Équipe de France

Profession globe-trotter

Ils jouent en majorité en attaque mais ce n’est pas qu’une question de poste. Ils sont les plus grands voyageurs de la planète foot. Pourquoi ? Que cache cela ? D’Ibrahimovic à Anelka en passant par Tevez ou Adriano, on a passé au crible la feuille de route de ces globe-trotters du foot. C’est le dossier du jour.

« On joue comme on s’entraîne. » Chez certains joueurs, l’adage favori des coaches se déclinerait plutôt comme suit : « On joue comme on voyage. » Quand la majorité des présidents des clubs de L1 se prononcent pour la suppression pure et simple du marché d’hiver, certains joueurs – et non des moindres – ne ratent pas une occasion de se transformer en globe-trotters. Problèmes relationnels ou d’acclimatation ? Incapacité à se fondre dans le moule collectif ? Incompatibilité d’humeur avec l’entraîneur ? Les raisons sont multiples. Tentative d’explication avec Charles Debris, préparateur mental spécialisé dans le football.
« Pour quelles raisons ? Chaque cas est particulier mais nous retrouvons, dans la majorité de ces situations, trois tendances générales. D’abord, il y a une sensation de mal-être du joueur. Parce qu’il n’est pas à l’aise dans son club, dans son équipe, dans la ville. Il n’apprécie pas les séances d’entraînement de son nouvel entraîneur, il n’a pas de bonnes sensations dans son stade… C’est un problème relationnel, qui touche l’homme. »

« Certains ne supportent pas l’autorité de l’entraîneur »
L’adaptation reste bien souvent le critère premier d’une réussite à venir… ou d’un départ précipité. « Un joueur qui part d’un club avec ses problèmes arrive dans un autre avec les mêmes problèmes. Chez certains, il y a une relation avec la hiérarchie très difficile. Ils ne supportent pas l’autorité de l’entraîneur. » Les forts caractères seraient donc plus enclins aux courts séjours ? Pas forcément. « Il n’y a pas que ça. Peut-être que certains ne sont pas compris, peut-être qu’on n’a pas cherché à les comprendre. » Surtout que l’approche relationnelle n’est pas seule en cause.
L’autre tendance est un révélateur. Le critère vérité. Le terrain. « Les performances du joueur, l’individu, les résultats, l’équipe tiennent évidemment un rôle essentiel dans l’adaptation à un nouvel environnement. » En cours de saison, le fusible premier reste l’entraîneur mais quand l’affaire est mal enclenchée, pas facile de revenir en arrière. Une saison ratée – l’individu – dans une mauvaise mayonnaise – l’équipe – débouche souvent sur le même résultat : un départ. « Il peut y avoir, reprend Debris, un décalage entre ce que désirait le joueur et ce qu’il vit. Parce qu’il voulait franchir un palier en rejoignant cette équipe et qu’il ne le franchit pas. Parce que le club voulait le joueur pour gagner les matches mais ne les gagne pas. » Le clash Stéphane Sessegnon-Antoine Kombouaré au Paris SG, par exemple, n’est pas survenu comme par enchantement. Le Béninois, mécontent de son temps de jeu, vivait mal ledit décalage. Il est parti à Sunderland.

L’influence de la famille
Les causes sont multiples mais le résultat souvent le même, inéluctable. Difficile de parler d’amour du maillot dans l’univers du ballon rond aujourd’hui. Quoique, Docteur Charles tempère : « Non, je crois que la notion reste. Les joueurs ont toujours leur club favori dans un coin de leur tête. Leur premier ou leur club de cœur. Simplement, dans leur cheminement de carrière, la réflexion est ailleurs. »
On touche là la troisième grosse tendance. La dernière, pas la moindre. Les données contractuelles. L’oseille, quoi. « Ça peut aussi expliquer certains départs répétés. D’abord parce que, dans la logique économique du football actuel, les joueurs sont sollicités en permanence. Soit par leurs agents, soit par leur entourage proche. Il est clair que la famille joue un rôle considérable. » Le noyau dur sur lequel s’appuyer, toujours ? Charles Debris nuance : « Souvent, le joueur est soit très bien, soit très mal conseillé. Dans le second cas, ce n’est pas délibérement mais par méconnaissance que l’on débouche sur cette mauvaise influence. »
Restent les priorités. « Un joueur préfère la sécurité d’un contrat plus long, quitte à gagner moins chaque mois par rapport à son précédent salaire. Par exemple, celui qui touche aujourd’hui 600 000 euros sur deux ans et à qui on propose 700 000 euros sur trois va opter pour la deuxième solution, même si la rémunération mensuelle est inférieure. » Les chômeurs sont de plus en plus nombreux au Pôle Emploi du foot pro. Pas plus épargnés que tout un chacun par la crise.

Tout nouveau, tout beau…
Et puis il y a la race à part et pas forcément en voie d’extinction : le vrai globe-trotter, celui qui a réellement la bougeotte. Les aventuriers. « Il ne faut pas les blâmer, poursuit le préparateur mental. Certains aimeraient se poser, trouver la stabilité mais ils n’y arrivent pas. Ils sont attirés par la nouveauté. Ils ne sont pas en conflit mais ils ont envie d’autre chose. Ils adorent l’inconnu. Comme c’est nouveau, dans leur esprit, c’est forcément bien. Mais par définition, on ne sait pas au départ si le choix sera bon ou mauvais. » Une chose est sûre pourtant, il suffit de vérifier : changer régulièrement de club fait rarement décoller une carrière. Au contraire, ça peut la cisailler.
Au final, si les tendances sont générales, chaque cas reste particulier. « Il y a aussi une interaction entre le club et le joueur qu’il ne faut pas ignorer. Il arrive qu’un joueur ne veuille pas partir mais qu’il y soit obligé. Soit parce qu’il n’y a pas eu assez de dialogue entre les différentes parties, soit parce qu’il y a trop d’argent en jeu. L’argent passe d’abord, le foot après. C’est une grave erreur. A moyen terme, les joueurs vont y perdre. La priorité, c’est de se recentrer sur le jeu. Tu te recentres, donc tu te concentres. » Sans bouger ou presque…

ETUDE DE CAS

Zlatan Ibrahimovic, dit « Looping »
Zlatan Ibrahimovic n’a jamais caché l’irrésistible amour qu’il éprouve pour sa personne. Ce goût fortement prononcé pour son ego a, depuis ses débuts, dirigé sa carrière. De l’Ajax, où il a très vite pris les rênes de l’équipe puis… la poudre d’escampette, à Milan (Inter et aujourd’hui Milan AC), où aucun recoin de la ville n’a de secret pour lui. Le géant suédois connaît très bien l’Italie puisqu’il a fait les beaux jours de la Juventus aux côtés de David Trezeguet et Alessandro Del Piero. Les deux titres de champion retirés à la Vieille Dame (2005 et 2006) pour cause de scandale Moggi ne l’ont jamais fait sourire. La rétrogradation de la Juve entérinée à l’été 2006, il n’a pas mis beaucoup de temps pour se trouver un nouveau port d’attache. Une façon de procéder qui a fortement marqué les supporters bianconeri, pour lesquels il est demeuré « le traître éternel ».
Alors que Del Piero, Buffon, Trezeguet et Nedved, notamment, firent le choix fort de rester pour jouer en Série B, Zlatan, lui, ne prit pas vraiment de gants. Bras de fer engagé, bras de fer remporté, 25 millions pour la Juve et les droits d’auteur abandonnés aux tifosi turinois : « Ora tutta quanta la curva, cantera per te, Zlatan sei un zingaro (Tout le virage chante pour toi, Zlatan tu es un gitan) ». Et son agent, Mino Raiola, d’expliquer à l’époque : « Zlatan est très bien à l’Inter mais il était très bien à la Juve aussi. Chaque été, nous faisons le point sur la situation et sur ce qu’il veut. Par exemple, en Espagne, il marquerait 40 buts par saison et aurait davantage de chances de conquérir le Ballon d’Or. »
Et sports co’, il connaît ? Vendu au Barça dans une transaction que les supporters des deux camps n’ont toujours pas bien saisi (Samuel Eto’o + 50 M€) – ni eux, ni personne d’ailleurs -, il est retourné dans le Calcio après une saison catalane qui ne restera pas dans les mémoires, sauf la sienne. Morceaux choisis au moment de son départ : « Quand j’entre dans une pièce dans laquelle se trouve Pep Guardiola, il s’en va. Je ne sais pas s’il a peur de moi. En tout cas, c’est lui qui a brisé mon rêve. Je m’en vais, je n’ai plus de temps à perdre. » Nouveau transfert, direction le Milan AC. A croire que l’Italie est décidément mieux taillée pour lui.
Mino Raiola explique : « Quand il est passé de l’Ajax à la Juventus puis de la Juve à l’Inter, Zlatan a toujours imposé sa volonté. Personne ne décidera jamais de son avenir à sa place. » Si le Suédois reste un joueur énorme, on n’est pas sûr que, sur ses maillots, les couleurs d’origine puissent revenir…

Christian Vieri, globe-trotter d’or
Leur maître à tous ! L’attaquant italien a enfilé 12 maillots différents. Du Torino, où il a découvert la Série A lors de la saison 1991-92, jusqu’à Bergame, son dernier club avant de raccrocher en 2009. Douze maillots et pas des moindres, de la Juventus Turin (champion d’Italie 1997) à l’Atletico Madrid (Pichichi 1998), de la Lazio Rome (vainqueur de la Coupe des Coupes 1999) à l’Inter Milan (meilleur buteur du Calcio en 2003). Il fallait bien qu’il passe aussi par le Milan AC. Il y resta six mois avant de se poser en Principauté de Monaco. Six mois aussi et 7 matches dont tout le landernau de la L1 se souvient. Avant Bergame, la Fiorentina et à nouveau Bergame.
Son chiffre : 5 145. Soit, en kilomètres, la distance totale parcourue par Christian Vieri au cours de sa carrière européenne. Seul l’aller-retour Italie-Espagne (de la Juventus à l’Atletico Madrid puis de l’Atletico à la Lazio) gonfle la note. La distance moyenne entre chacun de ses clubs n’est que de 395 kilomètres. Aventurier mais pas trop !

Nicolas Anelka, dit « Le pirate de l’air »
Non, Cristiano Ronaldo n’est pas le joueur le plus cher de l’histoire du foot. Les 94 millions d’euros déboursés par le Real Madrid en 2009 restent bien sûr la plus grosse transaction de l’histoire mais en transferts cumulés, le roi est français. il joue à Chelsea, marque des buts et ne devrait, de prime abord, plus remettre les pieds en équipe de France. Vous avez deviné ? Le roi s’appelle Nicolas Anelka. Champion toutes catégories avec les 128,85 millions d’euros qu’il a générés depuis le début de sa carrière professionnelle. C’est tout juste si son transfert record d’Arsenal vers le Real Madrid en 1999 (34 millions d’euros à 20 ans) fait encore parler.
Un an plus tard – et après avoir écopé d’une amende, record elle aussi, de 365 000 euros le jour de son 21e anniversaire pour avoir séché trois séances d’entraînement au Real -, il revient au Paris SG, son club formateur, contre un chèque de 32 millions. 66 millions en 12 mois et un trip Londres-Madrid-Paris. En business class, évidemment. Toujours pas heureux dans la capitale – on se souvient du fameux duo Nico et Luis des Guignols -, Anelka disparaîtra à nouveau, après une saison et demie. Liverpool, Manchester City, Fenerbahce, Bolton et Chelsea complètent (pour l’instant) ce sacré road trip. Montant de la facture : 128, 85 millions d’euros !
Au-delà de l’addition, le menu interpelle. Depuis ses débuts, l’ancien pensionnaire de Clairefontaine – qui conserve de vraies et sincères relations avec ses premiers formateurs à l’INF – a toujours véhiculé l’image d’enfant terrible du foot français. Image encore renforcée par son éviction de l’équipe de France lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, après avoir insulté Raymond Domenech à la mi-temps du match contre le Mexique. La sortie de trop ? Même pas. Anelka l’a toujours dit : l’équipe de France n’a jamais constitué sa priorité. Ses choix de carrière ont toujours été dictés soit par son clan (ses frères, lors des premières années), soit par ses aspirations personnelles, entre le feeling et les opportunités. A mi-chemin entre le choix sportif et le choix de carrière.
Il rejoint Liverpool en fin d’année 2001 avec la ferme intention de s’y imposer. Il retrouve là-bas Gérard Houllier qui fut son entraîneur en équipe de France des U19 en 1997 et Michael Owen, tout frais Ballon d’or. De quoi voir loin. Il n’y restera que six mois. A l’été 2006, ce n’est pas du tout dans le même état d’esprit que le Français rejoint Bolton. Après deux saisons à Fenerbahce, son but ultime est d’intégrer un membre du Top anglais. La suite va lui donner raison puisqu’il signe à Chelsea un an et demi plus tard. Et remplit son palmarès : meilleur buteur, vainqueur de la Cup (2009) puis champion (en 2010), douze ans après un premier titre avec Arsenal. Et la boucle est loin d’être bouclée. Son départ de Chelsea est inéluctable. Nico est annoncé aux USA, en Chine… La suite au prochain numéro.

Le montant des transferts d’Anelka
> Du Paris SG à Arsenal : 750 000 €
> D’Arsenal au Real Madrid : 34 M€
> Du Real Madrid au Paris SG : 32 M€
> Du Paris SG à Manchester City : 20 M€
> De Manchester City à Fenerbahce : 10,1 M€
> De Fenerbahce à Bolton : 12 M€
> De Bolton à Chelsea : 12 M€

Les 10 joueurs les plus chers en transferts cumulés
> Nicolas Anelka, 128,86 M€
> Hernan Crespo, 121 M€
> Zlatan Ibrahimovic, 117,8 M€
(141,8 en ajoutant les 24 millions que le Milan doit verser à Barcelone en tros échéances, en 2011, 2012 et 2013 ; le Suédois est donc le leader virtuel de la catégorie)
> Juan-Sebastian Veron, 117 M€
> Cristiano Ronaldo, 111,5 M€
> Ronaldo, 100,9 M€
> Robbie Keane, 97,7 M€
> Christian Vieri, 87,5 M€
> Zinédine Zidane, 84 M€
> Fernando Torres, 84 M€

Adriano, dit « Le bidon d’or »
Peut-être le plus gros gâchis de ces dix dernières années. Phénomène de précocité, sa puissance de feu et – surtout – sa frappe de mule en ont très vite fait l’un des meilleurs attaquants de la planète. Débarqué à l’Inter avant d’avoir 20 ans, Adriano va, dans un premier temps, s’aguerrir et confirmer tout le bien que les Milanais pensaient de lui en prêt à Florence (6 buts en 15 matches) et surtout à Parme (24 buts en 37 matches de championnat). De retour pour de bon à l’Inter, il sera pendant trois saisons l’un des plus grands. Avant de tomber dans la dépression, l’alcool et toutes sortes de produits dévastateurs.
Après un premier retour au Brésil où on l’aperçoit plus fréquemment dans les favelas et auprès des trafiquants que sur les terrains de foot, il lutte contre lui-même et pour sa survie. Mais reste très loin du joueur qu’il était. La Roma y croit quand même. 241 minutes de jeu plus tard, Adriano et ses 100 kg ont hérité du « Bidon d’or » italien, le trophée du pire joueur du championnat. Un triplé pour lui, déjà décoré en 2006 et 2007. Sauf qu’il n’y a pas de quoi en être fier.

Carlos Tevez, dit « L’Apache »
Icône de la Bombonera avec Boca Juniors, Carlos Tevez a éclaté à la face du monde en 2003 en remportant la Coupe intercontinentale face au Milan AC. Puis à nouveau, deux ans plus tard mais au Brésil, cette fois. Un comble pour un buteur argentin : il fut à l’origine du redressement spectaculaire des Corinthians, au bord de la faillite et sauvés du précipice par Kia Joorabchian, pseudo-agent et représentant du groupe d’investissement sportif MSI (Media Sports Investments). Le businessman est clair. Il dit « vouloir faire des Corinthians le Real Madrid ou le Manchester United du Brésil, une marque internationale ». Signent au club Carlos Alberto, Gustavo Nery, Javier Mascherano et Tevez, l’idole de Boca.
Entre les lignes, il faut traduire que tous ces joueurs jouent pour les Corinthians mais appartiennent à MSI. Depuis, Tevez suit les desiderata de son pseudo-mentor. Quand l’étau se referme sur les drôles de méthodes de MSI aux Corinthians, le groupe s’échappe. Tevez et Mascherano débarquent à West Ham, pointe Est de Londres. Drôle d’endroit pour une ambition. A son tour, la Ligue anglaise se penche sur les manières de Kia Joorabchian. Mascherano file à Liverpool, Tevez est prêté deux ans à MU. Montant de l’option d’achat : 25 millions de livres. Somme jugée excessive par Sir Alex Ferguson qui laisse « l’Apache » rejoindre le voisin honni de City. Il en est toujours le fer de lance après avoir fait le forcing pour obtenir son départ. Pour combien de temps ? Robert Mancini et le Cheikh Mansour l’ignorent.

Stéphane Dalmat, dit « Le mal-aimé »
Dans la catégorie « Mauvaise réputation », Stéphane Dalmat remporte sans conteste la palme. Présenté très tôt comme le nouveau phénomène du foot français, il n’a jamais confirmé toutes les promesses. En revanche, il a beaucoup voyagé. Rennes est son onzième club ! Dans l’ordre, nous trouvons d’abord Châteauroux, Lens, Marseille et le Paris SG. Le tout en trois ans et demi.
Parti à l’Inter Milan lors du mercato d’hiver 2000, il y restera deux saisons et demie (un exploit) sans jamais vraiment s’y imposer. L’Angleterre, il connaît aussi après quelques mois passés à Londres, du côté de Tottenham. En 2004, le joueur signe à Toulouse, plein d’ambition. Il n’y passera que dix mois. Direction l’Espagne et le Racing Santander. 13 matches plus tard (!), le voilà à Bordeaux. Bilan : encore 13 rencontres… Finalement, c’est à Sochaux que Stéphane Dalmat va se poser le plus longtemps. Pendant trois saisons. Il en devient même le capitaine avant de se retrouver cloué au pilori, pris dans une affaire de mœurs conjugales.
Transféré à Rennes, il avouait : « Je sais que je n’étais pas le bienvenu pour tout le monde au Stade Rennais. Je traîne ma mauvaise réputation. » S’il a beaucoup voyagé, celle-ci ne l’a jamais quitté.

Et pendant ce temps-là, Ribéry…
Après six clubs en quatre ans (Boulogne, Alès, Brest, Metz, Galatasaray et Marseille) de 2001 à 2005, le début de carrière du n°7 du Bayern lui offre une place de choix au rayon des grands aventuriers. Il symbolise aussi la personnalité et le caractère du bonhomme qui a longtemps galéré dans l’anonymat du National avant d’exploser en accéléré (Metz, Galatasaray, Marseille en une seule saison). Le concernant, le débat se place aujourd’hui à un autre niveau.
D’abord parce que, depuis son arrivée à Marseille à l’été 2005 et l’affirmation de son talent différent, Franck a montré certaines valeurs de fidélité à ses clubs respectifs. Comme en 2006 où, malgré l’insistance de Jean-Michel Aulas en pleine Coupe du monde (« J’ai remarqué un bon ailier droit que je verrais bien à Lyon »… C’est tout juste si le président lyonnais ne faisait pas son marché dans les zones mixtes des stades allemands), il reste à Marseille, pourtant pas qualifié pour la Ligue des champions. L’épilogue intervient à Berne, en Coupe Intertoto, après un tête-à-tête avec Robert Louis-Dreyfus. Entre grandes personnes.
Transféré au Bayern pour 30 millions d’euros (26+4 de bonus) en 2007, il prend une dimension supplémentaire en Bavière, devenant « Kaiser Franck », le meilleur joueur du championnat. Courtisé par le Real Madrid et Chelsea, il devint l’un des joueurs les plus chers du monde. C’était avant l’affaire Zahia et la Coupe du monde en Afrique du Sud. 2010, une année pourrie au cours de laquelle le Bayern a été, au final, son plus solide allié. Il le sait. Jean-Pierre Bernès, son agent, aussi. « C’était très important pour Franck de se sentir soutenu par son club, explique Bernès. Le Bayern lui a montré toute sa force, sa puissance mais aussi sa classe et sa fidélité. »
Aujourd’hui, Ribéry parle tout simplement de finir sa carrière à Munich.

LE COIN DES FIDELES

Le Tour de France des fidèles
Ils ont joué plus de 400 matches sous le même maillot en Première division.
> Jean-Luc Ettori, 602 matches avec Monaco
> Henri Michel, 533 matches avec Nantes
> Jean-Paul Bertrand-Demanes, 531 matches avec Nantes
> Loïc Amisse, 503 matches avec Nantes
> Claude Puel, 486 matches avec Monaco
> Serge Chiesa, 475 matches avec Lyon
> Eric Sikora, 433 matches avec Lens
> Philippe Hinschberger, 430 matches avec Metz
> René Hauss, 421 matches avec Strasbourg

Le Tour du monde des fidèles
Il reste encore dans le football moderne quelques exemples de fidélité longue durée. Enfin, des exceptions plutôt. Casting.
> Paolo Maldini, le maître
Sous le maillot du Milan, le maestro a disputé 647 matches de Série A et 8 finales de Ligue des champions (5 fois vainqueur). A son palmarès, on trouve encore 7 titres de champion d’Italie, 5 Supercoupes d’Europe et 2 Coupes Intercontinentales. Bah oui, on ne disait pas Mondial des clubs à l’époque.
> Alessandro Costacurta, l’ancêtre
Une saison à Monza (Série C) en 1986-87 pour se lancer et puis c’est tout. Costacurta a juré fidélité au Milan AC, où il a été formé. 399 matches de Série A, 49 en Coupe d’Europe. A la fin de sa carrière en 2007, il était le plus vieux joueur du Milan sur un terrain, à plus de 41 ans. Avec des protège-tibias en bois ?
> Javier Zanetti, le roc
Première recrue du président Massimo Moratti en 1995, il a dépassé Giuseppe Bergomi et ses 519 matches sous le maillot de l’Inter. « C’est un type extraordinaire », dit de lui Bergomi qui était le capitaine lorsque Zanetti est arrivé d’Argentine (Banfield).
> Raul, le Raul Madrid
Le meilleur buteur de l’histoire de la Ligue des champions prouve qu’il est un monstre de compétition avec Schalke. Il a aussi prouvé, pendant 16 ans passés à la Maison Blanche, qu’il était LE monstre du Real. Meilleur buteur de l’histoire du club (mieux que les 107 d’Alfredo Di Stefano), Raul est également le joueur qui a disputé le plus de matches sous le maillot castillan (il a effacé les 711 de Manuel Sanchis).
> Francesco Totti, le loup
20 ans de Roma, ça vous classe un joueur. Lui est devenu inclassable. Dans la Ville éternelle, Totti détient tous les records. Capes en Série A, sélections italiennes, buts et nombre de derbies face à la Lazio. Fuoriclasse !
>Steven Gerrard, Red dingue
Le joueur emblématique par excellence. Débuts à 18 ans à Anfield. Gerrard bascule dans la légende lors de la finale de la Ligue des champions 2005 contre l’AC Milan. Fidèle parmi les fidèles, il ne lâche pas son brassard de capitaine. A Bucarest, contre Unirea, il est devenu le meilleur buteur britannique en Coupe d’Europe (33), effaçant des tablettes Alan Shearer, Bobby Charlton, Ryan Giggs et George Best. Tout ça sous le même maillot.
> Carles Puyol, le Catalan
Bien sûr, c’est plus facile de jurer fidélité quand on naît au Barça mais quand même… Avec sa tronche de furieux et son brassard autour du bras, Puyol a parfaitement incarné l’âme du Barça. Il est aussi le seul avec Sergio Busquets à compter plus de 20 victoires consécutives (21) sous le maillot blaugrana.
> Iker Casillas, le garant
Il a disputé à Saragosse son 400e match sous les couleurs du Real Madrid. Ils ne sont que 9 dans ce cas. Et Casillas est le seul gardien de but de ce cercle très, très fermé. Raul, le recordman toutes catégories (550 matches), avait atteint la barre des 400 à 28 ans. San Iker en a 30, il joue dans les cages et son contrat court jusqu’en 2017.
> Ryan Giggs, l’éternel
Giggs marque son 100e but sous le maillot de MU en décembre 2007. Il bat le record de Sir Bobby Charlton et devient le joueur le plus capé de l’histoire du club (759e match) un soir de finale de Ligue des champions 2008. Le Gallois est tout simplement le joueur le plus titré du monde du foot. Et ça continue encore et encore… Il a élu meilleur joueur de l’histoire de Manchester United par les supporters après plusieurs semaines de vote. Best, Charlton et Cantona n’ont qu’à bien se tenir. « Pour être honnête, j’ai du mal à y croire », réagit-il. Pas nous.

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