Étranger

Pierre-Emerick Aubameyang, le mélange des cultures

A 24 ans, le fils de Pierre, capitaine emblématique du Gabon qui l’avait fait signer au Milan AC quand il n’était que junior, s’est définitivement fait un prénom dans le chaudron bouillant de Saint-Etienne. Le chemin a été long, parfois tortueux. Itinéraire de la nouvelle recrue du Borussia Dortmund.

C’est une histoire de famille mais pas une filiation pure et dure. Pierre Aubame, rugueux défenseur central, voire intraitable sentinelle, découvrit la Division 1 au stade Francis Le Basser de Laval un soir où le club recevait l’OGC Nice. Pierre-Emerick n’était pas né. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’il vit le jour, toujours en Mayenne. C’est là que s’écrivit le début de son histoire. Il y retourne souvent. « Oui, je suis régulièrement là-bas. Il y a ma mère, une partie de ma famille. J’aime cette ville et la région. Je suis plutôt un campagnard. »
C’est donc là que le foot devient son quotidien. Papa est pro. La voie du petit est toute tracée mais le chemin est tortueux. Heurté comme la carrière du père qui zigzague. Sur son CV : Toulouse, la Colombie (junior) et même l’Italie (Trieste). Et puis Nice puis le retour à Laval. Un vrai jeu de pistes. Lui était plutôt tourné vers les tâches défensives. La seule chose qui intéresse le kid, c’est l’attaque et le but.
A la retraite, papa travaille avec le Milan AC. Profession dénicheur. Et bon vendeur, apparemment, puisqu’il convainc les dirigeants lombards d’engager le fiston. Adriano Braida est séduit par sa vitesse de course, épatante pour son âge. Pierre-Emerick s’illustre dans un tournoi de jeunes particulièrement réussi, où il inscrit 7 buts et termine meilleur buteur de la promotion. Il passera professionnel à Milanello. Le début de la grande aventure.
Aubameyang Jr est prêté dans la foulée à Dijon, en Ligue 2. Première année pleine (8 buts inscrits en 37 matches). Il se retrouve à l’étage au-dessus la saison suivante. Toujours prêté par Milan mais en Ligue 1 et pas n’importe où. « PEA » pose ses crampons à Luchin où Rudi Garcia a décelé son potentiel. Le coach lillois compte l’associer à Eden Hazard aux avant-postes. A 20 ans, la marche est un peu trop haute. Pierre-Emerick a du mal à exister. Il prend part à 14 rencontres de championnat et ne trouve le chemin des filets qu’à deux reprises.
Lille le voit repartir à Milan puis rebondir à Monaco. Guy Lacombe aime le cocktail potentiel-jeunesse-explosivité. A 21 ans, « PEA » dévore les matches mais il n’arrive toujours pas à s’accommoder de l’exigence inhérente à son poste. On lui demande de marquer et il ne marque pas. Deux petits buts en 19 apparitions. Nouveau changement de crèmerie. La dure loi du sport. La dure loi du prêt. C’est à Saint-Etienne qu’il pose, cette fois, ses valises.

« Je suis un mec qui vit son rêve de gosse sans se prendre la tête »
Amateur de grosses bagnoles, il adore avaler les kilomètres au volant. A « Sainté », il est obligé de changer la couleur de son Aston Martin : vert pomme ! « C’est juste un film collé, je peux l’enlever », précise-t-il le sourire aux lèvres. Pierre-Emerick aime la couleur, ce qui flashe. Il revendique un petit côté bling-bling mais refuse l’étiquette du mec qui a pris la grosse tête. « Je ne suis pas un m’as-tu-vu. Je me fais plaisir pour moi, pas pour épater la galerie. Oui, j’aime les fringues, oui, je gagne beaucoup d’argent, mais j’ai énormément bossé pour arriver là et je travaille encore beaucoup. Aujourd’hui, je savoure. Ma personnalité, c’est le mélange de mes deux cultures, l’une africaine, l’autre lavalloise. Ça donne ce que je suis. Un mec qui vit son rêve de gosse sans se prendre la tête. Tant que ma famille ne me dit pas « Tu as changé », le reste compte peu. »
Son père, toujours très proche, lui apporte une aide très précieuse. Sa mère veille et n’a pas besoin de dire grand-chose. « Elle a toujours vécu avec moi, elle fait attention à tout ce que je fais. Elle est le secret de ma réussite. » Car le temps où Pierre-Emerick était raillé pour son manque d’efficacité devant le but, ses énormes occasions manquées, est révolu. Ses six premiers mois à Saint-Etienne ont changé la donne. Les Verts ont mis le paquet pour conserver, sous la forme d’un nouveau prêt, celui qu’ils considéraient comme un futur grand. Le Milan AC a dit oui mais a posé une condition : l’obligation de lever l’option d’achat en fin d’exercice. Cette fois, la carrière d’Aubameyang est lancée pour de bon.
Hasard ou coïncidence ? L’année 2012-13 sera sa meilleure. La plus remplie. « PEA » devient un véritable buteur. Dix-neuf pions en Ligue 1. Il a terminé meilleur buteur et meilleur passeur des Verts. « Quand je suis arrivé à Saint-Etienne, le coach m’avait demandé une chose : cadrer mes frappes. Le ballon pouvait toujours rentrer, même grâce à un faux rebond. Depuis ce jour, j’ai gardé cette priorité en tête. Je reste un peu plus après les entraînements pour travailler devant le but mais beaucoup de joueurs le font, non ? Surtout les attaquants. »
Leader d’attaque, leader de jeu, Pierre-Emerick est devenu un talent à multiples facettes. « Je me considère aujourd’hui comme un attaquant de pointe mais j’aime jouer sur un côté, je m’y sens plus libre. Je peux plonger ou repiquer dans l’axe. La différence dans un couloir, ce sont les efforts défensifs. Si le latéral monte, il faut suivre. Mais j’apprécie les deux postes. » Et son nouveau statut lui plaît. Muet pendant 111 minutes (entre le 10 novembre 2012 et le 17 janvier 2013), il n’a jamais paniqué. « Je ne doute pas, ce sont les gens qui doutent ! Ça ne m’a pas tracassé. Je me créais toujours des occasions. » La lumière est revenue contre Bastia à Geoffroy-Guichard. Dans la foulée, il a signé 8 buts en 7 matches !
Très courtisé lors du mercato d’hiver, « PEA » avait annoncé qu’il vivait ses six derniers mois dans le Forez. Début juillet, il s’est engagé pour 5 ans avec le Borussia Dortmund, vice-champion d’Europe. Plus tôt dans l’année, il expliquait : « Je préfère le dire parce que tout est clair dans ma tête. Je ne veux penser qu’à jouer au football. Mon père et mon agent s’occupent du reste. » Dauphin de Zlatan Ibrahimovic au classement des buteurs de L1 (ex aequo avec le Niçois Dario Cvitanich), Aubameyang ne laissait personne indifférent. En plus de Dortmund, Chelsea, Tottenham et Paris étaient sur le coup. Mais rien n’altérera l’humilité du Neymar gabonais (en référence à sa coupe de cheveux), bien cachée derrière un style de vie ostentatoire et un look coloré. « On parle de moi ? Ça me fait plaisir mais sans plus. Il y a deux ans, ce n’était pas le cas. » Dortmund, ça change de Laval mais ça ne l’empêchera jamais d’y revenir.

Pierre-Emerick Aubameyang en short
■ Né le 18 juin 1989 à Laval
■ 1,85 m, 74 kg
■ Attaquant
■ Roadbook : Milan AC (2007-2008), Dijon (2008-2009), Lille (2009-10), Monaco (2010-janvier 2011), Saint-Etienne (janvier 2011-2013), Borussia Dortmund (depuis juillet 2013)
■ International A (Gabon). Première sélection : le 28 mars 2009, Maroc-Gabon 1-2

Vu par… Pierre Aubameyang, son père
« Après les entraînements à Milanello, je servais toujours de cobaye. On faisait des séries de vingt pompes, il fallait voir lequel de nous avait les plus gros bras… Pierre-Emerick a commencé à mettre du gel dans ses cheveux et il ne fallait plus toucher à rien. Donc, il ne fallait plus jouer de la tête ! J’ai serré la vis… Je n’ai jamais rien laissé passer. J’ai essayé de l’amener au haut niveau. C’est là où il est aujourd’hui. Le bon Dieu m’a fait un cadeau. »

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