Étranger

Paulo Dybala, dans les pas d’Alessandro Del Piero

L’Argentin Paulo Dybala, arrivé il y a deux saisons à la Juve, confirme l’idée d’une montée en puissance. Bien installé parmi les meilleurs attaquants du monde, il devrait se retrouver au centre du prochain marché des transferts. Mais il peut aussi s’installer à Turin, pas insensible qu’il est à la carrière d’Alessandro Del Piero. Itinéraire.

Il est comme tous les joueurs sud-américains, il n’a pas pu échapper longtemps à ses surnoms. Mais il est passé à côté du « Flaco » (le Maigre, qui va si bien à Javier Pastore) et de la « Pulga » (la Puce, qui va très bien à Lionel Messi aussi). Très tôt, Paulo s’est transformé en « la Joya » (le Bijou). Très vite, Dybala est devenu « el Pibe de la pension » (le Gamin de l’hôtel). Après le décès de son père en 2003, sa famille lui fait intégrer les chambres d’hôte dévolues au club de Cordoba, d’où la deuxième appellation, d’origine contrôlée. Elle n’est pas anodine. Parce qu’à Cordoba, Paulo est un gamin de l’Instituto. En dormant sur place, il peut associer foot et cahiers d’école, même si le ballon a toujours été son rêve d’écolier. Il griffonnait des ballons sur ses cahiers.
En 2011, il signe pro dans son club formateur. L’aventure locale du « Gaucho » ne s’étendra pas. Une seule saison, en fait. Il terminera meilleur buteur du championnat de Seconde division, effacera même quelques records de précocité (plus jeune buteur du pays, mieux que Mario Kempes !) mais l’histoire était déjà écrite. En fait, dès le mois d’octobre, les scouts de Palerme avaient fait le job. Par l’intermédiaire de Gustavo Mascardi, un agent bien implanté en Amérique du Sud, et la voix de Sean Sogliano, le directeur sportif du club sicilien, Palerme avait coché son nom, tout en haut. En gros, ça disait ceci : « Paulo Dybala. Attacante. Classe 93. Instituto de Cordoba. » En fin de saison, il y aura donc une ligne de plus sur la fiche : « Capocannoniere della Serie B argentina. » Paulo allait faire le grand saut. Quitter sa pampa – il faut dire qu’entre Laguna Larga, où il est né, et Cordoba, où il a grandi, il y a des champs, des champs et encore des champs – pour une île. L’Argentine pour la Sicile. La famille pour la Famille. Ça peut faire beaucoup à 18 ans puisqu’il faut préciser que le « classe 93 », sur la fiche secrète du scout, mentionnait son année de naissance…

Bienvenue en Sicile
Nous sommes en juillet 2012 quand Giorgio Perinetti, le directeur technique du club, fait officiellement les présentations. La Sicile et toute la botte d’Italie découvrent une bouille de poupon, un joueur pas très haut sur pattes, et puisque Javier Pastore a quitté l’île pour rejoindre le Paris SG, on l’affuble déjà, sinon de nouveaux surnoms, d’innombrables promesses. Dybala rappellerait Messi. Dybala par-ci, Dybala par-là. Lui déclare sa flamme à son nouveau club. Et étale ses ambitions, grandes bien sûr. Mais il ne rentre surtout pas dans le jeu des comparaisons. Il arrive. Il débarque. Et ce qu’il découvre n’est pas toujours très souriant.
Pour sa première saison en Sicile, le club monte dans la charrette. Direction la Série B. Ce n’était pas au programme mais là encore, ça ne durera pas. Palerme retrouve l’élite dès la saison suivante. C’est le début des grandes manœuvres pour Paulo qui a pris la mesure physique et la dimension tactique d’un football italien où le vice tutoie la discipline. C’est maintenant qu’il va exploser. L’Italie apprend à connaître cette silhouette à mi-chemin entre Messi pour la patte gauche et Sergio Agüero pour la puissance des appuis. Pas vraiment un buteur mais un attaquant qui marque des buts. Il s’exile sur un côté, il rentre avec son pied gauche, il s’éclate dans le jeu de rupture, là où on se retrouve sur un fil et où c’est souvent le défenseur qui en tombe. Treize buts viennent sanctionner sa saison. Ça claque.
A 21 ans, Dybala devient un enjeu national en Italie. Hors de la Botte, plusieurs cadors européens ont coché son nom, bien sûr, mais c’est la Juventus qui rafle la mise. Un contrat de cinq ans et un chèque de 32 millions d’euros pour Palerme qui confirme là, après la révélation de Javier Pastore puis sa vente au PSG, son flair dans le scouting et son intransigeance dans les affaires. Voilà donc Paulo à Turin. Le Piémont mais surtout la Juve, cette « Vieille Dame » qui vous oblige, en vous levant le matin, à changer tous vos codes.

Le recadrage d’Andrea Barzagli
Le matin, à la Juve, on se lève pour gagner. Andrea Barzagli, son partenaire de la défense, ne tarde pas à lui expliquer où il vient de poser les crampons. « Beaucoup de jeunes débarquent dans les grands clubs et se croient arrivés. Ils prennent leurs premiers millions et ne comprennent plus rien. L’entraîneur leur dit de courir 100 mètres et à 20 mètres de l’arrivée, ils ralentissent. Un jour, j’ai vu Dybala le faire, je suis allé le voir et lui ai dit : « Mon gars, essaie de courir 110 mètres plutôt que 80 parce que tu es à la Juve, là. En un instant, tu peux te retrouver dehors. Si à 35 ans, je peux courir 100 mètres, tu peux en faire 200 sans aucun problème. » Il m’a regardé, m’a demandé pardon. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il était différent. J’ai compris qu’il voulait devenir le numéro un. »
Aux côtés de Paul Pogba, de Patrice Evra et des autres, le jeune Argentin se fond dans le moule des vainqueurs. Avec une assurance qui force le respect : 19 buts et 9 passes décisives pour sa première saison de Bianconero. Il est directement impliqué dans 28 des 75 buts marqués par la Juve, soit 38%. Et tout ça, rien qu’en championnat (il aura marqué 23 fois en tout, avec notamment une réalisation en Ligue des champions, contre le Bayern Munich en huitièmse de finale). Là, c’est pas du Claude Lelouch mais Dybala-bala, Dybala-bala, ça commence à ressembler à un itinéraire.
Il s’est blessé contre l’AC Milan le 22 octobre dernier, une déchirure au biceps fémoral de la cuisse droite l’a tenu éloigné des terrains quasiment deux mois mais ça n’a même pas altéré l’idée de sa montée en puissance. Aujourd’hui, Massimiliano Allegri a changé ses plans de jeu et un peu les codes aussi. Avec une équipe résolument tournée vers l’offensive, le Mister de Vinovo a métamorphosé Mario Mandzukic, devenu attaquant de couloir, à gauche (fallait y penser), libérant la pointe pour Gonzalo Higuain, avec toujours le Colombien Juan Guillermo Cuadrado dans le couloir droit.

Arrigo Sacchi est fan
Et Paulo, alors ? Justement. Dans un 4-2-3-1 qui a vu Miralem Pjanic reculer en milieu relayeur aux côtés de Sami Khedira, Dybala occupe l’axe, juste derrière Higuain. Un électron libre, « la Joya »… mais pas neutre. Même Arrigo Sacchi, devenu consultant télé et toujours bien au fait des affaires courantes en Italie, y est allé de son petit compliment. « Je suis un très grand admirateur de Dybala et je peux vous assurer qu’il deviendra l’un des plus grands joueurs au monde. Si quelqu’un m’avait écouté au Milan il y a deux ans, peut-être qu’il ne serait pas à la Juventus actuellement. »
Avec son jeu, quelque part entre la puissance et la virtuosité, la technique en mouvement et le sang-froid devant le but, son profil est différent. On peut le rapprocher, par exemple, d’un Antoine Griezmann, que son replacement en soutien d’Higuain à la Juve rappelle encore un peu plus (c’est exactement à cette place que Didier Deschamps a repositionné « Grizou » en bleu depuis l’Euro). Même Messi l’a adoubé. « Le futur, c’est lui. Vous allez en entendre parler pendant des années. » Alors que son coach, Allegri, l’imagine tout en haut : « Il suffit de voir dans ses yeux pour comprendre le désir et la détermination qui sont les siens, pour atteindre ses objectifs. Il a plus l’instinct d’un tueur qu’Alvaro Morata et Paul Pogba qui ont déjà fait leur chemin jusqu’au sommet. »
En fait, une seule incertitude semble planer au-dessus de sa patte gauche téléguidée : son avenir. Car « la Joya », forcément, suscite les convoitises. Rejoindre Messi au Camp Nou ne serait pas pour lui déplaire, évidemment. Le Real Madrid de Zinédine Zidane en aurait fait sa priorité pour cet été. Et Manchester City ? Et Manchester United ? Il y a du Dybala dans toutes les langues en Europe. Et il y a des langues qui commencent à se délier. Ainsi, il devrait prolonger son contrat. A moins que cela n’ait été entériné entre le moment où nous avons écrit ces lignes et le moment où vous les lisez. Prolonger ? Ça ne refroidira pas les ardeurs des prétendants. Ça fera juste monter les prix.
Pourtant, l’Argentin se sent bien à la Juve, où il a toutes les cartes en main. « Quand on parle de vous dans des clubs comme le Real ou Barcelone, ça fait forcément plaisir. Cela signifie que je réalise de bonnes choses. Mais je n’écoute pas les spéculations. Quand je vois le souvenir qu’ont laissé des légendes comme Alessandro Del Piero ou Michel Platini ici, je me dis que ça ne me déplairait pas de faire comme eux. J’aime la Juve, j’y suis heureux. Quand j’étais à Palerme, Carlos Tevez, qui est l’une de mes idoles, m’avait parlé de la Juventus. J’aurais aimé jouer à ses côtés mais je suis fier, déjà, de porter les mêmes couleurs que lui. Ma seule préoccupation, c’est de donner du plaisir aux tifosi. » Alessandro Del Piero, le meilleur buteur de l’histoire du club, est resté 19 ans à la Juve. Ça n’avait pas forcément gâté son itinéraire.

Profil
• Né le 15 novembre 1993 à Laguna Larga (ARG)
• 1,77 m, 73 kg
• Attaquant
• Roadbook : Instituto de Cordoba (ARG, 2011-12), Palerme (ITA, 2012-15), Juventus Turin (ITA, depuis 2015)
• Palmarès :
• 1 Supercoupe d’Italie en 2015 avec la Juventus
• 1 Championnat d’Italie en 2016 avec la Juventus
• 1 Coupe d’Italie en 2016 avec la Juventus
• International A (Argentine)
Première sélection : le 13 octobre 2015, Paraguay-Argentine 0-0 (qualifications pour la Coupe du monde)

Vu par Gonzalo Higuain
« Dybala et Messi ? Ils sont très similaires. Messi est le meilleur et le prouve chaque jour, Paulo est encore jeune. Tout dépendra de lui mais il a toutes les caractéristiques pour devenir un meilleur joueur. Il devra avoir une grande force mentale. Lorsque vous arrivez si vite à des niveaux aussi élevés, rien n’est facile. Il y aura des hauts et des bas, il faudra toujours garder un équilibre et ne pas écouter les critiques comme les louanges. »

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