Équipe de France

Raphaël Varane : « Le Real, c’était un choix réfléchi »

A peine débarqué, déjà dans son élément. A 18 ans et quelques mois, la révélation du printemps en L1 a enfilé la tunique du Real comme il enfourche la vie. Sans peur. Interview.

PLANETE FOOT : Raphaël, où étais-tu il y a un an ?
Raphaël VARANE :
Je venais de fêter ma première sélection avec l’équipe de France des U18 et je jouais avec la CFA à Lens.

PLANETE FOOT : Te rends-tu compte du chemin parcouru ?
R.V. :
J’en reparle régulièrement. Ça va tellement vite… C’est exceptionnel. Il faut se poser et réaliser ce qui se passe. Mon entourage m’aide beaucoup, c’est mon équilibre. Je ne change pas les habitudes, je suis toujours dans le même rapport avec ma famille. C’est mieux pour garder les pieds sur terre.

PLANETE FOOT : N’est-ce pas trop dur justement de les garder ?
R.V. :
Non. Je n’ai rien prouvé au Real. Rien n’est fait. J’y suis venu dans l’optique de bosser. Après, on verra. Je ne fais pas trop attention au côté star system. Ici, l’environnement, la pression médiatique, les supporters, tout est multiplié.

PLANETE FOOT : Comment as-tu eu connaissance de l’intérêt du Real ?
R.V. :
Par la voix de Gervais Martel. C’est lui qui me l’a appris. J’étais enchanté, honoré, surpris. J’avais eu des contacts avec plusieurs clubs mais pas en Espagne. Bon, le Real, on connaît l’envergure. C’est très flatteur.

PLANETE FOOT : Tu as hésité, ça t’a fait peur ?
R.V. :
Cela a été une période délicate. On traversait des moments assez difficile avec Lens. Je devais passer mon bac. Mais j’ai relativisé. Je me suis posé les questions calmement, j’ai bien pesé le pour et le contre. Je me suis projeté un peu. C’est moi qui ai pris la décision. Le choix du Real était réfléchi. Et jusqu’à présent, rien ne prouve que je me suis trompé. Je me sens progresser, je côtoie le très, très haut niveau. Forcément, il y a toujours, dans ces clubs-là, de la concurrence, des choix de coach. Là, c’est José Mourinho qui m’a convaincu.

PLANETE FOOT : Ce n’est donc pas Zidane ?
R.V. :
Non, Zinédine Zidane a parlé de moi à Mourinho qui s’est ensuite penché sur la question. Zidane m’a repéré. Sans lui, je n’aurais pas eu de contact avec le Real. Mais c’est José Mourinho qui m’a expliqué ce qu’il voulait faire avec moi. Et il m’a convaincu.

PLANETE FOOT : Si Lens s’était maintenu, tu serais parti ?
R.V. :
Non, je pense que je serais resté. Un an de plus en Ligue 1, dans mon club formateur, ne m’aurait pas déplu. J’ai encore beaucoup de copains là-bas. Je prends des nouvelles très régulièrement.

PLANETE FOOT : Qu’est-ce que Mourinho t’a promis ?
R.V. :
Rien ! Il m’a expliqué comment se présentait la situation. Il a été très clair, m’a dit que je ferais partie du groupe, que je serais tous les jours à l’entraînement, que j’aurais ma chance. C’est à moi de jouer.

PLANETE FOOT : Ce n’est pas qu’un départ, c’est un changement de planète. Comment le vis-tu ?
R.V. :
Oui, c’est vrai, c’est le début d’une nouvelle vie. On se pose des questions. « Comment ça va se passer, vais-réussir à m’adapter ? » Pour le moment, tout se présente bien.

PLANETE FOOT : Tu es déjà installé ?
R.V. :
Oui. Je suis dans un quartier tranquille. C’est bon, j’ai bien pris le rythme. Repas vers 14, 15h, petite sieste après, à l’espagnole. Tout est OK.

PLANETE FOOT : Quels ont été les premiers contacts ? Pas trop impressionné ?
R.V. :
Pas impressionné, non. Quand on voit des grands joueurs, on est admiratif mais il n’y a pas de peur à avoir. Je découvre un nouveau monde, les yeux grand ouverts. J’apprends. Mais le ballon ne m’a pas brûlé les pieds…

PLANETE FOOT : Comment s’est passée ton arrivée dans le vestiaire du Real, réputé intransigeant et difficile ?
R.V. :
C’est surtout la barrière de la langue qui pose difficulté. Karim (Benzema) m’aide beaucoup par rapport à l’organisation, la vie du groupe. Quelques adjoints parlent français, des kinés aussi. Tous les joueurs sont abordables. Après, je suis beaucoup dans l’observation. Il suffit de vivre avec eux pour comprendre comment ça fonctionne. Pendant les matches amicaux, plusieurs cadres m’ont bien expliqué les choses basiques. Il y a vraiment une bonne entente. Il n’y a pas forcément besoin de tout le temps parler sur le terrain, on se comprend aussi avec un petit geste, un regard. Je commence à intégrer certains automatismes.

PLANETE FOOT : A l’entraînement, as-tu déjà pété un tacle sur Cristiano Ronaldo ou bien, lui, c’est « Pas toucher » ?
R.V. :
Oh oui ! Il n’y a pas de retenue. On essaie de ne pas se blesser. Mais, même si c’est à l’amiable, on se met des coups. C’est la réalité du football. Vraiment, je ne me suis jamais freiné. Il ne faut pas se laisser marcher dessus. Il n’y a aucune animosité non plus. A tous les niveaux, c’est autre chose. Cela dit, je ne me prends pas la tête plus que ça. Je me fixe des objectifs, point.

PLANETE FOOT : Lesquels ?
R.V. :
J’ai toujours le mot « Progrès » dans le viseur. Donc, je bosse tous les jours à l’entraînement. J’essaie de m’adapter.

PLANETE FOOT : Sens-tu déjà que tu progresses ?
R.V. :
Oui, bien sûr, tous les jours. Normal quand tu côtoies ces joueurs-là. Je découvre beaucoup de choses à l’entraînement. D’autres ne s’apprennent qu’en match. Dans ce sens, les rencontres amicales m’ont servi. Le temps de jeu, c’est à moi d’aller le chercher. Mais il y a tellement de matches que j’aurai forcément ma chance.

PLANETE FOOT : Ta première à Santiago-Bernabeu contre Galatasaray ?
R.V. :
La première, c’est toujours un peu spécial. Ce sont des événements qui ne s’oublient pas. Avant le coup d’envoi, il y a eu la présentation des joueurs. J’ai savouré.

PLANETE FOOT : Y a-t-il des joueurs qui t’impressionnent plus que d’autres au Real ?
R.V. :
Physiquement et techniquement, Cristiano Ronaldo, bien sûr. Mais à tous les postes, il y a des gars top. Les meilleurs sont là. Si on veut apprendre, il suffit de regarder autour de soi. Ronaldo ? Il bosse beaucoup. Je m’inspire de lui pour travailler. Il est en salle de musculation avant les autres, il reste sur le terrain après l’entraînement. Mais je ne crois pas qu’il fasse 3 000 abdos par jour non plus…

PLANETE FOOT : Sur le terrain, c’est comment, le jeu va-t-il vraiment plus vite ?
R.V. :
Oui, il y a de l’intensité, les joueurs sont sans retenue. On sent que chacun joue vraiment sa place tout le temps. C’est l’exigence du très haut niveau.

PLANETE FOOT : Et José Mourinho, comment est-il ?
R.V. :
Il incarne l’exigence du plus haut niveau. Mais il sait partager avec ses joueurs, il communique beaucoup avec nous.

PLANETE FOOT : Zinédine Zidane ?
R.V. :
Il est plus proche du groupe cette saison. On échange régulièrement, il me donne quelques conseils et des infos par rapport à la vie à Madrid.

PLANETE FOOT : As-tu été bizuté ?
R.V. :
Non. Pas encore du moins.

PLANETE FOOT : Songes-tu à l’équipe de France A ?
R.V. :
Tout joueur de foot pense à la sélection. C’est le top. Quand on parle de progrès, voilà. Je ne dis pas que c’est l’arrivée mais c’est le couronnement de tout un travail. C’est pour cela qu’on bosse. Pour atteindre le meilleur de ses capacités. J’espère qu’elles me conduiront au Château (ndlr : la résidence des Bleus à Clairefontaine). Pour être sélectionné, il faut du temps de jeu. Si ça doit venir, ça se fera naturellement. L’âge n’est pas un critère. Ce qu’il faut, c’est être prêt. Et pour cela, il faut jouer en club. Espérer ne suffit pas.

PLANETE FOOT : Félicitations au fait pour ton bac…
R.V. :
C’est important d’aller jusque-là pour structurer les idées, se construire mentalement. Je me suis retrouvé dans une situation particulière. Avec Lens, on descend en L2 et le Real me veut. Je me suis dit : « J’ai fait l’année scolaire, je vais jusqu’au bout. » C’était un objectif personnel.

Ligue des champions, mode d’emploi
En France, on tremble à chaque tirage au sort de la Ligue des champions. Et au Real Madrid, on rigole ? On a posé la question à Raphaël. « Non, non. Quand l’OL est sorti du chapeau, il y a eu quelques petites remarques, du style : « Ah, encore Lyon… » Mais sinon, il n’y a pas de pression supplémentaire. J’ai découvert la Ligue des champions, quelque chose de grandiose que tout joueur de foot rêve de disputer, dans un club qui veut la gagner. On sent que c’est LA compétition au Real. Le tirage au sort ? Rien de particulier à signaler. Ici, à chaque match, c’est la gagne qui prévaut. » Un autre monde, vraiment.

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