas encore mais de toute façon, parce qu’il va le devenir. Quand on raccroche le téléphone et qu’on demande à Zinédine Zidane de rappeler plus tard, parce qu’on révise son bac ES, on a forcément un destin hors du commun.
« Mon insouciance a toujours fait ma force, assure Raphaël Varane. Aujourd’hui, avec le recul, je me dis qu’il fallait être insouciant pour vivre autant de trucs en même temps et aussi jeune. Bon, honnêtement, après le coup de fil, j’ai eu beaucoup de mal à réviser ! » Insouciant ou hors du commun ? « Je préparais mon bac, j’ai visité les installations du Real Madrid, j’ai rencontré Alex Ferguson. J’ai passé les épreuves en signant des autographes aux autres élèves. C’était un peu surréaliste… »
Transféré au Real Madrid en juin 2011 – avec le bac en poche -, il en a pris l’habitude. Depuis ses premiers contrôles de balle à La Gaillette, à Lens, et depuis ses premiers pas à Santiago Bernabeu, on lui dit qu’il est le meilleur. Il vit avec. Normal, quand on devient le plus jeune buteur étranger de l’histoire du Real (en septembre 2011). Logique lorsqu’on devient champion dès sa première saison en Espagne, en ne laissant pas sa part au chien (15 matches disputés dont 9 en Liga, 4 en C1, 2 en Coupe du Roi ; 2 buts et 1 passe décisive, tout ça à 18 ans).
Classique puisqu’on le compare à Franz Beckenbauer ou Laurent Blanc pour sa classe, en général, et sa qualité de relance en particulier. Un jeune premier à la force tranquille émerge, à vingt piges, au plus haut niveau, alors que l’équipe de France se cherche désespérément une défense centrale depuis (trop) longtemps. Didier Deschamps l’a tout de suite compris. « Ce qu’ils font, à leur âge, disait le sélectionneur en 2013, au moment de lancer Raphaël Varane et Paul Pogba en bleu, est extraordinaire. Etre titulaire au Real Madrid ou à la Juventus Turin à 20 ans… Il n’y en a pas beaucoup. » Tout de suite, « DD » coche son nom en première ligne. Sa défense, ce sera Varane et les autres autour.
En héritant du capitanat à la pause, suite à la sortie de Blaise Matuidi, à Erevan, contre l’Arménie en octobre 2014, il devient le deuxième plus jeune capitaine de l’histoire en équipe de France. Pas le plus jeune ? Non : le 3 avril 1910, Etienne Jourde portait le brassard contre la Belgique à 20 ans. « Etre capitaine à mon âge, c’est un immense sentiment de fierté. Didier m’a annoncé qu’il me confiait le brassard à la mi-temps. Je me suis comporté de la même façon avec mes partenaires en seconde période. Si je suis le patron de la défense ? Non, ce n’est pas un joueur qui fait la différence, c’est toute une équipe. » Il a l’habitude, on vous dit. « Je n’attache pas d’importance à cette étiquette de leader. Je ne suis pas trop du genre à crier. En revanche, j’ai ce côté grand frère. Je vais vers mes coéquipiers si je les sens moins bien, je les replace. C’est un truc que j’ai toujours fait, même avec des joueurs plus expérimentés. » Les paroles d’un vieux briscard de 23 ans qui connaîtra, la prochaine fois qu’il enfilera le maillot frappé du coq, sa trentième sélection.
Mais il arrive encore que le jeune premier fasse son âge. Heureusement, diront les anthropologues, ou pas, répondra Didier Deschamps. Depuis la Coupe du monde au Brésil, où Mats Hummels lui a rappelé qui était le plus vieux sur l’action du but allemand, en quarts de finale, le patron n’a pas toujours dégagé un sentiment de « zénitude » dans l’axe de la défense tricolore. Il a été parfois au-dessus de tout, comme face à Cristiano Ronaldo, en octobre 2014, parfois à la ramasse, comme lors du très laborieux 3-4 de juin dernier, contre la Belgique au Stade de France. Idem au Real, où la concurrence de Sergio Ramos et Pepe le laisse régulièrement sur le carreau, même avec Zinédine Zidane sur le banc. « Mais ça ne m’inquiète pas, tempère « Zizou ». C’est sûr qu’on va toujours lui demander plus, parce qu’il n’est plus le petit jeune d’il y a trois ou quatre ans. Il s’est aguerri pour affronter ça, il en a conscience. »
Des trous d’air qui laissent de marbre, aussi, Didier Deschamps. « N’importe quel joueur peut avoir une période un peu moins bonne dans une saison mais il a joué énormément de matches. Il garde ma confiance totale. » En équipe de France, ça se traduit au niveau des chiffres. Varane est le défenseur le plus utilisé par « DD ». Une seule mi-temps au Danemark, en octobre dernier. Voilà ce qu’il a manqué depuis la Coupe du monde ! Il était donc sur la pelouse lors des deux dernières confrontations des Bleus, en mars. Deux matches, deux victoires certes, mais quatre buts encaissés. Alors, patron, pas trop inquiet ? « Non, il faut voir le verre à moitié plein. C’est positif, on a effectué un bon stage. Tout n’a certes pas été parfait mais dans l’ensemble, on peut être satisfait. On joue pour la gagne, c’est ce qui prime. C’est frustrant, parce qu’on veut toujours commettre zéro erreur, mais on va progresser là-dessus. Ce n’est pas alarmant. On va travailler les coups de pied arrêtés. C’est avant tout de la concentration et de la détermination. Il faudra peut-être revoir nos placements mais ça se joue surtout dans la tête. »
La voix est posée, sans langue de bois. Lucidité, maturité. Prêt pour l’Euro. « On sait très bien que des matches très difficiles nous attendent, avec beaucoup d’intensité. On garde la tête sur les épaules, on sait où on en est, on connaît nos qualités. Nous allons nous préparer pour arriver dans la meilleure des formes possibles en fin de saison. » Avec des ambitions plein la tête et des souvenirs, évidemment. Des coups de pied arrêtés, toujours. Un ballon qui s’élève, un Allemand qui monte au duel, le coude en avant et la chique qui va lécher les filets sous la transversale d’Hugo Lloris, trop court. « Le but d’Hummels en Coupe du monde ? Ce sont surtout les journalistes qui m’en parlent. Ça fait partie du foot, c’est aussi simple que ça. »
Le foot propose justement une revanche. En France. En quarts ou après.

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PROFIL
Défenseur central
Né le 25 avril 1993 à Lille
23 ans
1,91 m, 85 kg
Club : Real Madrid (ESP)

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VISA
29 sélections, 2 buts
Première sélection : le 22 mars 2013 à Saint-Denis, France-Géorgie 3-1 (amical)
Sélectionneur : Didier Deschamps
Expérience à l’Euro : 0 match
SA SAISON INTERNATIONALE 2015-16 :
8 matches, 675 minutes jouées
SITUATION PERSONNELLE
Sous contrat jusqu’en juin 2020. On sait que José Mourinho l’adore mais José Mourinho n’a toujours pas de banc de touche officiel et on voit mal Raphaël quitter Madrid, où il se sent comme un coq en Merengue.

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