Équipe de France

Pierre-Emerick Aubameyang, le grand écart

De prêt en prêt, depuis le Milan jusqu’à la L1, « PEA » a longtemps cherché sa voie, avant de rebondir à Saint-Etienne puis de totalement exploser au Borussia Dortmund. Aujourd’hui, le meilleur buteur de la Bundesliga a le droit de viser encore plus haut. Avec le Real, son rêve absolu, en point de mire…

Il pulvérise, il éparpille, il désagrège. Il éclate tout. Depuis la fin de la saison dernière, qu’il avait terminée comme un ouf pour s’adjuger la deuxième place des meilleurs buteurs de la Bundesliga derrière celui qui paraissait alors inaccessible (Robert Lewandowski, 30 buts, contre 25 au final à « PEA »), Pierre-Emerick Aubameyang a encore élevé le curseur. Et laissé la meute, y compris les plus grands, ceux considérés comme les meilleurs et les plus efficaces, derrière lui. Il les lorgne dans son rétroviseur. Ses stats depuis le début de la saison, c’est, toutes compétitions confondues, 21 buts en 26 matches, soit une moyenne infernale de 0,8 but par rencontre. Cela le situe au niveau du top des tops, nous avons nommé les définitivement incontournables Lionel Messi et Cristiano Ronaldo.
Mieux : à la trêve en championnat, il carburait plus fort que les deux multiples « Ballons dorés ». Seize buts en 15 matches pour sa pomme, soit une moyenne de 1,07 but par rencontre, contre 0,93 à Leo (13 buts en 14 matches) et 0,92 à « CR7 » (11 buts en 12 matches). Il vole, il plane. Alors, forcément, tout le monde devient dingue.

Offre de 200 ME refusée
Le fameux mur jaune du Westfalenstadion – on sait, il faut dire aujourd’hui le « Signal Iduna Park » mais on a du mal – en frétille de plaisir, se fendille de désir. Le garnement rend même complètement mabouls les Chinois qui viennent de proposer, début janvier, via le Shanghaï SIRG, dans une indécente surenchère, un transfert à près de 200 patates, 150 M€ pour Dortmund et 41 M€ annuels pour le joueur. Offre poliment mais sans la moindre hésitation refusée par l’international gabonais qui, à 27 ans, sait qu’il a d’autres challenges bien plus excitants à relever.
Et au fond, cela fait plaisir qu’un élément de sa valeur ne cède pas au tout-fric, même si l’on devine que son proche avenir devrait lui permettre d’empocher un joli petit magot. Parce qu’aujourd’hui, la fusée Pierre-Emerick Aubameyang, l’homme qui court plus vite que son ombre, qui plante dans les positions les plus invraisemblables, c’est de l’or en barre. Au sens littéral. Cela n’a pas toujours été le cas. Il a pris un peu de temps pour réaliser ce fantastique grand écart.

Le papa était défenseur
Le foot, Pierre-Emerick est tombé dans la marmite tout petit. Obligé avec un papa, Pierre Aubameyang, footballeur pro mais dans un autre registre, grand, costaud et défenseur, passé notamment par Laval, Le Havre, Toulouse ou encore Nice. Ses deux frangins aussi – il est le petit dernier – ont embrassé une carrière professionnelle. L’aîné, Catilina, principalement en Italie, avec un crochet par l’AC Ajaccio. Le cadet, Willy, a essentiellement évolué en Italie et en Belgique avant de retourner vers le monde amateur.
Ses premiers pas en club, « PEA » les effectue à L’Huisserie, au sud de Laval, où il est né. Ses grands-parents habitent la petite commune de 4 000 habitants et c’est papy qui emmène le marmot à l’entraînement. Déjà, il joue attaquant. Déjà, il est véloce. Déjà, il en met plein la vue. A 11 ans, il rejoint le Stade Lavallois avant de pas mal bourlinguer, au gré des transferts du paternel. Difficile de se fixer dans ces conditions. Mais c’est bien Papa qui va lui mettre, pour de bon, le pied à l’étrier.

Milanello comme un Eden
A la fin de sa carrière, Pierre, devenu recruteur pour l’AC Milan, convainc Adriano Braida et les Rossoneri d’engager son rejeton. Le gamin n’a pas encore 18 ans quand il rejoint Milanello pour signer son premier contrat pro. Les débuts sont plutôt prometteurs. A la Champions Youth Cup 2007 (sorte de championnat du monde des U19), sa pointe de vitesse fait des ravages. Il termine meilleur réalisateur de la compétition avec 7 buts (et unique buteur de la formation transalpine !).
Un an plus tard, alors qu’il a effectué toute la saison avec les équipes de jeunes, le club décide de le prêter, afin de lui permettre de s’aguerrir. Ce sera à Dijon et en Ligue 2, sur les conseils de l’agent Yvan Le Mée qui a repéré le jeunot à la Youth Cup et travaille, à l’époque, avec le club de Côte-d’Or. Sa vitesse, son niveau technique et ce sens de la rigueur tactique acquise en Italie lui permettent de faire la différence. Huit buts et 2 passes décisives en championnat et 2 buts en Coupe scellent son année dans l’ancienne capitale des ducs de Bourgogne.

Sale temps à Lille
Il est temps d’aller voir plus haut. Mais pas à Milan, non. Toujours en prêt. Direction la Ligue 1 et le LOSC de Rudi Garcia. Bon, là, ça tourne moins bien. Aubameyang a du mal à exister. On lui reproche de faire un peu trop systématiquement du « tout droit », de manquer d’adresse devant le but. En un mot, de ne briller qu’à travers des fulgurances trop rares au goût des dirigeants nordistes. Ils ne lèvent évidemment pas l’option d’achat qui était assortie au prêt.
Retour à la case départ et re-re prêt, toujours dans notre bon vieux championnat. A Monaco, cette fois, où le coach, Guy Lacombe, croit au potentiel de ce joueur plein d’explosivité. Pierre-Emerick veut lui aussi y croire. « Signer à l’ASM est une chance, déclare-t-il. A moi de travailler pour m’imposer. J’arrive dans un club qui a révélé de nombreux jeunes. Je sais que je dois progresser au niveau de la présence dans la surface et également acquérir plus de volume physique. »
Ça se passe plutôt pas mal, au début, sous les ordres de l’entraîneur à la célèbre moustache, qui lui accorde sa confiance. Cela se passe, en revanche, beaucoup moins bien au niveau des résultats. L’équipe de la Principauté navigue en eaux troubles et même très troubles. Si troubles que Lacombe se noie et se retrouve viré, remplacé début janvier 2011 par Laurent Banide qui, lui, snobe royalement « PEA ».
Et devinez quoi ? Eh bien, dans les toutes dernières heures du mercato d’hiver, l’international gabonais est une énième fois prêté. Et devinez où ? Comme d’hab’, en Ligue 1. Pierre-Emerick poursuit son road movie aux allures de tour de l’Hexagone. Pour poser, cette fois, ses valises à Saint-Etienne.

La stabilité à Saint-Etienne
Sous le maillot vert et dans le Chaudron, le natif de Laval, toujours positionné attaquant de côté, commence à retrouver des couleurs. Au terme de cette deuxième partie de saison, l’ASSE et Christophe Galtier, convaincus d’être capables de polir le diamant qu’ils devinent, demandent un nouveau prêt à l’AC Milan. Il sera accompagné d’une option d’achat obligatoire. Elle sera, de fait, levée juste avant la trêve hivernale, en décembre 2011, pour un contrat de quatre ans. Ouf de soulagement pour le joueur qui commençait à s’agacer de ces prêts à répétition (« J’avais besoin de stabilité », explique-t-il).
Replacé dans l’axe par le coach stéphanois, celui qui a pour idoles le Brésilien Ronaldo et Sonny Anderson finit d’éclater. Et s’éclate comme un fou. Avec 16 buts et 6 passes décisives en championnat (meilleur buteur et passeur de « Sainté »), plus 2 buts en Coupe de la Ligue, il se met à affoler les compteurs. « Ce qui a changé, confie-t-il alors, c’est le travail et la confiance. Et puis je suis devenu papa d’un petit garçon. Cela change la vie. Je pense à son avenir. J’aimerais également qu’il soit fier de moi. Je me souviens de la carrière de mon père, dont j’étais le premier fan. J’ai envie de reproduire la même chose avec mon petit. »
Côté terrain, le bonhomme a vite appris à s’adapter. « En pointe, je peux courir dans tous les sens. Sur les côtés, à droite, à gauche, devant. C’est différent en position d’ailier, où il y a un plus gros boulot défensif à effectuer. » Toujours dans l’axe, toujours plus efficace, il inscrit, en 2012-13, 19 buts et offre 8 passes décisives en championnat, plus 2 buts et 1 passe décisive en Coupe de France. Et d’un coup, le multi-prêté acquiert une valeur inestimable. Elle est évaluée à 13 M€, hors bonus.

Entame paradisiaque à Dortmund
Direction le Borussia Dortmund, dont on connaît l’art de mettre en valeur les talents en devenir. Michael Zorc, le manager de la formation allemande, se délecte de sa dernière trouvaille. « Nous sommes très heureux d’intégrer à notre effectif un joueur très rapide et doué, qui représente une menace permanente sur le but adverse. » L’entame est carrément paradisiaque : pour son premier match de Bundesliga, le garnement réussit un triplé (victoire 4-0 contre Augsbourg). Une première dans l’histoire du Borussia, une première également pour un joueur africain.
La suite s’inscrit dans une logique certaine. Avec le compère Marco Reus – quand il n’est pas blessé -, l’entente est tout-terrain. « Ensemble, on se sent bien, assure le Franco-Gabonais. C’est vrai que le fait de bien s’entendre en dehors du terrain nous aide sur la pelouse. Nous sommes comme des frères. Cela nous aide à nous trouver naturellement. » Tous les deux, together.
Et même quand son complice est sur le flanc, pour cause de blessure, Pierre-Emerick n’en finit pas d’assurer. Il atteint, cette saison, des hauteurs stratosphériques. Au chamboule-tout, il est le grand gagnant. De quoi rêver encore plus haut. Tout en haut, chez les plus grands ? « Oui, c’est vrai, j’ai promis à mon grand-père (ndlr : du côté de sa mère, d’origine espagnole) qu’un jour, je jouerais au Real Madrid. Mais avant toute chose, je veux remporter un titre avec Dortmund cette année. » C’est son vœu, avant, probablement, de découvrir de nouveaux horizons. Comme son nouveau statut l’y autorise.
Cela ne l’empêchera pas, à chaque fois qu’il en aura l’opportunité, de se replonger dans sa Mayenne natale. Il est très flashy dans ses tenues, avec ses coiffures souvent détonnantes et dans ses bolides vrombissants (« Je ne suis pas m’as-tu-vu. Je me fais plaisir, je ne le fais pas pour le regard des autres »), mais quand il revient à Laval – « J’ai besoin de passer mes vacances là-bas, j’y vais dès que je peux, pour retrouver la famille et les amis, loin du boucan » -, il reste le même, abordable, souriant et toujours prêt à signer des autographes. Et c’est pour ça que sa cote d’amour ne se dément pas. C’est pour ça que tout le monde adore ce vrai chic type que la réussite et la gloire n’ont pas transformé.

Pas Usain Bolt mais…
Le Lucky Luke des surfaces a établi des records peu connus. « En fait, assurait le rapidos des pistes à son époque stéphanoise, je n’ai été chronométré qu’une fois sur 100 mètres, à 16 ans. A l’époque, je valais 11 secondes. Bon, depuis, j’ai progressé et gagné, sans doute, plusieurs dixièmes. Je pense me situer en-dessous de 10’’5. Mais ce n’est pas pour ça que je me prends pour Usain Bolt. » Il reste un sacré sprinteur quand même.

Une cape en Bleuet, le reste avec le Gabon
L’enfant de Laval côtoie la sélection Espoirs à l’occasion d’un match en Tunisie (1-1). Il se décide finalement à rejoindre la sélection du Gabon pour laquelle il se montre décisif dès son premier match : il inscrit un but contre le Maroc le 28 mars 2009. Aujourd’hui, il est le capitaine et l’indiscutable fer de lance de ces Panthères qui n’ont pu sortir des poules de la CAN 2017 que le Gabon accueillait. Trois nuls – les deux buts de la sélection ont été inscrits par « PEA » – et puis s’en vont.

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